En Tunisie, les libertés sexuelles bafouées au nom du relativisme culturel, dénoncent les auteurs de cet ouvrage

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COUPLE ARAB
A couple poses for a picture in front of their friends at a public park during Valentines day, in Cairo February 14, 2014 REUTERS/Asmaa Waguih (EGYPT - Tags: SOCIETY) | Asmaa Waguih / Reuters
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"Droits sexuels, droits humains à part entière", c'est l'intitulé du nouvel ouvrage collectif de l'Association tunisienne de défense des libertés individuelles (ADLI), présenté le 9 décembre, à la librairie Fahrenheit à l'espace Madart.

Plusieurs spécialistes- la neuropsychologue Soumaya Bel Haj, les pédopsychiatres Ahlem Bel Haj et Soumaya Bourgo, l'universitaire Saloua Ghrissa, la militante féministe Anne-Emmanuelle Hsairi, les juristes Dorra Sammoud, Habib Nouicer, Aymen Zaghdoudi, Sarra Maaouia, Hanènne Turki et Khaled Mejri- ont contribué à son écriture, sous la co-direction des juristes Wahid Ferchichi qui est aussi le président de l'ADLI et Hafidha Chekir.

L'ouvrage est relativement exhaustif en traitant de l'aspect psychologique de la sexualité, comme elle est saisie par le Droit et comme elle est véhiculée à travers la libre expression, le droit ou pas de fonder une famille et la santé sexuelle.

"Ce livre est un appel à nous approcher de plus en plus de nos corps. Il faut oser réclamer nos droits sexuels, qui sont l'ossature des droits humains", a lancé Wahid Ferchichi.

Pour Hafidha Chekir, les libertés privées dont les droits sexuels ont été longtemps oubliées au détriment des libertés publiques. "Or, l'atteinte à liberté sexuelle est une atteinte à l'intégralité des droits humains dans leur globalité et leur indivisibilité", souligne-t-elle.

La juriste pointe de doigt le fait que les droits sexuels sont toujours camouflés sous des appellations comme la santé sexuelle et reproductive. Mais, les droits sexuels ne peuvent pas être réduits aux seules dimensions sanitaires ou reproductives, ils sont avant tout le droit de disposer de son corps. Ceci inclut la reconnaissance des droits de toutes les catégories sexuelles en intégrant les femmes, les hommes et toutes les personnes LGBTQI++, insiste-t-elle.

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Hafidha Chekir fustige ainsi le fait que ce sont les gouvernements musulmans qui opposent le plus de résistance aux droits sexuels au nom de la spécificité et du relativisme culturel.

"Les États arabo-islamiques persistent à refuser le passage à la logique démocratique. En effet, dans les sociétés qui ne sont pas sécularisées, les trois systèmes (droit, morale et religion) interviennent simultanément via la notion d'ordre public dans le processus de légitimation des attitudes le plus intimes des individus", explique le juriste Khaled Mejri.

En Tunisie, les articles 230 du Code pénal criminalisant l'homosexualité ainsi que les articles 226 et suivant traitant des bonnes moeurs, de l'ordre public et de la pudeur sont les instruments de répression des libertés sexuelles.

En Tunisie, malgré l'adoption d'un arsenal juridique-à travers la Constitution et les conventions internationales- garantissant certains droits humains, "on continue en matière de droits sexuels, et malgré des avancées certaines, à conserver des lois et des pratiques et à développer un discours entièrement contraire à ces avancées constitutionnelles et conventionnelles", souligne-t-on.

Les auteurs de l'ouvrages soulignent notamment l'absence d'éducation sexuelle, le manque d'information en la matière, l'incrimination et la stigmatisation de certains choix sexuels, les inégalités fondées sur les orientations sexuelles, la méconnaissance du droit de disposer de son corps, etc.

La sexualité est pourtant bien présente, en témoigne "la passion que déchaîne cette thématique que se soit au niveau sociétal, politique, familial ou autre", souligne la neuropsychologue Soumaya Bel Haj.

Pourtant malgré les tabous et les interdictions qui entourent la sexualité comme la littérature homoérotique des sociétés arabo-islamiques, analysée par l'universitaire Saloua Ghrissa dans l'ouvrage, montre l'existence "des espaces de transgression dans les pratiques. Ces pratiques qui ont toujours existé n'ont jamais cessé. Ils prouvent que les Délices des Coeurs l'emportent toujours sur la norme aveugle, que la société n'a jamais été à l'image de la règle juridique qui prétend la régir", conclut Khaled Mejri.

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