Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques: La situation de la Tunisie sera examinée par l'UE dès le début de l'année 2018

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European Commissioner for Economic and Financial Affairs Pierre Moscovici presents the EU executive's autumn economic forecasts during a news conference at the EU Commission headquarters in Brussels, Belgium November 9, 2017. REUTERS/Yves Herman | Yves Herman / Reuters
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Dans un témoignage recueilli par le journal français Le Point, le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a estimé que des sanctions nationales doivent être appliquées aux 17 pays de la liste des paradis fiscaux, appelant les états membres européens à se mettre d'accord sur ce point.

S'agissant de la Tunisie qui se verra bénéficier de 500 millions d'euros d'aide de l'Union Européenne entre 2017 et 2018, ce qui constituerait, selon Le Point, "une incohérence", Pierre Moscovici a nié cela déclarant que la Tunisie ne s'est pas sérieusement engagée par rapport aux délais convenus, mais qu'il espère néanmoins qu'elle saura apprécier la situation et prendre les mesures nécessaires afin de sortir de cette liste. Il a également ajouté que sa situation sera rapidement examinée par l'UE, et ce dès le début de l'année 2018.

"Je sais que c'est la volonté résolue des autorités tunisiennes et je leur fais confiance pour avancer avec leurs partenaires européens. En toute hypothèse, la liste noire ne conduit pas à retirer nos concours à un peuple ami qui a beaucoup souffert et qui déploie des efforts méritoires pour se redresser. La Tunisie peut compter sur l'Europe pour l'accompagner dans sa transition, et les Tunisiens ont besoin de la solidarité de leurs amis européens" lit-on dans son témoignage recueilli par Le Point.

Quant à l'absence de pays comme le Qatar et la Suisse de la liste noire, Moscovici a annoncé que cette liste est incomplète, bien que ces pays soient déjà sur la liste grise des 47 pays s'étant engagés à réformer leurs systèmes fiscaux, ajoutant que l'engagement de ces pays sera suivi de près tout au long de la période qui vient, et qu'un point sera fait en juin 2018 pour évaluer les avancements et revoir la place de chaque pays en fonction des changements qu'ils auraient effectués. Ainsi, ceux qui sont sur liste grise et ne respectent pas leurs engagements d'ici juin 2018, se retrouveront sur liste noire, selon Moscovici, qui se dit "ferme" sur ce sujet.

Le commissaire a déclaré que l'idée a été au début initiée par la commission et présentée aux États membres de l'UE qui avaient montré une grande réticence, évoquant une atteinte à leur souveraineté. L'initiative, dit-il, avait été imposée petit à petit et avait fini par être acceptée, surtout qu'une analyse de la législation des pays concernés avait été proposée par la commission. "À ceux qui ne sont pas satisfaits de cette liste, je dis de demander des comptes à leur ministre des Finances" lit-on dans l'interview.

Répondant à la question de l'utilité de la liste noire alors qu'elle n'est pas assortie de sanctions européennes, Moscovici a déclaré qu'avant d’entreprendre des sanctions, l'Union Européenne doit d'abord s'assurer que les investissements qu'elle effectue dans des pays européens "ne transitent pas par des organismes domiciliés dans ces pays".

Sur le même sujet, Moscovici a déclaré souhaiter que des sanctions dissuasives soient mises en place, qui visent principalement les agissements non coopératifs de certains pays, exprimant son refus "d'affecter les populations en difficulté". Il estime que l'aide de l'Union Européenne doit continuer à bénéficier aux peuples, tout en s'assurant que ses fonds ne "ne transitent pas par des centres offshores localisés dans des paradis fiscaux".

Moscovici a tenu à souligner le soutien technique que la commission européenne apportera aux pays concernés pour les aider à sortir de la liste, affirmant par l'occasion qu'il "ne lâchera pas le morceau, et qu'il reviendra à la charge auprès des ministres".

"Nous avons franchi une première étape, le mouvement enclenché doit se poursuivre" déclare-t-il.

Les ministres européens des Finances avaient validé mardi, une liste comportant 17 paradis fiscaux, tous extérieurs à l'UE, et parmi lesquels se trouve la Tunisie.

De son côté, le ministère des Affaires étrangères tunisien a publié un communiqué dans lequel il demande à l'Union Européenne de revenir sur sa décision dans "les plus brefs délais" indiquant être "étonné et mécontent" que la Tunisie se retrouve dans cette liste.

Le chef du gouvernement, quant à lui, a exprimé son étonnement par rapport à cette décision, ajoutant que celle-ci ne reflète aucunement la réalité de l'économie tunisienne. Il a également annoncé qu'une délégation se déplacera prochainement à Bruxelles afin d'insister sur le fait qu'il est "inconcevable" que l'économie tunisienne soit comparée à d'autres économies, dans la mesure où elle est basée depuis plus de 30 ans sur l'exportation, avec tout ce que celle-ci a apporté en matière de création d'emplois.

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