Le plan contre le froid lancé au Maroc, avec pour toile de fond le récent drame d'Essaouira

Publication: Mis à jour:
EL BARAKA ANGELS
Le plan contre le froid lancé au Maroc, le drame d'Essaouira en toile de fond | El Baraka Angels/Facebook
Imprimer

AIDE HUMANITAIRE - Face à la vague de froid qui touche le pays, le ministère de l'Intérieur et la société civile s'activent pour aider les populations vulnérables. Mais trois semaines après la bousculade d'Essaouira, qui a coûté la vie à 15 femmes venues chercher des paniers d'aide alimentaire, la question de l'encadrement des actions de bienfaisance est relancée.

Mardi 5 décembre, le ministère de l'Intérieur a lancé le plan pour venir en aide aux principales populations concernées par la baisse des températures. Et en premier lieu, les habitants des zones montagneuses et rurales, souvent enclavées, qui manquent de nourriture ou d'affaires chaudes pour affronter l'hiver.

Le ministère de l’Intérieur a ainsi ordonné aux walis et gouverneurs d'activer les centres de commandement provinciaux, afin de suivre la situation et de prendre les mesures nécessaires pour protéger les populations les plus démunies, indique mardi un communiqué de ce département. Cette mobilisation est lancée en coordination avec les services du ministère de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau, du ministère de la Santé, de la gendarmerie royale, de la protection civile, ainsi que les élus locaux et les représentants de la société civile.

"Les autorités locales ont été également invitées à accorder l’attention nécessaire aux couches fragiles, notamment les personnes sans abri, et à prendre toutes les dispositions nécessaires (...) pour leur garantir l’hébergement, l’alimentation et les soins médicaux", ajoute le communiqué.

Un ciblage nécessaire

Du côté de la société civile, le temps est aussi à la mobilisation. L'association El Baraka Angels, fondée en 2013 et qui organise chaque année des distributions de denrées et de produits de première nécessité dans les zones montagneuses, s'apprête à organiser une action dans la province d'Azilal au profit de 750 familles.

"Tous les gens qui reçoivent les dons sont ciblés avant par les autorités qui nous transmettent des listes précises, donc on sait qu'il n'y aura pas de manque", explique au HuffPost Maroc Selwa Zine, présidente de l'association. Un ciblage qui permet aussi d'éviter un nouveau drame après celui survenu le 19 novembre à Sidi Boulaalam, dans la région d'Essaouira, où 15 femmes sont mortes dans une bousculade lors d'une distribution caritative par un donateur.

"On n'a jamais eu de problème de ce genre, même si parfois on distribue des denrées et couvertures à 1.000 familles", souligne Salwa Zine. "On choisit la zone que l'on veut couvrir, mais ce sont les autorités locales qui connaissent le nombre de personnes par ménage qui sont dans le besoin, à qui nous remettrons de la farine, de l'huile, du sucre, des féculents, ainsi que des vêtements deuxième main et une couverture neuve", ajoute-t-elle.

"On nous a expliqué qu'on devait avoir d'autres autorisations"

Pour d'autres associations qui viennent en aide aux plus démunis, le travail risque d'être plus compliqué cette année. Le drame d'Essaouira a en effet poussé le roi à donner ses instructions pour que la distribution d'aides soit désormais soumise à un cadre législatif bien précis, jusque-là inexistant.

L'association Jood, qui s'occupe des sans-abris à Casablanca, se retrouve ainsi dans l'impossibilité de continuer ses actions pour le moment. Interrogée par le HuffPost Maroc, sa présidente, Hind Laidi, explique que depuis les événements d'Essaouira, les opérations de distribution organisées par l'association ont été arrêtées.

"On nous a expliqué qu'on devait avoir d'autres autorisations, en plus de celles qu'on a déjà", indique-t-elle. "Mais on peine à les avoir, c'est malheureux, parce qu'on est pratiquement les seuls à opérer sur le terrain en milieu urbain, et on se retrouve avec des stocks de nourriture que l'on ne peut pas distribuer", déplore-t-elle. Sur Facebook, Jood se propose même de donner ces denrées à d'autres associations ou orphelinats, pour qu'elles ne soient pas perdues.

Combler le vide juridique

Le 21 novembre, deux jours après la bousculade mortelle, le ministre de l'Intérieur Abdelouafi Laftit avait indiqué que le vide juridique en matière de distributions d'aides devrait être comblé, et les textes existants réformés.

"Les actions de bienfaisance au Maroc sont régies par une loi qui remonte à 1971 et le décret de son application à 2005. La distribution des aides, elle, n’est soumise à aucune loi. Elle est organisée par une circulaire du ministère de l’Intérieur", a-t-il expliqué lors de la séance hebdomadaire des questions orales au gouvernement, précisant cependant qu’il n’est pas question non plus de créer des barrières à la solidarité. "Nous n’allons pas ouvrir une agence pour s’occuper de cela. Nous devons uniquement garantir la sécurité en veillant au maintien de la culture de solidarité", a-t-il affirmé.

Le ministre a aussi annoncé que le projet d’aide aux familles nécessiteuses n’a pas été jeté aux oubliettes. Celui-ci devra, selon lui, être opérationnel une fois que "le registre national de la population" sera établi, au même titre qu’un identifiant national unifié. "Nous nous sommes inspirés de l’expérience de l'Inde pour cibler ceux qui doivent bénéficier de l’aide. Le registre sera bientôt prêt", a-t-il assuré.

LIRE AUSSI: