Aides US à la Tunisie: Ce chercheur de la Columbia University appelle à se rappeler d'un échange entre Bourguiba et Eisenhower

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BOURGUIBA EISENHOWER
The U.S. Capitol stands in Washington, D.C., U.S., on Saturday, Dec. 9, 2017. The U.S. Congress sent President Donald Trump a two-week extension of federal funding that averts a government shutdown on Saturday but defers contentious decisions on spending on defense and domestic programs. Photographer: Aaron P. Bernstein/Bloomberg via Getty Images | Facebook / Habib Bourguiba vous parle
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Dans un papier d'opinion publié par le magazine américain The Hill, la Tunisie est dépeinte comme un pays qui a depuis le début voulu se distinguer du reste du monde arabe, à travers les nombreuses initiatives du leader de l'indépendance, Habib Bourguiba.

Safwan Masri parle dans son article d'un échange entre Habib Bourguiba et le président américain Dwight Eisenhower, quand ce dernier lui avait demandé comment les États-unis peuvent-ils aider la Tunisie, qui vient de d'acquérir son indépendance de la colonisation française. Bourguiba lui aurait alors demandé de l'aide alimentaire, un soutien au système éducatif, ainsi qu'une protection pour les Tunisiens, estimant ces besoins, plus importants qu'une aide militaire.

Selon l'auteur du papier, les décideurs à Washington devraient se rappeler de cet échange entre les deux présidents, et le prendre en considération dans la fixation de l'aide américaine à la Tunisie lors de la discussion du budget 2018.

"La demande de Bourguiba a été acceptée et, à la fin des années 1960, 17% de la croissance économique de la Tunisie était stimulée par l'aide fournie des États-Unis. Pendant toute cette période, la Tunisie a adhéré à des alliances avec les États-Unis et d'autres pays occidentaux, bien qu'elle se soit souvent trouvée en désaccord avec le reste du monde arabe, notamment lorsque Bourguiba a plaidé pour une résolution progressive du problème israélo-palestinien" lit-on dans l'article paru dans The Hill.

Selon l'auteur de l'article, c'est au cours de la même période que la Tunisie aurait pris un chemin différent des autres pays arabes, se focalisant ainsi sur l'éducation et le développement de la jeunesse. "Le système éducatif tunisien enseignait des valeurs conformes aux idéaux américains de pluralisme et d'ouverture. Bourguiba considérait l'éducation comme un moyen de combattre la mentalité tunisienne qui était opposée ou indifférente à la modernisation" a-t-il écrit, ajoutant que le leader tunisien Bourguiba avait fait des droits de la femme une priorité, tout en essayant de "réduire la présence de la religion dans la société tunisienne."

La Tunisie a été alors définie par son système éducatif, qui avait "cultivé l'esprit critique et les capacités de raisonnement", dans une époque où "la religion régnait en maître" aussi bien dans les pays du Maghreb, que dans le reste du monde arabe.

Cet avant-gardisme arabo-musulman en matière d'éducation, mis en place par Bourguiba, et entretenu par les gouvernements qui ont suivi, a été selon Masri, déterminant lors de la révolution de 2011, permettant ainsi une transition démocratique pacifique, contrairement aux autres pays du printemps arabe.

Selon Safwan Masri, la Tunisie incarne la réussite du "pouvoir de convaincre" (appelé aussi "la manière douce") américain, qui a soutenu le système éducatif tunisien, un des principaux vecteurs de progrès du pays. Mais tout cela a été menacé après l'investiture du président Trump, qui avait proposé de réduire de près de deux tiers l'aide américaine consacrée à la Tunisie, dans le cadre d'une coupe budgétaire visant le département d’État américain, ainsi que l'Agence des États-Unis pour le développement international, chargée du développement économique et de l’assistance humanitaire dans le monde.

Bien que la Chambre des représentants des États-Unis ait rejeté la proposition de Donald Trump, la Tunisie n'a cependant pas encore échappé à cette réduction de l'aide américaine, puisque la décision finale se fera entre les législateurs et l'administration du président Trump.

Dans un pays où "la démocratie reste fragile, le chômage élevé, la croissance lente, la dette croissante et la corruption persistante", Safwan Masri estime qu'il est plus que nécessaire que le monde entier et plus particulièrement les États-unis, soutiennent les Tunisiens à consolider les acquis de la révolution et à assurer la stabilité de leur pays.

"Pour la première fois dans un pays arabe, un parti islamiste, en l'occurrence Ennahdha, abandonne son étiquette islamiste (en 2016) et se redéfinit en tant que parti de démocrates musulmans, réorientant son attention politique vers l'économie du pays" écrit le chercheur à l'université de Columbia, Safwan Masri.

Il revient également sur les nombreux changements "progressistes", notamment l'annulation de la circulaire interdisant le mariage d'une tunisienne à un non-musulman, ou encore la proposition de l'égalité dans l'héritage, faite par le président Béji Caid Essebsi, et qui avait provoqué indignation et polémiques dans le monde musulman.

Masri conclut en insistant sur le fait de réduire l'aide américaine à la Tunisie, qui pourrait coûter cher aux deux pays, considérant que l'administration Trump et Washington en général devraient se rappeler que "Bourguiba et Eisenhower avaient mis la Tunisie sur la bonne voie" et ne pas oublier que la Tunisie représente "l'exemple réussi d'une société pacifique et démocratique dans la région".

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