Les années post-révolution aux yeux des Tunisiens

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Voilà presque 7 ans que le peuple tunisien s'est soulevé contre la dictature, une révolution qui était pleine de promesses d'un avenir meilleur. Les Tunisiens étaient très confiants mais il semble que cet optimisme ne cesse de décroître. Alors comment est la perception des Tunisiens de l'avenir du pays? Quel bilan faut-il tirer de ces 7 années post-révolution?

Dans ce contexte, une étude a sondé un certain nombre de Tunisiens, afin de savoir ce qu'ils pensent de l'avenir du pays, de sa situation actuelle, ainsi que des années passées depuis la révolution.

Ce sondage exclusif SIGMA/KAS essaye de répondre à de nombreuses questions, à savoir quels enseignements ont été tirés du parcours de cette démocratie naissante, aussi bien sur le plan politique que socio-économique ? Quels seraient les enjeux pour l’étape suivante afin que le pays suive la trajectoire de la prospérité partagée et l’ancrage des pratiques démocratiques et du bon usage des libertés acquises ?

Le sondage a été présenté lors d'un débat ouvert en présence d'observateurs et acteurs avisés de la vie publique tunisienne.

S'agissant de l'évaluation des Tunisiens des apports de la révolution, les grandes lignes du sondage montrent que 80% des Tunisiens trouvent qu'après 7 ans de révolution, la situation du pays est de pire en pire. Deux tiers seulement qualifient les événements du 17 décembre 2010 de "révolution'", 8% considèrent que la révolution est réussie et que ses objectifs ont été atteints, tandis que 56% estiment qu'elle n'a réalisé aucun objectif.

Le sondage montre également une majorité écrasante (91%) qui pense que la révolution a échoué au niveau de la création d'emplois et la réduction du taux de chômage.

73% des sondés considèrent qu'elle n'a pas réussi à garantir la dignité, alors que 69% trouvent que la liberté a été acquise après la révolution.

Quant à la situation économique, 48% pensent qu'elle sera encore plus instable au cours des 5 prochaines années, avec un même taux pour ceux qui estiment le contraire.

51% estiment que les conditions sociales s'amélioreront dans les 5 années qui viennent, tandis que 44% pensent qu'elles seront pires.

Interrogés sur leur volonté de quitter le pays, 32% affirment vouloir émigrer, dont 48% sont âgés de 18 à 35 ans. Ainsi, le chômage semble être la principale cause d'immigration, suivie de la pauvreté, le coût élevé de la vie, la sécurité du pays, ou encore le régionalisme.

Le sondage a également mis en avant les événements les plus marquants aux yeux des tunisiens pendant ces sept dernières années. Ainsi, on retrouve la révolution en premier lieu, suivie des élections, l'assassinat de Chokri Belaid, le prix Nobel de la paix, ou encore la qualification de la Tunisie pour la coupe du monde. Les événements les moins marquants d'après ce sondage sont l'assassinat des agents de police au Bardo, et l'attaque terroriste du musée du Bardo.

Du côté des personnalités les plus marquantes, Beji Caid Essebsi se retrouve en tête de liste, suivi de Moncef Marzouki, Youssef Chahed, Chokri Belaid, et Rached Ghanouchi. Hamma Hammami et Sami Fehri arrivent en fin de classement.

Toujours selon le même sondage, et dans un focus sur les événements du 17 décembre 2010, on remarque que la plupart des sondés estiment qu'il s'agit d'une révolution conduite par la jeunesse, tandis que d'autres la considèrent comme une révolution du peuple. Certains l'ont qualifiée de "révolution de jeunes volée par les adultes", "un coup d’État militaire", ou encore "juste une rébellion".

La révolution avec tout ce qu'elle a apporté de joies, mais aussi de crises et d'incertitudes, a naturellement eu un impact sur chaque citoyen tunisien. Ainsi, sur la question si la révolution a été une victoire ou une perte personnelle, 44% disent l'avoir vécue comme une perte personnelle, 23% comme une victoire personnelle, tandis que 33% des sondés ne la voient ni comme une perte ni comme une victoire.

15% affirment que la situation financière de leur famille est devenue meilleure, alors que la majorité (74%) pensent que celle-ci a empiré.

Quant à la situation sécuritaire, la plupart (59%) a considéré que la sécurité de leur famille s'est détériorée après la révolution, tandis que 27% trouvent qu'elle est devenue meilleure.

93% des sondés sont d'accord sur le fait que la réduction du niveau de vie et du pouvoir d'achat constitue une conséquence négative de la révolution, 78% que le non développement des zones marginalisées fait également partie des conséquences, et 77% se sont mis d'accord sur le non développement de l'infrastructure.

68% sont également d'accord pour dire que la propagation de la corruption est l'une des conséquences négatives de la révolution, et 72% mettent en avant la mise en place d'un parlement qui ne répond pas aux attentes du peuple.

S'agissant des conséquences positives, 92% s'accordent à dire que la liberté d'expression constitue le principal acquis de la révolution, 83% avancent l'intégration des femmes dans la vie politique. Seuls 7% sont d'accord pour dire que l'amélioration du niveau de vie fait partie des conséquences positives de la révolution.

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