Visée par la pétition contre la construction d'une mosquée à Agadir, l'association menace de saisir la justice

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CONSTRUCTION MOSQUE
Association de construction de la mosquée
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PÉTITION - "Stop à la construction d'une mosquée au quartier Haut Anza à Agadir". Tel est l’intitulé d’une pétition lancée le 23 novembre dernier sur Avaaz.org et qui a recueilli, à ce jour, plus de 1100 signatures.

Son initiateur Mohamed Réda Taoujni l’estime légitime "pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur la construction d'une immense mosquée au coût exorbitant de 35.800.000 dirhams (trois milliards cinq cent quatre-vingt millions de centimes)". Il explique dans sa pétition qu’une telle construction "n'est pas une priorité pour un quartier qui manque de tout ".

Dans une vidéo que Mohamed Réda Taoujni a postée, hier, sur sa page Facebook, il défend sa cause. Il y souligne qu’il ne s’oppose pas au culte en lui-même, en affirmant qu’il n’est ni "athée, ni "laïc", mais simplement "un citoyen".

"J’ai dit ce que tout le monde pense, mais que personne n’ose dire au nom de la religion", déclare-t-il au HuffPost Maroc. Et d’ajouter: "On a dit de moi que je travaillais pour des agendas occultes. Les accusations ont évolué vers des menaces auxquelles je ne veux accorder aucun crédit", ajoute Mohamed Réda Taoujni. Ce dernier nous précise qu’il n’hésitera pas à déposer plainte si "une menace venait à être exécutée".

Une question de priorités

L’initiateur de la pétition fonde le principe de sa pétition sur une question de priorités. "Il fallait soulever ce sujet parce qu’il n’est pas tabou", estime-t-il, soulignant que la construction des lieux de culte par des bienfaiteurs nourrit bien des interrogations.
Mais si le sujet ne relève d’aucun tabou, à en croire M. Taoujni, sa pétition, elle, n’a pas laissé insensible l’association de la construction de la mosquée en question baptisée "Youssef Ibn Tachfin".

"Nous faisons l’objet d’une campagne acharnée!", déclare au HuffPost Maroc le président de cette association, Aziz Benbrik. Pour ce dernier, le budget quelle qu’en soit la valeur, ne devait pas susciter "une polémique de ce genre". "Quand un particulier veut construire un projet, même si le coût est de 10 milliards, personne n’a à s’en mêler. Cette mosquée sera financée par des bienfaiteurs et non par l’État qui nous a uniquement cédé le terrain", tient-il à préciser.

Le responsable ne cache pas son agacement. Il affirme que l’association ne reconnait pas la crédibilité de la pétition lancée contre la construction de la mosquée. "Une pétition dans le monde virtuel pourrait réunir des signatures par n’importe quel moyen et de n’importe qui. Notre association, elle, demande plutôt à voir une pétition sur papier où les habitants auraient signé contre la construction de la mosquée. Et celle-ci n’existe pas!", fustige Aziz Benbrik.

Ce dernier, qui se dit être un des habitants du quartier Haut Anza, prétend que l’initiateur de la pétition "cherche à semer la zizanie". "S’il veut parler d’un manque de projets socio-culturels ou éducatifs, il n’a pas à utiliser notre projet pour le faire. Son avis, il pouvait le donner sans remettre en question la construction d’une mosquée en raison surtout de l’aspect sacré que représente ce lieu de culte pour notre société", estime le président de l’association. Et d’ajouter que celle-ci dispose de l’autorisation nécessaire pour réaliser le projet. "Ce n’est pas seulement une mosquée, c’est un complexe dans lequel cette dernière sera une composante à laquelle s’ajouteront une école traditionnelle pour 300 étudiants et des boutiques (…) Nous allons poursuivre notre projet, sauf si un cas de force majeur ou une raison légale impose sa suspension", prévient Aziz Benbrik.

Tentative de débat avortée

En réaction aux propos de ce dernier, Mohamed Réda Taoujni affirme avoir "essayé de discuter avec le président de l’association, il y a quatre jours". "J’ai voulu débattre avec lui du contenu de ce projet et de son importance pour un quartier pauvre. Mais, lui, il voulait uniquement savoir qui des habitants ont signé la pétition. Je lui ai précisé que ce n’était pas aussi important que d’entamer un projet inutile", nous dit-il.

L’initiateur de la pétition n’est donc pas prêt à faire machine arrière. "Je ne vise personne et je n’ai aucun compte à régler dans ce cas précis. C’est le sujet en soi qui, pour moi, mérite d’être débattu sur un plan pragmatique, d’autant que plusieurs constructions de mosquées, notamment à Agadir, par des bienfaiteurs ont été suspendues faute de fonds suffisants".

L’association, elle, estime être en droit de saisir la justice contre cette pétition. Elle a publié une précision sur sa page Facebook et remis une copie aux représentants des autorités locales et régionales, ainsi qu’au procureur général du roi près la Cour d’appel d’Agadir. Affaire à suivre...

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