Droits de l'homme: "2017 a été une année noire", selon les associations

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PROTEST AMDH IN MOROCCO
REUTERS/Stringer | Stringer . / Reuters
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DROITS DE L'HOMME - Leur constat est unanime. Les associations nationales commémorent le 69e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, célébrée le 10 décembre de chaque année, avec un goût amer. Elles estiment avoir vécu, en 2017, "une année noire". "En 2014, nous craignions un recul sur les acquis en matières des droits de l’homme. Aujourd’hui, nous vivons ce recul dans tous ses aspects", déclare au HuffPost Maroc, Aziz Rhali, membre de l’Association démocratique des droits humains (AMDH).

Pour ce militant, trois indicateurs prouvent ce recul au niveau des droits politiques et civiles. "Le premier est le retour de la détention politique au Maroc. Le nombre des détenus islamistes, de Gdim Izig et du Rif a dépassé les 700. Le second, c’est le retour du principe qu’on croyait complètement révolu: l’exil politique. On l’impose à un certain nombre de personnes, dont Maati Mounjib, qui avec un groupe d’activistes des droits de l’homme, fait l’objet d’un procès", explique Aziz Rhali.

Le troisième indicateur concerne, selon ce militant, la justice "utilisée pour museler la liberté d’expression". "Nous vivons une étape plus critique que celle passée. Les commentaires sur Facebook mènent à la prison et la perspective de resserrer l’étau sur la presse électronique en lui imposant plusieurs conditions éloigne toute lueur d’espoir", regrette ce membre de l’AMDH.

Au volet des droits économiques et sociaux, Aziz Rhali estime que le recul ne laisse aucun doute. "Que 15 femmes meurent pour un panier de 100 dirhams c’est, à mon avis, l’image qui résume toute la détresse sociale et économique, mais aussi la situation de la femme", affirme-t-il.

Une régression significative

Depuis 2014, c’est "la chute libre", à en croire les militants des droits de l’homme. "Nous ne comparons pas cette période à celle des années de plomb. Mais, nous constatons une régression très significative au cours de la dernière décennie et plus particulièrement après l’essoufflement du mouvement du 20 février", analyse Khadija Ryadi, coordinatrice des organisations des droits humains au Maghreb.

Pour cette militante, "l’inapplication" de la nouvelle constitution amplifie la régression des droits de l’homme au Maroc. "Les lois organiques se font attendre et l’Etat donne l’impression de revenir sur ce qu’il y a même dans la constitution", estime-t-elle. Et de rappeler que "le Maroc est classé parmi les 29 pays qui mènent des répressions contre le mouvement des droits humains".

Khadija Ryadi souligne que l’une des répressions les plus récurrentes concerne le droit des associations à organiser des activités dans des espaces publics. "Une dizaine d’associations ne parvient plus à tenir une activité dans un lieu public. Plus de 150 activités ont été touchées par cette interdiction depuis ces trois dernières années", affirme-t-elle. Et d’ajouter que "plusieurs associations et de sections d’associations n’arrivent même plus à avoir leur récépissé, ce qui est un droit élémentaire dans un pays démocratique".

Khadija Ryadi parle en connaissance de cause car, dit-elle, l’association qu’elle représente, la Coordination maghrébine des organisations des droits humains, peine à déposer son dossier depuis plus d’un mois. "Nous avons tenu notre assemblée constitutive le 23 octobre, mais quand on a voulu déposer notre dossier après des autorités, elles ont refusé. Nous l’avons notifié par huissier de justice".

Le Maroc à la traîne

L’Organisation marocaine des droits de l’homme (OMDH) estime, de son côté, que les retards au niveau législatifs sont nombreux. "Ce qui nous préoccupe le plus, c’est l’inadéquation entre la législation marocaine et la constitution. Le Droit de rassemblement, de manifestation et la loi de constitution des associations ne répondent pas aux engagements contenus dans le texte de la constitution, ni aux conventions internationales ratifiées", souligne le président de l’OMDH, Boubker Largo. Et de préciser que, dans ce contexte, c’est "la répression des manifestations" qui est montée d’un cran, mettant en danger le droit de s’exprimer.

Adéquation législative, ce militant affirme, par ailleurs, que le Maroc tarde à mettre en place une loi relative à l’immigration et une autre à l’asile. "Le Maroc avait mis en place une stratégie intégrée dans ce volet, mais aucun cadre législatif pour assurer son efficacité. Cela fait trois ans que nous attendons. Trois lois étaient prévues: la traite des êtres humains, l’immigration et l’asile. Seule la première a vu le jour", constate Boubker Largo.

L’OMDH veut aussi attirer l’attention sur la "grande lenteur" que prennent la reconnaissance effective de la langue amazighe et le Conseil national des langues et de la culture marocaine. "Il s’agit de deux projets de lois que nous attendons et dont le retard nous inquiète. Il s’agit, pour nous, de défendre l’identité marocaine et sa richesse culturelle", explique-t-il.

Du chemin à faire aussi en matière des droits de la femme. "Il faut renforcer le plaidoyer associatif sur ce point et amener le Maroc à ratifier la convention d’Istanbul de lutte la violence des femmes", estime le président de l’OMDH. Les associations des droits de l’homme prennent leur mal en patiente, espérant se faire entendre par l’État.

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