À la rencontre de Jonathan Amar, designer franco-marocain de retour à Casablanca le temps d'une expo

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JONATHAN AMAR
Instagram/Jonathan AMAR
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DESIGN - Il n'est peut-être pas le plus célèbre designer de la scène créative marocaine, mais il gagne pourtant à être connu. L'exposition de Jonathan Amar "Pratique de la lumière et objet du mouvement", qui s'ouvre demain à Casablanca, tombe à pic pour mettre en lumière ce natif de Rabat et ses oeuvres originales. Le temps d’une exposition, l’Architecte d'intérieur et designer de génie s’installe ainsi à la galerie Venise Cadre, du 7 au 20 décembre pour présenter son projet et son univers. L’occasion rêvée d’aller à la rencontre d’un artiste hors pair.

jonathan amar

Né en 1955 d’un père marocain et de mère française, Jonathan Amar poursuit ses études à Paris où il s’intéresse aux arts décoratifs, à la photographie, à la mode et à la peinture. Mais c’est la folie des années 80 qui valent à Jonathan sa renommée internationale.

Représentant en 1985 l'avant-garde du style baroque New Age et Ethno-Chic, à 30 ans à peine, il prend les rênes de la direction artistique des "Bains douches", véritable institution parisienne devenue sanctuaire de la night life et repère de la jet-set planétaire.

Fervent défenseur de l’art, de la culture et de l’artisanat marocain, ses œuvres mettent en lumière le savoir-faire ancestral des artisans du royaume. Fondateur de l’agence de design et d’architecture intérieure "Amar Studio", il réalise et dessine des lignes de mobiliers décoratifs, luminaires et différents objets aux inspirations orientales, mauresques ou andalouses, fusionnant artisanat marocain et design contemporain.

jonathan amar

Son style singulier et son brassage culturel mêlant techniques d’avant-garde et méthodes artisanales, font de chacune de ses créations de véritables œuvres d’art capables de traverser les époques et les cultures. Avec "Pratique de la lumière et objet du mouvement", il signe une exposition qui s’articule autour de deux axes principaux: La lumière, une ligne composée de lampes articulées, ayant nécessité deux années de recherche et de développement, et La Bicyclette avec "Amar Cycles", transformant le vélo en véritable objet design sans jamais perdre sa fonctionnalité. Rencontre avec un créateur aux milles facettes.

HuffPost Maroc: Vous êtes l'un des ambassadeurs de la culture et de l'artisanat marocain à l'étranger. Que représentent-ils pour vous?

Jonathan Amar: C’est une histoire d’amour qui a commencé dans les années 80 et qui ne s’est jamais ternie. Le savoir faire ancestral des artisans m’a donné l’envie de moderniser leur travail pour l'adapter à notre époque. Ce fut un travail complexe qui a finalement donné des résultats dans plusieurs domaines.  

Vos racines marocaines ont-elles été une force dans votre parcours créatif?

Oui, tout à fait. Elles m’ont permis d’avoir des relations privilégiées avec les artisans.  

Vous présentez actuellement "Pratique de la lumière et objet du mouvement" à Casablanca. Que représente pour vous cette exposition?

C’est la consécration de trois années de travail, de recherche intense et d’investissement pour créer une ligne de produits, en série limitée moderne et raffinée.

Nos artisans hautement qualifiés, des matériaux de qualités et des finitions sans compromis nous ont permis de créer une collection très innovante adaptée à notre époque avec l’intégration du meilleur des technologies aux normes internationales.

jonathan amar

De votre amour du vélo est né le projet des Amar Cycles. Comment avez-vous imaginé ces bicyclettes d'un nouveau genre?

Lors de mes voyages à New York dans les années 90, je me suis aperçu que les coursiers utilisaient des vélos dans lesquels tout accessoire superflu était éliminé: un seul pignon fixe et, pour certains, même pas de freins. La pureté et la simplicité de ces vélos m’ont toujours fasciné et le "Fixie" est né de cette évolution. À l’époque, le "Montain Bike" était le vélo à la mode mais très peu pratique pour se déplacer en ville. La révolution de ce mode de transport est venue avec les "Vélib" en 2010 et a changé radicalement la manière d’appréhender les déplacements à vélos. Ce sont tous des facteurs qui m’ont progressivement donné envie de créer des vélos dotés d’une forte personnalité.  

Vos créations débordent de créativité ET d'originalité. Où trouvez-vous votre inspiration?

Les voyages, la confrontation de cultures différentes et la photographie. Mes premières expériences en tant que photographe dans les années 80 m’ont permis de visiter de nombreux pays et, plus tard, de créer des décors aboutis pour mes photos.

jonathan amar
 
L'un des meilleurs souvenirs des "Bains Douches", dont vous avez assuré la direction artistique?

Il n'y a pas un souvenir en particulier, toute l’époque a été un incroyable mélange de gens qui venaient d’horizons et de styles différents. Mais je garde le souvenir d’une soirée particulièrement mémorable: nous étions au bureau avec Harrison Ford qui était en tournage à Paris pour "Frantic" (1988) avec Roman Polanski, qui avait intégré des scènes aux "Bains Douches". Là, arrive dans la foulée Mick Jagger, un ami de Roman Polanski, et 20 minutes plus tard Jack Nicholson, qui tournait "Batman" à Londres. Une soirée folle et mémorable.  

Vous êtes un adepte du mélange des genres. Comment réussissez vous à naviguer entre les styles sans jamais trop en faire?

Oui, le mélange est important car il permet de casser l’uniformité d’un style constant. Non renouvelé, il devient ennuyeux. Personnellement je suis un fervent adepte du minimalisme que ce soit dans ma vie privée ou dans mon environnement.

Quels conseils pourriez-vous donner à un jeune designer?

Allez à l’école et suivez vos cours!

Portrait chinois

 

Si vous étiez une ville? Copenhague. 60% des déplacements en vélo, très peu de voitures et l’écologie est présente dans tous les domaines.  

Si vous étiez un film? "Superman" pour essayer de changer le monde.

Si vous aviez le pouvoir de voyager dans le temps, quelle époque visiteriez-vous?  2100, pour voir le futur.

Un endroit pour vous ressourcer? Dakhla.

Un lieu pour faire la fête? Paris.

Quel artiste vous inspire le plus? L’architecte et designer danois Finn Juhl.

Un projet que vous rêvez de faire? Participer à l’élaboration d’une ville nouvelle où l’écologie serait le moteur de sa conception.

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