Kaouther Ben Hania, réalisatrice de "La Belle et la meute": Agitatrice et féministe malgré elle (INTERVIEW)

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KAOUTHER BEN HANIA
CANNES, FRANCE - MAY 19: Director Kaouther Ben Hania attends 'Alaka Kaf Ifrit (La Belle Et La Meute)' Photocall during the 70th annual Cannes Film Festival at Palais des Festivals on May 19, 2017 in Cannes, France. (Photo by Pascal Le Segretain/Getty Images) | Pascal Le Segretain via Getty Images
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Elle a réalisé trois longs-métrages, "Le Challat de Tunis", "Zaineb n’aime pas la neige" et "La Belle et la Meute". Trois films totalement différents, en plus de quatre court-métrages, mais une signature identique, celle de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania.

À chaque fois, l'enfant de Sidi Bouzid remue là où tout semble figé, et creuse hors des lieux-communs. Son cinéma est tissé de témoignages sociaux et de portraits intimistes sous un vernis esthétique. Agitatrice, elle réussit à chaque fois à interpeller l'opinion publique.

Kaouther Ben Hania avance à pas assurés. Ses films font le tour du monde, à l'instar de la "La belle et la meute" qui a suscité l'intérêt aussi bien des Tunisiens que des étrangers..

Alors que le public en Tunisie et ailleurs est encore en train de découvrir son tout dernier film, Kaouther Ben Hania poursuit son chemin et se lance dans d'autres projets. Elle en parle au HuffPost Tunisie. (INTERVIEW)

HuffPost Tunisie:Pour revenir un peu sur "La belle et la meute"-dont nous avons parlé à d'autres occasions-, un point revient toujours chez les critiques: la scène du viol. Qu'est-ce qui est le plus difficile, filmer cette scène ou l'esquiver comme vous avez fait?

Kouther Ben Hania: D'abord le viol a été filmé à maintes reprises dans le cinéma. J'ai voulu m'éloigner de l'aspect spectaculaire, sensationnel ou racoleur -si ça avait été mal filmé- d'une telle scène, où généralement il n'y a pas de témoins.

Le plus difficile, ce n'est pas de la filmer mais de mettre à nu la psychologie de la victime, pénétrer sa douleur, son calvaire. Ne pas filmer cette scène était donc un choix assumé. J'aime intégrer ce qu'on ne voit pas et amener le spectateur- même le plus sceptique- à y croire, à compatir.

LIRE AUSSI: La Belle et la meute: Pourquoi beaucoup de Tunisiens se reconnaitront dans ce film?

Dans vos films, il y a souvent des figures féminines qui sont mises en avant, s'ajoute le fait que "La belle et la meute" sert aujourd'hui d'outil pédagogique pour sensibiliser sur les violences faites aux femmes. Vous définissez-vous comme étant une féministe?

Je n'ai jamais fait partie d'une organisation féministe. Je me présente d'abord comme réalisatrice. Peut-être féministe sans le revendiquer. Dans les films, on traite souvent de ce qu'on connait le mieux, je suis une femme qui connait bien cet univers féminin.

Quant au fait que "La belle et le meute" soit aujourd'hui un outil militant ou politique, ça me réjouit. Il faut dire que cela dépasse mon intention initiale. Au départ on pense d'abord à faire un bon film, son accueil n'est pas du ressort du réalisateur.

Vous faites partie d'une génération qui émerge et qui remporte de francs succès, comment vous vous situez parmi ces nouveaux réalisateurs et quelle est la différence entre vous et l'ancienne génération?

J'ai du mal à me définir, je ne veux pas me cloîtrer à certaines choses, mais en explorer de nouvelles. Par rapport à l'ancienne génération, on ne fait pas des films dans le même contexte. Aujourd'hui, on a plus de liberté d'expression, donc de choix, mais on a aussi plus de responsabilités.

Quels sont vos projets à venir?

Je prépare un documentaire, un long métrage et un court-métrage. Ce dernier perçu comme un passage vers le long métrage-et qui pourrait l'être- et c'est un genre que j'aime visiter. C'est tout ce que je peux livrer pour le moment car je suis superstitieuse.

Comment jaillissent les idées de vos films?

Tout m'inspire, tout ce que je vois et j'entends; les gens, les info, la littérature...

J'en parle ensuite avec mon producteur pour le développement de la thématique que je veux traiter

LIRE AUSSI:Violences faites aux femmes: Ces films tunisiens qui brisent les tabous

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