Tout ce que vous devez savoir sur la réforme de l'Enseignement Supérieur tunisien

Publication: Mis à jour:
EXAM TUNISIA
Tunisian students take the baccalaureat (high school graduation exam) exam on June 6, 2012 in Tunis. Some 129 181 candidates registered for the main session of the baccalaureat held this year from June 6 to 13. The average female candidates stood at 57.06% against 42% for boys. The Bachelor 2012 will be marked by the application of an adult aged 64 years and five students who are serving a prison sentence. The exam results will be announced on June 23, 2012. AFP PHOTO / FETHI BELAID (Phot | FETHI BELAID via Getty Images
Imprimer

Lors d'une conférence de presse en marge des assises de mise en œuvre de la réforme du système de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, qui se sont tenues samedi 2 et dimanche 3 décembre 2017, à Hammamet, le ministre Slim Khalbous a annoncé qu'il y aura une réforme complète du système L.M.D, notamment par la mise en place de mécanismes de liaison entre les masters de recherches et les masters spécialisés, ou encore la mise à disposition de matières optionnelles pour les étudiants.

Les réformes

Khalbous a également annoncé la restitution du diplôme Bac+4 qui est déjà en vigueur sur le plan international.

Le système actuel d'admission à l'enseignement supérieur sera également totalement revu, avec la mise en place d'un comité de recours a-t-il annoncé ajoutant également la créations d'études Post-doctorales pour les jeunes chercheurs universitaires.

Quant aux universités privées, Khalbous a annoncé que le cahier des charges sera révisé, pour une meilleure qualité et pour plus de contrôle, tout en leur garantissant les mécanismes nécessaires pour qu'ils puissent améliorer leur système d'admission ainsi que leur rendement, soulignant la faiblesse de l'encadrement dans ces institutions, qui seront également incitées à ne recruter que des professeurs détenteurs de doctorat.

S'agissant de l'orientation universitaire, le ministre a déclaré qu'une coopération sera mise en place entre le ministère de l'Éducation, le ministère de l'Enseignement supérieur et le ministère de la Formation professionnelle et de l'Emploi, à travers un comité qui aura pour mission d'élaborer de nouvelles procédures qui prennent en compte les matières optionnelles dans l'enseignement secondaire puis supérieur.

Khalbous a également annoncé que le statut d’établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST) sera conféré à un nombre d'établissements d’enseignement supérieur et de recherche scientifique, ce qui leur permettra de se doter de l’autonomie financière et de se conformer aux standards internationaux de qualité, ajoutant qu'un conseil administratif sera créé dans ces universités, afin de dispenser le conseil scientifique des décisions administratives.

Le ministre a par ailleurs déclaré que des centres de médiation entre les étudiants et le corps enseignant et administratif seront créés afin d'éviter les conflits et le recours à la justice pour régler des petits différends. Il a également annoncé des mécanismes facilitant la coopération et la création d'alliances lucratives entre les centres de recherche scientifique appliquée des universités et les laboratoires de recherche privés.

Dans ce contexte, Khalbous a annoncé que des pôles régionaux réunissant des universités et des centres de recherche seront créés, afin d'améliorer la position de l'enseignement tunisien sur le plan mondial et réaliser ainsi de meilleurs classements. Ces pôles auront également pour mission de gérer les problèmes relatifs à chaque région, comme le transport, le logement, ou encore la sécurité.

Pour les universités des régions intérieures, Khalbous a annoncé l'adoption d'une politique de discrimination positive afin de favoriser les activités de recherche scientifique mais aussi les activités culturelles et sportives au sein des régions. Le but étant d'attirer plus d'enseignants dans ces régions.

Les organigrammes des universités seront également restructurés en vue de les adapter aux besoins de chaque université, en se basant sur son poids (les diplômes, nombre d'étudiants et d'enseignants, nombre d'agents, etc..).

Du côté de la réforme de la recherche scientifique, Khalbous a déclaré qu'il a été décidé de s'orienter vers un financement public compétitif en faveur des priorités du pays en plus de la création d'une haute instance pour la recherche scientifique à laquelle seront rattachés les centres de recherche universitaire, afin de lui garantir une bonne présence sur la scène scientifique internationale.

Les textes de loi régissant les différentes institutions (l'école doctorale, les laboratoires, les commissions de thèses) qui assurent la formation des docteurs seront également revus, en plus de la mise en place d'une académie spécialisée dans la formation et la réhabilitation aux nouveaux métiers de la recherche scientifique.

Au niveau du volet des services, dont bénéficient l'étudiant et l'enseignant, Khalbous a annoncé la création d'un conseil pour la vie universitaire qui assurera une coopération entre les universités. Dans le même contexte, le ministre a déclaré que les activités culturelles et sportives feront désormais partie du programme d'enseignement et pris en compte dans le diplôme, en plus de la création d'une fédération sportive pour les différentes universités.

Toujours dans le cadre des services, des conventions d'assurance complémentaire seront mises à disposition des étudiants et enseignants, en plus d'une encadrement médical et psychologique à travers des centres médicaux dans toutes les universités.

Khalbous a par ailleurs déclaré qu'une augmentation a été décidée du seuil de revenus des parents pour les étudiants concernés par les bourses. Le ministre a également annoncé l'augmentation des bourses et de l'aide sociale aux étudiants.

Les assises de mise en œuvre de la réforme du système de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique se sont déroulées avec la participation de représentants de divers établissements universitaires et d’académiques tunisiens ainsi que d'associations.

À cette occasion, le ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Slim Khalbous a souligné que ces
assises représentent "le commencement d'un processus historique qui permettra de réinventer l'université tunisienne".

La réforme, a-t-il dit, figure parmi les priorités du gouvernement d'union nationale et cible aussi bien l'étudiant que
l'enseignant, précisant que l'objectif étant de permettre une formation de qualité à plus forte employabilité et de fournir des
conditions favorables pour la recherche.

Le ministre a indiqué que dix sous commissions sectorielles se sont mobilisées depuis déjà une année pour mettre en œuvre
cette réforme, soulignant que les décisions seront exécutées à partir de la semaine prochaine. Et d'ajouter que la cadence des mesures prises sera accélérée à partir de 2018.

Boycott

La fédération générale de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique relevant de l'Union Générale
Tunisienne du Travail (UGTT) a boycotté les assises, conformément aux décisions de sa commission administrative qui a, également appelé à une grève générale dans tous les établissements universitaires, le 7 décembre courant.

La fédération a, en outre, appelé les professeurs universitaires à boycotter, à partir de janvier 2018, les soutenances de thèses et de projets de fin d'études.

Par ailleurs, le bureau exécutif de l'UGTT avait indiqué, hier, sur sa page officielle qu'il n'est pas concerné par la participation aux assises de la réforme de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, appelant l'ensemble des structures de l'organisation ouvrière à respecter cette décision.

Dans un communiqué publié quelques heures avant le démarrage des assises, l'UGTT a appelé le ministère de tutelle à respecter l'approche participative dans toute réforme qu'il envisage entreprendre.

Le secrétaire général de la fédération générale de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Hassine Boujarra a déclaré, samedi, à la TAP que la commission administrative tenue le 18 novembre 2017, a décidé d'observer une série de mouvements de protestation dont le boycott des assises de la réforme de l'enseignement supérieur qui ont été préparées, estime-t-elle, d'une manière unilatérale.

L'orateur a rappelé que le ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche scientifique a supprimé les commissions de réforme composées de représentants des structures pédagogiques, du gouvernement et du syndicat.

Boujarra a ajouté que le ministre a créé l'année dernière 10 nouvelles commissions qui ont été refusées par la fédération.

Le responsable syndical a fait savoir que le ministre a refusé l'appel du syndicat à reporter la date de ces assises afin de faire participer toutes les parties concernées à cette réforme.

Concernant la grève du 7 décembre 2017, Boujarra a indiqué qu'il s'agit d'une forme de protestation contre la non activation des conventions conclues, l'absence de recrutement, le retard dans les promotions et le non respect du principe de la rémunération dans la fonction publique en accordant les salaires les plus élevés aux titulaires de diplômes supérieurs.

De son côté, l'Union des Enseignants Universitaires et Chercheurs Tunisiens IJABA a annoncé le boycott des assises nationales de mise
en œuvre de la réforme de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique prévues les 2 et 3 décembre 2017 à
Hammamet.

Dans un communiqué dont une copie est parvenue, vendredi à la TAP, IJABA rejette les résultats qui seront issus de ces
assises, appelant à instaurer un nouveau processus de réforme fondé sur une approche scientifique et participative.

IJABA estime que l'opération de réforme ne doit pas s'effectuer d'une manière arbitraire après plus de six ans de son
démarrage et l'exclusion de la majorité écrasante des professeurs universitaires et chercheurs de ce processus.

IJABA refuse, lit-on de même source, d'approuver ce projet "plein de lacunes élaboré dans un cadre restreint sans aucun
respect du principe de la démocratie participative".

Selon IJABA, l'université tunisienne traverse, actuellement, une phase critique et souffre de manque de moyens,
d'infrastructure et de ressources humaines qui ne constituent pas, selon le communiqué, une priorité pour l'État, estimant que
le pays a plus que jamais besoin de soutenir l'université publique et d'un projet de réforme réel et radical qui permet de
promouvoir l'institution universitaire à moyen et long terme.

IJABA ne refuse pas le dialogue, ajoute le communiqué, un dialogue auquel elle avait appelé à maintes occasions et observé
des mouvements de protestations pour y être associé.

L'union rappelle qu'en 2015, elle avait, soumis à la commission de l'éducation au sein de l'Assemblée des Représentants du
peuple (ARP) une étude complète sur les lacunes du système universitaire.

Réponse du ministre au boycott

En réponse au boycott des assises de la réforme du système de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Slim Khalbous a appelé à "ne pas prêter attention à ceux qui ont choisi la politique de la chaise vide".

S'exprimant à l'ouverture de ces assises en présence de plus de 1200 participants, Khalbous a indiqué que cette conférence permettra de fixer les priorités de la réforme de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique en Tunisie dans le cadre de 26 ateliers de travail.

Cette réforme, a-t-il dit, qui a démarré depuis une année déjà, repose sur une approche participative, estimant que la non participation d'un syndicat sur un ensemble de 5 autres ayant pris part aux travaux des commissions de réforme, "ne paralysera pas le bon déroulement de ces assises".

D'autant, a-t-il ajouté, que l'UGTT qui est le syndicat le plus représentatif est un membre permanent des 10 sous commissions de la réforme.

L'approche participative est un choix irrévocable aussi bien pour le ministère que pour tous ceux qui on choisi de "s'absenter", a-t-il dit.

Les universités de Tunis El Manar et l'Université de Sfax dans les 700 universités les plus prestigieuses dans le monde

Par ailleurs, Khalbous a annoncé que les universités de Tunis El Manar et l'Université de Sfax sont entrées dans le classement des 700 universités les plus prestigieuses dans le monde.

Cette "bonne" nouvelle, a-t-il dit, revêt une importance capitale et dénote que l'université tunisienne est en train de progresser contrairement à ce que pensent certains, faisant savoir que les Universités de Tunis El Manar et de Sfax ont gagné respectivement plus de 367 et 256 places.

"En 2010, aucune université tunisienne ne figurait dans le classement des 6000 universités les plus prestigieuses dans le monde", a-t-il fait remarquer, formulant le souhait de voir les établissements tunisiens entrer dans le classement des 500 universités les plus prestigieuses au monde.

L'Université de Tunis El Manar, a-t-il dit, occupe actuellement le 1er rang des universités les plus prestigieuses à l'échelle nationale et est classée 9ème en Afrique et 700ème à l'échelle internationale.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.