L'ambassade de Belgique au Maroc "regrette fort" ce que le professeur Hakkou a vécu à l'aéroport de Charleroi

Publication: Mis à jour:
HAKKOU
DR
Imprimer

INCIDENT - "Un épisode regrettable". C’est en ces mots que l’ambassade de Belgique qualifie ce que le professeur et vice-président de l’Université Mohammed 1er, Abdelkader Hakkou, a vécu, vendredi dernier, à son arrivée à l’aéroport Charleroi.

Invité à participer à un projet de coopération par l'Université libre de Bruxelles (ULB), il s’est retrouvé au centre fermé de Steenokkerzeel (Région flamande). Interpellé pour manque "de preuves suffisantes de son séjour en Belgique", il allait être rapatrié. Sa mésaventure prendra fin au bout de 48 heures grâce à l’intervention de l’ULB, de l'Office des étrangers et de la diplomatie des deux pays.

Au HuffPost Maroc , le conseiller et consul à l’ambassade de Belgique au Maroc, Patrizio Ventura, déclare que cet incident a été suivi de près. "Nous avons suivi très attentivement cet épisode regrettable ce week-end", affirme-t-il. Et de préciser que, sur le plan réglementaire, le professeur Hakkou "n’était pas tout à fait en règle". "M. Hakkou disposait d’un visa pour visite familiale d’une durée de quatre ans qui lui a été délivré en 2015 par le consulat de France à Fès. Il est venu en Belgique, pas pour une visite familiale, mais dans le cadre d’une mission avec l’ULB avec laquelle il est en coopération depuis très longtemps", explique Patrizio Ventura.

Détenir un visa n’est pas suffisant

Le professeur a donc fait l’objet d’une "application stricte" de la procédure administrative par les services de douanes sur place, d’autant qu’il lui manquait des "preuves tangibles" de sa mission. "M. Hakkou n’avait pas sur lui la preuve de l’invitation par l’ULB. Au moment d’entrer sur le territoire belge, il ne pouvait pas démontrer qu’il était bien pris en charge et qu’il disposait des moyens de subsistance suffisants", souligne le conseiller et consul Patrizio Ventura.

Détenir un visa n’est pas suffisant, à en croire ce responsable: "Le visa en lui-même ne donne pas automatiquement le droit d’entrer sur le territoire. Il faut aussi montrer qu’on remplit des conditions". Entre autres, M. Ventura cite la nécessité d’avoir un per diem de l’ordre de 90 euros par jour pour une personne qui n’est pas prise en charge. "M. Hakkou n’avait ni cette somme, ni l’invitation de l’ULB. Les douaniers ont appliqué les règles", poursuit Patrizio Ventura. "Ils n’ont pas pris contact avec leur hiérarchie tout de suite pour s’apercevoir que des représentants de l’ULB l’attendaient", constate-t-il néanmoins. Et d’affirmer que l’ambassade de Belgique au Maroc "regrette fort" ce qui s’est passé et "a essayé de résoudre ce malentendu le plus vite possible".

"Dès que notre ambassadeur, Marc Trenteseau, a vu ce qui s’est passé, samedi midi, dans les médias belges indiquant que le professeur Hakkou avait été retenu, nous avons immédiatement réagi en envoyant un mail au ministère des Affaires étrangères à Bruxelles et en prenant contact avec le porte-parole du ministère de l’Intérieur de Bruxelles", indique Patrizio Ventura.

Des incidents similaires qui se multiplient

Ce sont plusieurs interventions en faveur de la libération du professeur qui mettront fin à sa mésaventure. "L’ambassadeur du Maroc Mohamed Ameur a entrepris des contacts auprès de l’Office des étrangers et s’est porté garant des conditions de séjour de M. Hakkou en Belgique et la décision de sa libération a été aussitôt prise", avait indiqué la MAP, hier, relayant des sources diplomatiques.

L'ULB, qui avait invité le professeur, a dénoncé ce que son collaborateur a vécu. Le porte-parole de l'ULB, Nicolas Dasson, a qualifié le système d’être "manifestement grippé" en s'interrogeant "sur la manière dont la Belgique est prête à accueillir les universitaires étrangers". Une interrogation que l’ULB légitime en soulignant par la voix de son porte-parole que ce que M. Hakkou a vécu "n'est pas un cas isolé: ces derniers mois, les incidents de ce type se multiplient". Pour sa part, Yvon Englert, recteur de l’ULB, a estimé que "la Belgique va dans le mauvais sens. Il faut cesser de courir derrière l’extrême droite. Ce n’est pas la bonne piste".

Abdelkader Hakkou, lui, a pu entamer sa mission auprès de l’ULB avec, cette fois-ci, un goût amer. Dans une déclaration aux médias à sa libération, dimanche à midi, il s’est dit "humilié". "Je suis resté toute la nuit sur une chaise métallique, c’est humiliant. C’est difficile à accepter", a-t-il confié dans cette déclaration relayée par la MAP. Et d’exprimer sa surprise "par l’accueil qui m’a été réservé à l’aéroport par la police, alors que mes collègues de l’ULB m’attendaient dehors. J’ai vécu un engrenage particulier ces deux journées et demi, c’est dommage pour un pays démocratique qui respecte les droits de l’Homme".

LIRE AUSSI: