"Celle qui n'a pas de chance, meurt": L'accouchement dans certaines régions tunisiennes relève du parcours du combattant (VIDÉO)

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Dans certaines régions de la Tunisie, la vie ou la mort d'un nouveau-né est une question de "coup de chance", lance une vieille femme avec un ton fataliste mais non son amertume dans le documentaire réalisé par Médecin du Monde à Gafsa et Sidi Bouzid sur la santé maternelle en Tunisie.

Ce documentaire s'intègre dans le projet de l'ONG "Approche participative pour une amélioration de l'accès à la santé dans les gouvernorats de Gafsa et de Sidi Bouzid", soutenu par l'union européenne. (vidéo ci-dessus)

Celui-ci montre des femmes qui, du début de la grossesse jusqu'à l'accouchement, ne bénéficient d'aucun suivi médical. Certaines d'entres elles, faute de moyens, sont obligées d'accoucher à domicile sans assistance médicale. Des pratiques ancestrales perdurent dans l'accouchement à domicile avec son lot de dangers pour la santé de la mère et du bébé. C'est ainsi qu'elles racontent que leurs bébés meurent pendant, ou juste après l'accouchement.

"À chaque fois c'est différent. Des fois, mon mari n'a pas d'argent et ne peut pas m'emmener à l'hôpital, et il va se cacher et ne revient que lorsque j'ai accouché. D'autres fois, tu appelles une voiture qui ne vient pas, car le chauffeur te dit qu'il n'est pas dans le coin. En fait, ils inventent des excuses alors qu'en réalité, c'est à cause de l'état de la route, ou parce qu'il a peur que tu ne le payes pas, alors je reste à la maison", témoigne l'une d'entre elles.

À Sidi Bouzid, une femme sur trois ne bénéficie pas d'un suivi médical pendant sa grossesse. Le taux de mortalité des femmes pendant l'accouchement à l'Ouest du pays est le double qu'à l'Est.

7% des femmes accouchent à domicile sans assistance médicale. 100 femmes en moyenne meurent lors de l'accouchement, avec le taux le plus élevé enregistré à Sidi Bouzid, relève Médecins du Monde dans ce documentaire.

"La plus chanceuse tombe malade, souffre mais survit, et celle qui n'a pas de chance meurt. On n'y peut rien", lance une autre dame, une larme au coin l'oeil, preuve de sa douloureuse résignation.

Des conditions déplorables dans les hôpitaux

Accoucher dans un hôpital n'est pas mieux, témoignent ces femmes dans le documentaire. Des services de maternité archi-combles, sans aucune intimité. Le mauvais traitement de la part de certains employés de l'hôpital, allant jusqu'à la violence physique et l'état de saleté et d'insalubrité de l'hôpital sont quelques uns des griefs soulevés par ces femmes.

En face, tout un système en péril où tous les intervenants en disent subir les conséquences. C'est ainsi qu'une infirmière explique qu'ils sont amenés à accueillir plus de 4000 patientes par an. Elle précise ainsi qu'en 2016 par exemple, ils ont admis 4500 femmes avec un pic en été où ils étaient amenés à mettre deux à trois femmes sur un même lit, au service des admissions. Après l'accouchement, ils les mettent dans les couloirs, faute de place.

Une des employés de l'hôpital de Sidi Bouzid explique ces dérives par le fait que les sages-femmes sont livrées à elles-mêmes, sans l'assistance d'un gynécologue, car dans ces hôpitaux, il n'existe qu'un seul spécialiste. Des fois, elles sont accompagnées de quelqu'un pour les aider à gérer l'agitation d'une patiente, mais pas toujours.

Le gynécologue a témoigné également dans le documentaire, évoquant la défaillance de tout le système et l'absence d'une vision politique en la matière. Il a aussi mis en garde contre l'effondrement du secteur public de santé qui mettra en péril le secteur privé et la qualité de la médecine en Tunisie.

Au final, dans ce cercle vicieux et complexe où tous se disent victimes, ce qui est en jeu, c'est le respect de la vie, qu'elle soit de la femme enceinte ou du nouveau-né, piétiné entre-temps, en attendant une refonte radicale de ce système.

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