Redeyef, une mine cinématographique. Entretien avec Alaeddine Slim sur les Rencontres du Film Documentaire de Redeyef

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Connue pour être l'un des plus importants bassins de phosphate du monde, la ville de Redeyef sera, le temps de quatre journées, une mine cinématographique. La ville abritera, comme chaque année depuis 2014, les Rencontres du Film Documentaire de Redeyef (RFDR) du 20 au 24 décembre.

Carrefour du cinéma pendant ces quelques journées, Redeyef sera un gisement inépuisable pour les professionnels et les passionnés du cinéma mais notamment les habitants de cette ville. Une tentative de dépoussiérer un cinéma qui se dit "libre", bercée dans une ville d'une nature semi-désertique, longtemps minée par les politiques publiques mais rebelle.

Alaeddine Slim, cinéaste et directeur artistique des RFDR en parle au HuffPost Tunisie. (INTERVIEW)

HuffPost Tunisie: Quel est le thème de cette édition des RFDR?

Le thème des RFDR a toujours été celui de la diversification des propositions cinématographiques. Pour la section principale "Echos du monde", nous choisissons des films qui sont issus de la région méditerranéenne et ceci s'explique par notre nouvel emplacement sur la carte des festivals, par le désir de diffuser des films en présence de leurs auteurs et surtout en favorisant les films avec des points de vue singuliers de leurs auteurs. Nous sommes sensibles aux films qui partent d'une problématique locale pour rejoindre et communiquer avec un public large.

Pour les autres sections, nous essayons de démontrer que le documentaire est "un terrain" fertile pour d'autres approches tels que programmer un ciné-concert pour un film documentaire, initier des jeunes pour la réalisation, inviter des cinéastes à filmer en toute liberté la ville de Redeyef, etc. Par exemple, cette année, nous avons fait appel à l'Association Tunisienne des Ingénieurs du Son pour organiser un atelier de documentaire sonore, un genre très peu connu ici et ailleurs. Au final, le thème principal est celui d'un Cinéma Libre.

Quelles sont les nouveautés cette année par rapport aux précédentes éditions?

C'est ma deuxième année à la tête des RFDR. Avant, il y a eu d'autres personnes qui ont dirigé la manifestation. Du coup, entre l’édition de 2016 et celle de 2017, il n'y pas une grande différence mais plutôt une continuité. On a maintenu la section principale qu'est "Echos du monde", aussi les sections "Regards" où on invite des cinéastes à venir filmer des films portraits en toute liberté sur la région, "Ciné-concert" qu'on présente cette année avec le musicien tunisien Tarek Louati pour le film "Le maître et le géant" de Johan Van Der Keukenn, un grand cinéaste hollandais qui a tournée ce film entre les Pays-Bas et le sud tunisien en 1980, ainsi que les ateliers.

Depuis 2014, comment vous évaluez l'évolution des RFDR en terme de réussite?
Ce qui est significatif, c'est qu'il commence à y avoir, peu à peu, la constitution d'un public local (de la ville de Redeyef) ainsi que d'un public venant d'autres villes.

Le Cinéma n'est pas un produit de consommation, en tout cas dans notre approche, ce qui fait que la réussite se mesure par rapport à la richesse des rencontres, des échanges et la continuité et les échos qui restent après la fin des 4 jours des RFDR.

Redeyef est une ville assez spéciale, avec une certaine tension sociale liée aux difficultés que connaissent ses habitants, l'absence quasi-totale d'une politique culturelle de la part de l’état et quelques initiatives personnelles et/ou collectives de quelques groupes qui essaient de faire bouger les choses. Le travail doit continuer, malgré toutes les difficultés. On saura dans quelques années si on a "réussi" ou non.

Ce choix du cinéma engagé est-il rentable pour pouvoir tenir financièrement?

L'appellation "Cinéma engagé" me gène un peu, je dirai plutot un Cinéma Libre. Les RFDR ont la chance d’être portées par des structures qui croient dans le projet, à savoir l'association Nomad08 qui organise les rencontres depuis leur création et un bailleur de fond qui nous laisse beaucoup de liberté dans la programmation et l'exécution (Rosa Luxembourg North Africa).

Il ne faut pas oublier aussi les autres partenaires qui nous aident à plusieurs niveaux ainsi que les cinéastes eux-mêmes qui viennent présenter, débattre, encadrer et tourner en acceptant le challenge avec nous. Du coup, les temps sont difficiles mais on résiste avec tant amour.


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