Comment Sothema s'apprête à lancer sur le marché marocain des anticancéreux biosimilaires (et moins chers)

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SOTHEMA
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SANTÉ - Le laboratoire marocain Sothema et la société biotechnologique russe Biocad ont récemment annoncé le lancement de la fabrication au Maroc de traitements anticancéreux à base de biosimilaires. Les médicaments seront mis en vente sur le marché marocain mais aussi africain avec des prix 30% moins chers que ceux pratiqués actuellement sur le marché.

"Cette fabrication va permettre une autonomie en la matière pour notre pays. La fabrication et la commercialisation des biosimilaires anticancéreux Made in Morocco est une grande avancée", déclare au HuffPost Maroc Lamia Tazi, directrice générale des laboratoires Sothema. Pour caractériser cette avancée, Lamia Tazi évoque en premier lieu "la consolidation de l’autonomie du Maroc en terme de besoins en soins de santé de qualité", mais aussi "l’accessibilité au plus grand nombre de Marocains aux soins, surtout quand il s’agit d’un fléau comme le cancer, à travers une offre de soins encore une fois de qualité et accessible à tous", nous dit Lamia Tazi, qui souligne par ailleurs la mise en place de programmes d'accès en faveur des plus démunis.

Pour rappel, les biosimilaires, tout comme les médicaments biologiques, sont produits à partir d’une cellule, d’un organisme vivant ou un dérivé de ceux-ci. Présentant les mêmes propriétés que des biomédicaments de référence, ils ne peuvent cependant pas être commercialisés avant que les brevets des médicaments copiés ne soient tombés dans le domaine public. C'est dans ce cadre que la société russe Biocad a développé des biosimilaires du bevacizumab et du rituximab, utilisés pour le traitement des maladies oncologiques, qui sont très demandés à la fois dans les pays développés et en développement.

"Au cours des jours à venir, les médicaments seront mis en vente. Ceci témoigne clairement du fait que les sociétés russes sont en mesure de concurrencer les chefs de file du marché international. En outre, il s'agit-là du premier cas réussi de transfert de technologies de fabrication d'anticorps monoclonaux en Afrique du Nord, suite au refus des sociétés occidentales de mettre en oeuvre ce type de projets. La Russie, représentée par BIOCAD, a aidé son partenaire à lancer une production de pointe", met en avant Dmitry Morozov, PDG de Biocad.

187,9 millions de DH de chiffres d'affaire en prévision

Le projet, qui dans le cadre du Plan d’accélération industrielle bénéficiera d’une subvention du ministère de l’Industrie et du Commerce, mettra en vente prochainement sur le marché "Ypeva" et "Zelva", deux traitements destinés à soigner les cancers les plus fréquents au Maroc: ceux du sein, du col de l'utérus et du poumon.

Ce projet présenterait par ailleurs au système de santé marocain l'avantage de réaliser d'importantes économies. "Le potentiel est grand car avec le même budget, le ministère de la Santé aura la possibilité de couvrir un plus grand nombre de patients, tout en gardant un niveau de qualité aux standards internationaux", nous précise ainsi Lamia Tazi.

Les traitements de biotechnologie nécessitent des investissements conséquents pour l’aménagement de la ligne de production, l’acquisition des machines et la réalisation des études cliniques: environ 67,9 millions de DH seront déboursés, dont 36 millions pour le matériel.

Outre le marché marocain, Sothema espère exporter ces médicaments biosimilaires vers les pays africains. Le projet de fabrication s'étalera sur un horizon de cinq ans et d’ici 2020, le groupe prévoit des recettes d’environ 187,9 millions de DH, dont 37,5 millions de DH à l’export. "Notre vision et notre but c’est de faire profiter les patients de toute l’Afrique de ces produits innovants", conclut Lamia Tazi.

Selon les chiffres de l'OMS, il y aurait au Maroc 30.000 à 40.000 nouveaux cas de cancer chaque année. L'accès aux traitements reste compliqué pour une majorité des personnes atteintes de part les prix élevés des médicaments mais aussi la difficulté de se les procurer, d'autant plus que le nombre de malade pris en charge ne cesse d'augmenter (de 21.957 en 2009 à 200.000 en 2016).

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