Quand un artiste français investit la prison de Qara de Meknès pour une exposition souterraine

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EXPOSITION - Depuis quelques semaines, c'est un évènement peu commun qu'accueille la célèbre prison Qara de Meknès. C'est dans ce lieu patrimonial que l'artiste français Patrick Singh a choisi de présenter ses oeuvres au public. L'exposition, qui rencontre actuellement un franc succès, notamment auprès des scolaires guidés par des médiateurs, a débuté le 8 novembre dernier à l'issue d'une résidence d'artistes organisée par l'Institut français de Meknès et baptisée "Sur les traces de Delacroix". Une résidence à laquelle l'artiste français a pu participer pour la seconde fois, après un passage à Meknès l'année précédente.

C'est d'ailleurs à l'occasion de cette première résidence que Patrick Singh découvre la prison de Qara. "Il y a maintenant deux ans, l'Institut français m'a invité pour envisager une exposition. On m'a présenté plusieurs lieux mais j'ai choisi la prison", raconte Patrick Singh au HuffPost Maroc. "C'est un espace sous-terrain et assez sombre, ce qui correspond à la manière, quand j'en ai l'occasion, de présenter mon travail. L'espace y est assez démesuré, y compris dans ses hauteurs, ce qui me permet de déployer plusieurs expositions en une", ajoute celui que le directeur de l'Institut qualifie de "peintre voyageur".

patrick singh

patrick singh

Une exposition qui, comme l'explique l'artiste, "se déploie sur trois grandes parties de la prison". "La première est composée de toiles éclairées avec des spots. La deuxième, qui se divise en deux allées, est uniquement éclairée à la bougie, avec une installation de grands voiles de 4 et 8 mètre. Et la troisième partie est une bibliothèque avec des livres originaux", détaille-t-il.

Figures fantomatiques

Malgré les apparences, les oeuvres ne sont en aucun cas le reflet de l'histoire de la prison de Qara. "Les oeuvres ne parlent pas de l'histoire de la prison. La plupart des travaux est inspirée par la ville de Meknès que j'ai découverte à travers cette résidence d'artiste. J'ai pu voir beaucoup de choses qui m'ont inspiré, et exercer mon imaginaire sur la ville, ses habitants, sa vie sociale à travers différentes formes", nous dit-il.

patrick singh

Il faut dire que la similitude entre l'atmosphère de la prison et les travaux de Patrick Singh n'est pas passée inaperçue auprès des visiteurs des lieux, qui voient dans ces voiles "l'âme" des personnes passées par ce lieu de détention. "C'est un hasard", explique de son côté l'artiste. "Je n'ai pas peint des prisonniers ou des gens qui ont un rapport avec la prison, mais il est vrai que les portraits que je réalise ont en général un aspect un peu dramatique".

patrick singh

carabosse

Des silhouettes "fantomatiques" exacerbées par les éclairages à la bougie réalisés par la compagnie française Carabosse, connue des rbatis pour la fameuse installation de feu réalisée en 2013. La compagnie qui signe la scénographie de cette exposition, est aussi un partenaire régulier de Patrick Singh. "C'est une compagnie avec laquelle je travaille actuellement sur un spectacle qui s'appelle 'Les temps qui courent', basé sur les carnets de voyage mais sous diverses formes. Ils officient à l'échelle internationale et je les ai invités à travailler sur une partie de l'exposition que je voyais avec un éclairage à la bougie", raconte l'artiste.

carabosse

Patrick Singh n'en est pas à sa première exposition dans un lieu historique. En 2009, il réalise une installation à l'African burial ground, à New York, un espace mémoriel rendant hommage aux personnes enterrées en ces lieux, des esclaves venus d'Afrique: "Investir un lieu est une chose qui m'intéresse plus que d'être dans des galeries. J'ai également fait des installations en Amérique du sud, dans des lieux isolés et en Ethiopie dans la région du Harar. Chaque fois que j'investis un lieu, ce n'est pas dans l'idée de déstabiliser le visiteur mais dans celle de proposer des oeuvres qui se marient avec l'endroit. La prison de Qara, par exemple, n'a besoin de rien pour exister. Le lieu est suffisamment impressionnant".

patrick singh

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