Jérusalem mobilise la rue et la diplomatie

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JERUSALEM
A masked Palestinian gestures in front of a burned barricade during a protest against U.S. President Donald Trump's decision to recognize Jerusalem as the capital of Israel, near the Jewish settlement of Beit El, near the West Bank city of Ramallah December 11, 2017. REUTERS/Goran Tomasevic TPX IMAGES OF THE DAY | Goran Tomasevic / Reuters
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Les manifestations se poursuivent au Moyen-Orient pour la sixième journée consécutive contre la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d'Israël. Un sujet qui continue aussi à occuper l'agenda diplomatique.

Pour étouffer la colère des manifestants palestiniens, les autorités israéliennes ont commencé la nuit dernière à procéder à des arrestations massives notamment en Cisjordanie, sans arriver pour autant à mettre fin aux manifestations dans les territoires occupés.

Le Président turc, en tant que président de l'Organisation de coopération islamique (OCI), a invité les dirigeants islamiques à participer à un sommet à Istanbul mercredi. "Je pense que nous allons y délivrer un message très fort", a-t-il affirmé la veille de l'ouverture de cette réunion.

Dans une tentative pour récupérer son quotas de sympathie effrité avec la guerre syrienne, Recep Tayyip Erdeogan veut prendre la tête de la fronde contre Washington.

En Turquie, la classe politique, y compris l'opposition, est unanime pour dénoncer la décision américaine: "une grave erreur" ou encore, un "incendie qui sera difficile à éteindre", selon le ministre de la Justice. Pour Erdogan, la gestion de cette crise pourrait bien lui rapporter des bénéfices à l'intérieur du pays.

En reconnaissant unilatéralement le 6 décembre Jérusalem comme la capitale d'Israël, M. Trump a déclenché des manifestations quotidiennes dans le monde musulman, la colère des dirigeants palestiniens et une réprobation quasiment unanime de la communauté internationale, toujours préoccupée lundi des retombées dans une région en plein tumulte.

Lors d'une visite au Caire, le président russe Vladimir Poutine a critiqué le caractère "déstabilisateur" de la décision de son homologue Donald Trump. Il a appelé à "une reprise immédiate des négociations directes israélo-palestiniennes sur tous les sujets disputés, y compris le statut de Jérusalem".

Se trouvait également dans la capitale égyptienne le président palestinien Mahmoud Abbas qui a rencontré son homologue égyptien Abdel Fattah Al-Sissi.

A l'issue de leur rencontre, M. Sissi a réaffirmé "la nécessité de préserver le statut juridique" de Jérusalem, et l’engagement de son pays à poursuivre son soutien aux Palestiniens pour l'établissement de "leur Etat indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale", selon un communiqué du porte-parole de la présidence Bassam Radi.

La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Federica Mogherini, qui a reçu plus tôt à Bruxelles le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, a répété la position européenne selon laquelle la solution dite à deux Etats, c'est-à-dire la création d'un Etat palestinien coexistant avec Israël, chacun ayant Jérusalem pour capitale, restait la seule valable pour résoudre le conflit.

Depuis la création d'Israël en 1948, la communauté internationale s'est gardée de reconnaître Jérusalem comme capitale. Elle considère que son statut doit être négocié.

La décision de M. Trump fait redouter des réactions incontrôlables tant Jérusalem, avec ses lieux saints pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, est un sujet passionnel.

Les Palestiniens représentent environ un tiers d'une population de 882.000 personnes, mais demeurent majoritaires à Jérusalem-Est, annexée par Israël. L'ONU n'a jamais reconnu cette annexion.

"Jérusalem est la capitale d'Israël, personne ne peut le nier", a affirmé M. Netanyahu à Bruxelles. Ce qu'a fait le président Trump "traduit carrément les faits", et tous les pays européens emboîteront le pas, a-t-il assuré.

Rencontre Erdogan-Poutine

"Il peut garder ses attentes pour d'autres, parce que du côté des Etats membres de l'Union européenne, ce geste ne viendra pas", a vertement répliqué Mme Mogherini.

Les dirigeants palestiniens cherchent, eux, à rallier la communauté internationale et le monde arabe.

Pour eux, M. Trump, affichant un parti pris outrancièrement pro-israélien, préempte ce qui devrait relever de la négociation.

Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme la capitale de l'Etat auquel ils aspirent.

"Ce qu'il faut maintenant, ce sont des décisions palestiniennes et arabes audacieuses", a dit Nabil Abou Roudeina, le porte-parole du président palestinien avant la rencontre de ce dernier avec le président égyptien.

L'Egypte est le premier - et l'un des deux seuls à ce jour - pays arabe à avoir fait la paix avec Israël.

La décision de M. Trump a aussi glacé les relations entre Israël et la Turquie. Le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui tente de s'imposer comme le héraut de la cause palestinienne, a reçu ce lundi le président russe, deux jours avant la tenue en Turquie d'un sommet de l'Organisation de la coopération islamique au sujet de Jérusalem.

Les deux dirigeants ont averti lors d'une conférence de presse que la décision américaine sur Jérusalem risquait d'accroître les tensions au Moyen-Orient.

La rue ne décolère pas

A Beyrouth, plusieurs milliers de partisans du Hezbollah avaient défilé dans le sud de la capitale libanaise, bastion du puissant mouvement chiite, allié de l'Iran et ennemi d'Israël et qui se veut l'un des champions de la cause palestinienne. "Jérusalem est à nous", proclamaient de nombreuses pancartes.

A Téhéran, des manifestants ont brûlé des portraits de Donald Trump et des drapeaux américain et israélien.

Dans les Territoires palestiniens, des dizaines de jeunes, le visage ceint du foulard traditionnel pour beaucoup, ont incendié des pneus et lancé des pierres sur les soldats israéliens à la sortie de Ramallah, en Cisjordanie occupée.

Mesures 'déstabilisatrices'

L'armée israélienne a mené en soirée des frappes et des bombardements contre des positions du mouvement de résistance Hamas dans la bande de Gaza, après un tir de roquette en provenance de l'enclave palestinienne.

Les heurts avec les soldats israéliens ont fait 27 blessés, atteints par des projectiles en caoutchouc ou des balles réelles en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, a rapporté le Croissant-Rouge. Les heurts se poursuivent aujourd'hui et les nouveaux bilans ne sont pas encore mises à jour.

La protestation a coûté la vie à quatre Palestiniens et fait des centaines de blessés depuis jeudi.

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