Le pape François demande "pardon" aux réfugiés "rohingyas"

Publication: Mis à jour:
ROHINGYAS
Pope Francis speaks with a Rohingya refugees during an interreligious meeting in Dhaka on December 1, 2017. Pope Francis arrived in Bangladesh from Myanmar on November 30 for the second stage of a visit that has been overshadowed by the plight of hundreds of thousands of Rohingya refugees. / AFP PHOTO / MUNIR UZ ZAMAN (Photo credit should read MUNIR UZ ZAMAN/AFP/Getty Images) | MUNIR UZ ZAMAN via Getty Images
Imprimer

Après sa prudence verbale en Birmanie, le pape François a demandé vendredi depuis le Bangladesh "pardon" aux réfugiés "rohingyas", après avoir écouté avec gravité les récits de seize d'entre eux et prononcé le nom de leur communauté pour la première fois depuis le début de son voyage en Asie.

Le souverain pontife a donc attendu d'être à Dacca pour réutiliser le mot "Rohingya", communément utilisé par la communauté internationale et martelé depuis la place Saint-Pierre de Rome, mais taboue en Birmanie.

"Votre tragédie est très dure, très grande, mais a une place dans notre cœur", a souligné publiquement le pape. "Au nom de tous ceux qui vous ont persécutés, qui vous ont fait du mal, en particulier dans l'indifférence du monde, je vous demande pardon!", a-t-il lancé.

"Ces frères et sœurs portent en eux le sel de Dieu", a souligné le pape. "Ne fermons pas nos cœurs, ne regardons pas dans l'autre direction. La présence de Dieu aujourd'hui s'appelle aussi Rohingya", a-t-il enfin dit.

L'exode de cette minorité musulmane a constitué le fil rouge du voyage du pape François en Asie, entamé lundi en Birmanie et qui s'achève samedi après-midi au Bangladesh.

A l'issue d'une rencontre interreligieuse à Dacca, une délégation de réfugiés rohingyas, dont des femmes et des enfants, a formé une petite file pour s'entretenir à tour de rôle avec le souverain pontife. Celui-ci les a écoutés en hochant de la tête, avec tristesse.

François a tenu leurs mains en signe de soutien, posé sa paume sur la tête d'une fillette, à leur écoute par le truchement d'un interprète sans prendre la parole immédiatement.

Mohammad Ayub, 32 ans, a raconté à l'AFP que son fils de trois ans avait été tué au cours des violences dans l'Etat Rakhine en Birmanie.

"Le pape est le dirigeant du monde. Il devrait dire le mot Rohingya, car nous sommes le peuple Rohingya" et cela "depuis des générations", avait-t-il insisté juste avant la rencontre.

Fillette de 12 ans, Shawkat Ara a pleuré après son face-à-face avec le pape. "Mes parents ont été tués, je n'éprouve plus de joie", a-t-elle confié à l'AFP. Hazera Begum, une femme rohingya a évoqué son viol.

Hafez Mohammad Nurullah, 27 ans, a expliqué s'être fait le porte-voix des revendications de son peuple: "nous voulons récupérer notre citoyenneté en Birmanie. C'est la cinquième fois que ma famille a pris la fuite au Bangladesh pour échapper aux persécutions".

Le pape François n'a jamais mâché ses mots depuis le Vatican sur le sort des Rohingyas, y compris en amont de la marée humaine de plus de 620.000 réfugiés qui a afflué au Bangladesh ces trois derniers mois. L'exode forcé a été qualifié "d'épuration ethnique" par l'ONU et par Washington.

En Birmanie pendant quatre jours, il a appelé les bouddhistes birmans "à dépasser toutes les formes d'intolérance, de préjugé et de haine" en évitant toutefois de mentionner directement le sort de la minorité musulmane rohingya.

Dans ce pays, la xénophobie et la haine des musulmans gagnent du terrain et une grande majorité des habitants considèrent les Rohingyas, qu'ils nomment "Bangladais", comme des immigrés illégaux qui ne font pas partie du pays.

Messe avec 100.000 catholiques

Au premier jour de son arrivée à Dacca jeudi, en provenance de Rangoun, le pape avait demandé à la communauté internationale des "mesures décisives" pour régler cette crise humanitaire, dont une aide d'urgence au Bangladesh.

Le grand imam du Bangladesh, Farid Uddin Masud, a d'ailleurs salué vendredi le "grand soutien" du pape aux Rohingyas.

A l'occasion de la rencontre interreligieuse de vendredi, le pape a écouté un musulman, un hindou, un bouddhiste, un membre de la société civile et un catholique, avant de prendre la parole à son tour.

L'engagement du Bangladesh en faveur de la liberté religieuse doit être "un appel respectueux mais ferme destiné à qui cherchera à fomenter des divisions, de la haine et de la violence au nom de la religion", a souligné le pape.

En avril 2016, le pape François s'était envolé pour l'île de Lesbos en Grèce et avait emmené au Vatican 12 réfugiés syriens musulmans.

Une incursion pour le moins spectaculaire dans l'immense camp abritant au total 900.000 réfugiés Rohingyas dans le sud du Bangladesh n'était toutefois pas à l'ordre du jour de ce voyage, a répété son porte-parole Greg Burke.

Dans la matinée, le pape François avait été acclamé au cours d'une messe en plein air, dans une ambiance simple et festive, par 100.000 croyants de la minuscule minorité catholique du Bangladesh, très inquiète face à une montée de l'extrémisme islamique.

La venue du souverain pontife au Bangladesh est un événement pour la petite communauté de 375.000 catholiques (soit 0,24% des 160 millions d'habitants).

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.