A Béjaia, le malaise estudiantin s'élargit aux enseignants et les manifestations finissent en grève ouverte

Publication: Mis à jour:
BEJAIA
Facebook
Imprimer

Après quelques jours de manifestations pour la généralisation de l’enseignement de Tamazight et contre la loi de finances 2018, les étudiants de l’université de Béjaïa ont entamé mercredi 13 décembre une grève ouverte à l’initiative d’une coordination des étudiants.

Targa Ouzemmour et Aboudaou, les deux campus de l’université Abderrahmane Mira, ont ainsi été fermés aujourd’hui mercredi dans le cadre de cette contestation.

« Nous demandons la promotion de la langue Tamazight est sa généralisation au niveau national. Nous rejetons aussi la loi de finances (LF) 2018 que nous jugeons ultralibérale », a indiqué au HuffPost Algérie Lemnouar Hamamouche, animateur de la coordination locale des étudiants de Béjaïa (CLE).

Cette formation, dont les membres affirment vouloir coordonner les actions d’un mouvement né spontanément, compte également organiser des conférences politiques et des activités culturelles à l’université de Béjaïa la semaine prochaine pour enrichir le débat autour des revendications.

Même si les deux doléances ne semblent pas liées, ça ne décourage pas le CLE. « Nous essayons de faire le lien entre la question de Tamazight comme revendication démocratique et l’opposition à la loi de finances 2018, une question sociale. Nous luttons pour les deux en même temps », a expliqué M. Hamamouche.

Pour lui, la suppression d’une proposition d’un impôt sur la fortune de la LF 2018, adoptée cette semaine par le Sénat, prouve que les mesures d’austérité imposées par cette législation ne sont pas nécessaires mais « voulues ».
« On nous dit que les caisses de l’Etat sont vides, pourquoi alors annuler cet impôt ? », s’est-il interrogé.

La contestation, qui a gagné aussi Tizi Ouzou, Bouira, Sétif et Batna, a été enclenchée suite au rejet par la commission des finances du parlement d’un amendement de la LF 2018 proposé par le Parti des Travailleurs. Ce dernier a exigé que l’Etat veille à la promotion et à la généralisation de l’enseignement de la langue Tamazight.

Après des critiques de la part du FFS et du RCD estimant que ce mouvement était le résultat d’une « manipulation » à des fins politiques, la secrétaire générale du PT, Louisa Hanoune, a réagi lors d’une conférence de presse mercredi à Alger en rappelant que son parti propose ce même amendement depuis 15 ans.

Pour M. Hanoune, s’il y a eu des manifestations cette fois-ci, c’est parce que la situation du pays « a changé » en 2017 et que le déclic a eu lieu car il y a « une tension sociale ».

Une tension que confirme l’animateur de la CLE : « la situation est explosive et ça va de plus en plus mal ».
Kamel Aissat est professeur de biologie à l’université de Béjaïa, pour lui« l’explosion est le fruit d’un marasme. Il y a un marasme social qui touche plutôt la jeunesse », a-t-il expliqué au HuffPost Algérie en précisant que le mouvement ne concerne pas que les étudiants universitaires mais toute la population scolarisée: lycéens et collégiens inclus.

D’ailleurs, des syndicats autonomes d’enseignants et de travailleurs de l’administration tels que le CLA (Conseil des Lycées d’Algérie) ou le Snapap (Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique) ont aussi rejoint les manifestations à Bejaïa.

« Nous appelons aussi bien les travailleurs que les chômeurs à rejoindre notre mouvement pour constituer un front social anti-libéral », a indiqué M. Hamamouche.

Si la grève est ouverte, la Coordination locale des étudiants (CLE) affirme en revanche qu’elle ne bloque pas les campus. « Les étudiants ne veulent pas étudier car ils ont rejoint notre cause », selon M. Hamamouche.

Après les vacances d’hiver, la CLE de Bejaïa compte proposer aux formations estudiantines des autres wilayas la constitution d’une coordination nationale des étudiants.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.
Loading...