Districts, le projet qui unit blockchain et réalité virtuelle lancé par des Algériens à Dubaï

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Si le gouvernement a interdit “l’achat, la vente, l’utilisation et la détention” des crypto-monnaies, la technologie sous-jacente, la blockchain, a permis à des techniciens algériens de lancer sous d’autres cieux un projet futuriste aux applications multiples.

La vision est un écosystème 3D où les échanges se font avec une monnaie virtuelle. Les utilisateurs peuvent acheter du terrain pour imaginer et construire leur monde, payer des biens ou des services proposés par d’autres usagers. Le tout sécurisé et décentralisé grâce à la cryptographie du registre public qu’est la blockchain. C’est le concept de Project Districts.

Zine Laabidine Rezig, un développeur algérien autodidacte de 31 ans, a lancé la startup "Project Districts" à Dubaï en 2016 avec quatre autres diplômés des universités de Batna et de Constantine. Il s’agit d’une des intégrations les plus ambitieuses de deux technologies en vogue, la blockchain et la réalité virtuelle (VR).

zine laabidine rezig

Zine Laabidine Rezig, fondateur de Districts.



Le site de Districts donne des exemples concrets de ce que leur plateforme permet de faire: Les promoteurs peuvent faire visiter à leurs clients des reproductions exactes d’immeubles en réalité virtuelle. Des éducateurs peuvent créer des illustrations pour expliquer à leurs élèves des phénomènes de physique ou de science. Des ambiances adaptées aux patients peuvent accompagner des séances de psychothérapie. Les possibilités sont nombreuses.

“Si un utilisateur de l’univers 3D entre dans un centre commercial hébergé dans Districts et effectue un achat, il ou elle obtiendra un reçu valide et une livraison dans le monde réel”, explique le site.




“L’idée est de créer un écosystème virtuel et immersif, avec des entités de la vie réelle virtualisées et existant dans un environnement interactif en temps réel”, indique au HuffPost Algérie Zine Laabidine Rezig, CEO de Districts.

Pour permettre les échanges à l’intérieur de ce monde, l’équipe a créé sa propre crypto-monnaie, le 3DCoin. Grâce à cette monnaie, convertible en monnaie fiduciaire comme toute autre monnaie virtuelle, (1 3DC = 0,27 $ actuellement), la startup a aussi lancé début novembre son ICO (Initial Coin Offering), une collecte de fonds virtuels pour financer le projet.

“Pour le moment le projet en est encore à ses premières phases et n’est pas encore en ligne. Une fois les fonds nécessaires collectés, la première version de Districts sera accessible”, a affirmé Alaeddine Guerziz, 29 ans, ingénieur de formation et gérant du projet Districts.

Les fonds serviront notamment à compléter le développement de l’infrastructure et à acquérir les licences et de la technologie tierce-partie nécessaire à Districts: Oculus, SteamVR, Unreal Engine, etc.

Si l’ICO dépasse la somme des 100 millions 3DC annoncés, les fonds supplémentaires seront investis dans le développement du Districts Virtual Studio (DVS), une interface qui permet aux utilisateurs de créer facilement des environnements 3D dans Districts, qu’ils soient technophiles ou non, assurent ses développeurs.




Dubai, si loin d’Alger

Même sans l’interdiction des monnaies virtuelles, lancer Districts en Algérie aurait été presque impossible. 29e au Startup Cities Index 2017 et dépassant des villes comme New York ou Londres, Dubaï est en train de devenir le prochain grand hub des startups TIC, notamment grâce à des accélérateurs soutenus par le gouvernement, de nombreux incubateurs et des facilités d’accès au capital.

“Tu peux lancer ton entreprise et accomplir les formalités administratives en ligne en un jour. A Dubaï, contrairement en Algérie, on sent que le facteur temps est essentiel”, explique Alaeddine Guerziz qui a travaillé pendant un an et demi dans une entreprise algérienne de travaux publics avant de rejoindre Districts.

Les démarches bureaucratiques en Algérie prennent un temps fou mais elles sont gratuites, contrairement à Dubaï où elles sont payantes. “Un service payant, mais efficace”, résume-t-il.

“Nous avons choisi Dubai car la technologie blockchain et les crypto-monnaies sont les bienvenues ici. Les réglementations sont simples, accueillantes et permettent aux idées et aux projets de grandir”, indique Zine Laabidine Rezig, le fondateur du projet.

Réglementer au lieu d'interdire

Rezig n’a pas été à l’université mais a appris la programmation seul dès l’âge de 15 ans. Avec l’interdiction des crypto-monnaies, son projet ne peut pas être étendu à l’Algérie, mais le CEO de Districts assure qu’il projette de lancer un centre de développement dans le pays pour enseigner la programmation et les nouvelles technologies.

Il explique toutefois que Districts est destiné au monde entier, les seules limites sont l’imagination de l’utilisateur et les lois de son pays.

Si Dubaï a lancé récemment un grand projet de décentralisation des services publics basé sur la blockchain, l’Algérie, elle, avec la loi de finances 2018, a interdit l’utilisation des monnaies virtuelles car elles “peuvent être utilisées pour le trafic de drogue, l’évasion fiscale, et le blanchiment d’argent grâce à l’anonymat garanti de ses utilisateurs”.

Rezig tire un constat mitigé de ce contraste. “Chaque gouvernement sait ce qu’il y a de mieux pour son peuple”, dit-il, réservé. “Même s’il s’agit d’une technologie magnifique, elle peut potentiellement avoir des effets néfastes et elle doit être réglementée”, explique-t-il.

“Si la blockchain est réglementée et adoptée en Algérie, elle peut améliorer considérablement l’efficacité du gouvernement dans la lutte contre la corruption par exemple”, conseille-t-il.

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