Les calligraphies de Tarek Benaoum investissent un mur de la BNRM (PHOTOS)

Publication: Mis à jour:
Imprimer

STREETART - La nouvelle fresque que vient d’accueillir la ville de Rabat vaut son pesant d’or. L’artiste calligraphe français d’origine marocaine, Tarek Benaoum, n’a pas lésiné sur les moyens pour revêtir un des murs de la Bibliothèque nationale du royaume du Maroc (BNRM). Au milieu du mur, alignés verticalement, trois disques habillés de feuilles d’or de 24 carats contrastent avec le bleu royal qui recouvre, depuis ce lundi, les 300 mètres carré de surface murale.

tarek benaoum3

Après treize jours de travail, les cercles calligraphiés de la fresque se sont enfin fermés. On pourrait avoir l’impression d’être devant un texte écrit en arabe mais on se rend vite compte que le déchiffrer relève de l’impossible. "Je doute que quelqu’un puisse lire le texte", déclare au HuffPost Maroc, Tarek Benaoum qui souhaite faire plâner le mystère. L’artiste s’est basé sur la traduction en français d’un ancien texte de Malhoun écrit par le poète safiot, Anejjar. Le poésie intitulée "Addahbia", ou "La dorée", fait référence à la couleur du soleil à l’heure de son coucher.

tarek benaoum 1

tarek benaoum 2

L’artiste, qui ne sait ni lire ni écrire en arabe, dissimule donc dans sa fresque "une page et demi" de texte écrit en français en lettres gothiques embellies par des arabesques, mais aussi par des formes berbères, amérindiennes et africaines, inspirées par ses nombreux voyages, et qui finissent par créer une écriture hybride qu’il décrit comme "alien".

"Chacun voit la fresque selon ses envies, ses origines… Il n’y a pas de frontières à l’interprétation", souligne l’artiste.

"C’est un mélange entre tradition et innovation, à l’image de ce que le Maroc est en train de faire, et plus particulièrement la BNRM qui numérise beaucoup de textes historiques", dit l’artiste pour expliquer les quelques bribes de lettres qu’il a ajoutées en touches finales sur les autres murs de la bibliothèque. "C’est comme un texte qui aurait été rongé par le temps, et une page (le mur bleu) qui aurait été retrouvée et calligraphiée", explique-t-il.

Une commande royale

Ce natif de Salé, qui s'est déjà attelé à orner plusieurs murs en France, travaille pour la première fois au Maroc. Mais si cette fresque entre dans le cadre du projet "Hors les murs" de la fondation Montresso*, l’artiste nous confie, sourire en coin, que "c’est un peu une commande du roi".

"Un jour, après mon exposition à Paris en mars dernier, je reçois un coup de fil du chambellan, me disant que le roi aimait beaucoup mon travail et qu’ils allaient tout faire pour me faire venir. Je sais que le roi est un féru d’art contemporain, il s’était d’ailleurs déjà procuré deux de mes œuvres", nous raconte Tarek Benaoum.

Le calligraphe, qui a décoré plusieurs boutiques et hôtels de luxe avec le designer Philippe Starck, a récemment beaucoup fait parler de lui en France après sa monumentale fresque à l’Institut des Cultures d’Islam à Paris, où l’on retrouve ses éléments-signatures comme le bleu, le doré et le bronze, les cercles et la calligraphie latine.

"Je travaille beaucoup sur ces couleurs et ces tons d'abord pour une question de goût personnel, mais aussi parce qu’ils ont un rapport au divin, au ciel, à la nuit étoilée, et peut-être même un petit clin d’œil au seul coran bleu qui existe", explique-t-il.

tarek benaoum5

Tarek Benaoum s’est passionné très jeune par l’étude de la lettre. Alors qu’il débute dans les années 90 par le graffiti, sa passion pour la calligraphie le pousse à prendre des cours avec de grands noms dans ce domaine comme Hassan Massoudy, Kitty Sabatier, et Laurent Pflughaupt, et à rejoindre le Scryptorium de Toulouse de Bernard Arin. "Là, j’ai vraiment fait la différence entre le graffiti que je faisais dans la rue, qui était illégal et vandale, et l’art urbain. Ce que je fais, c’est un mix des deux", explique-t-il.

L’artiste expose actuellement à Bruges, en Belgique, et a déjà une autre exposition en janvier à Singapour aux côtés d’artistes internationaux. Il espère, cependant avoir l’occasion de revenir au Maroc pour d’autres projets.

L'oeuvre de Tarek Benaoum à la BNRM ne devrait pas être la seule à retenir l'attention des habitués de la Bibliothèque nationale. Le projet artistique "Hors les murs", initié par la fondation Montresso, s’apprête ainsi à accueillir un deuxième street-artiste, JonOne, pour une seconde fresque murale à la BNRM.

LIRE AUSSI: