Contre les agressions, une marche pour la dignité des enseignants a été organisée ce dimanche à Rabat

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MARCHE RABAT
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MARCHE - C’est une question de dignité avant tout. Trois syndicats, UGTM, UNTM et UMT, se sont alliés pour organiser, ce dimanche 3 décembre à Bab El Had à Rabat, "une marche pour la dignité". Ils estiment communément que celle des enseignants est sérieusement bafouée par les nombreuses agressions dont des hommes et des femmes du corps enseignant ont été victimes dans différents établissements scolaires publics. "Il est de notre responsabilité de défendre l’école marocaine et toutes ses composantes", déclarent les fédérations de l’enseignement des trois centrales syndicales.

Baptisée "Marche de l’union pour la dignité du corps enseignant", cette manifestation a réuni, de 11h à 13h, plus de 5.000 participants, dont des enseignants ayant été victimes d’agressions, à en croire les trois syndicats que nous avons contactés.
"Nous avons tenu à nous manifester et à manifester, parce que la situation l’impose", déclare au HuffPost Maroc Youssef Allakouch, secrétaire général de la Fédération autonome de l’enseignement affiliée à l’UGTM. Pour ce dernier, il ne s’agit pas de dénoncer un fléau récent, mais de tirer la sonnette d’alarme sur son ampleur. "Avons-nous besoin d'agents de police devant chaque établissement scolaire?", s’interroge ce responsable, estimant que la lutte contre les violences au sein de l’école ne doit pas se limiter à "une approche sécuritaire". "Nous revendiquons des mesures préventives pour préserver la dignité des enseignants, mais aussi celle de l’école dans son intégralité", précise Youssef Allakouch.

Une prévention qui passe par un cadre législatif, c’est ce que demandent les trois syndicats. Ils se disent insatisfaits de la note publiée par le ministère de l’Education nationale le 7 novembre. Dans celle-ci, le ministère se dit pleinement conscient du danger que les actes d’agressions représentent pour le corps enseignant. Il a annoncé avoir entrepris plusieurs mesures pour la lutte contre la violence sous toutes ses formes, dont celle de sanctionner les agresseurs et d’apporter un soutien juridique aux victimes.

Circonscrire le fléau

"Une loi préventive permettrait de mieux agir et surtout d’éviter que des agressions aient lieu. Nous l’avons fait pour la triche, alors pourquoi pas pour la lutte contre les agressions ?", se demande encore ce syndicaliste. Et de préciser que sanctionner l’agresseur d’un point de vue juridique ne veut pas dire "circonscrire le fléau". "Un enseignant ne sait pas comment se comporter face à un élève agressif ou violent. C’est là où réside le problème, car il faut agir et se préserver d’une éventuelle menace", souligne M. Allakouch.

La loi préventive, que revendiquent ces syndicats, peut être le premier pas vers "une stratégie intégrée" dans laquelle l’ensemble du gouvernement apportera son eau au moulin de la lutte contre la violence au sein des écoles. "Le but de notre marche n’est pas contre les élèves qui ont été à l’origine d’agression à l'encontre de leurs enseignants. Pour nous, l’élève et l’enseignant sont tous deux victimes d’un phénomène de violence dans lequel s’engouffre notre société", tient à préciser Abdelilah Dahmane, secrétaire général de la Fédération nationale des fonctionnaires de l’enseignement affilié à l’UNTM.

Les syndicats pointent du doigt une violence tous azimuts refusant d’en faire l’affaire de l’élève. "Ce que nous vivons aujourd’hui est le résultats d’erreurs politiques. L’Etat n’a jamais mis en place de stratégie éducative à même de préserver les valeurs et le respect de l’autre", estime M. Dahmane. Pour lui, les agressions des enseignants relayés récemment par les médias représentent "les symptômes d’une maladie" qui ne date pas d’hier.

"Aujourd’hui, nous vivons une véritable explosion numérique qu’aucune stratégie ou initiative ne cadre. La violence à laquelle notre société est exposée par ce biais a eu un impact des plus négatifs. Il faut agir sur la source pour remédier véritablement au problème", soutient Abdelilah Dahmane.

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