Ville nouvelle: Où en est le projet de l'éco-cité de Zenata? (ENTRETIEN)

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VILLES NOUVELLES - Comme chaque année, la société d’aménagement Zenata, filiale du groupe CDG, a réuni la presse pour faire le point sur l’état d’avancement du grand projet de l’éco-cité de Zenata, entre Casablanca et Rabat. Les chantiers étant toujours en phase de réalisation, aucune annonce majeure concernant les travaux n’a été faite. L’équipe a toutefois profité du rendez-vous pour dévoiler sa nouvelle campagne de communication axée sur les six principes fondateurs définissant les orientations pour la construction de l’éco-cité: naturalité, proximité, optimisation, flexibilité, co-élaboration et diversité. Le HuffPost Maroc s’est entretenu avec le directeur de la société, Mohamed Amine El Hajhouj, pour en savoir plus.

HuffPost Maroc: Où est-on concrètement dans l’état d’avancement de l’éco-cité de Zenata?

Mohamed Amine El Hajhouj: L’aspect infrastructure avance très bien. Aujourd’hui, le raccordement de la première zone de développement de 800 hectares aux trois réseaux: eau, électricité et assainissement, a été entièrement finalisé. L’échangeur autoroutier ainsi que les premières voiries urbaines sont également opérationnels. Le programme d’aménagement se poursuit par le rehaussement et l’élargissement de la voie côtière, aujourd’hui inondable, sur plus de 2,5 km (livraison prévue été 2018), la réalisation de la voie ouest connectant le territoire du nord (zone balnéaire) au sud (zone autoroutière) sur plus de 3 km (livraison prévue été 2018) et du premier quartier résidentiel d’une superficie de 70 hectares dont la première tranche a été livrée en juillet 2017 et la deuxième en novembre 2017.

Quand est-ce que les promoteurs immobiliers débuteront les travaux sur cette partie ?

Le premier quartier résidentiel est le quartier de la ferme. Il a déjà été réceptionné et les premiers promoteurs immobiliers vont pouvoir démarrer leurs travaux en janvier-février 2018 pour que les premiers habitants puissent s’installer en 2020. Cela va se faire au rythme du marché. Malheureusement, beaucoup de personnes pensent "résidentiel" quand elles pensent aux villes, or, le résidentiel n’est que le résultat de l’activité. Le modèle économique de Zenata est un modèle qui est d’abord bâti sur l’emploi avec un objectif de 100.000 postes qui seront créés. Il est innovant en ce sens qu’il favorise les équipements en premier lieu. L’aspect social et inclusif, voici l’objectif d’un projet de cette taille.

Il n’empêche que le projet a pris beaucoup de retard. La reconnaissance d’utilité publique du site date de 2006...

Certes, la déclaration d’utilité publique a été lancée en 2006, mais ce n’est qu’en 2008 que les premiers arrêts d’expropriation ont été publiés. C’est un processus juridique incompressible. Nous sommes quand même en avance par rapport à cet aspect et l’expropriation du territoire de Zenata est aujourd’hui finalisée à 100%, en sachant qu’elle est portée par la Direction des domaines affiliée au ministère des Finances et non pas par la société d’aménagement Zenata. Tous les travaux d’infrastructures sont également de gros chantiers qui prennent entre 2 et 2 ans et demi pour être réalisés. Quand on consulte le benchmark international des 50 dernières années, un projet de cette taille demande entre 9 et 11 ans de période d’incubation. Que représentent 10 ans dans la vie d’un projet pensé pour durer des siècles!

Le budget global sera-t-il respecté?

Les travaux de la partie hors-site ont demandé un investissement énorme qui a dépassé les 3 milliards de dirhams initialement alloués. L’investissement de la première phase se chiffre à 12 milliards de dirhams et compte le foncier et l’aménagement. Sur le territoire dans sa globalité, nous avons atteint aujourd’hui quelque chose comme 10 milliards de dirhams, dont 7 milliards pour le foncier (indemnités d’expropriation notamment) et 3 milliards de dirhams d’investissements liés à l’infrastructure réalisée ou engagée.

Pensez-vous que c’est toujours une bonne idée de construire une ville nouvelle quand on voit les échecs de tels concepts au Maroc?

Il est vrai qu’à peine 25% des villes nouvelles construites dans le monde peuvent être considérées comme une réussite. Cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs. Après la Seconde Guerre mondiale, la préoccupation était plutôt de construire des logements pour remplacer ceux qui ont été détruits et de construire des zones industrielles pour relancer l’économie des pays. Le mix des deux n’a pas été fait. Quand on parle de l’expérience marocaine, on l’a souvent qualifié d’échec. Il y a eu peut-être des loupés, mais c’est un travail qui a le mérite d’être fait. Avec ce retour national et international des territoires ouverts à l’urbanisation, nous avons le devoir de réfléchir autrement l’urbanisme et de faire quelque chose qui ne prétend pas la perfection, mais qui a le mérite d’inclure tout le monde. Pour l’éco-cité de Zenata par exemple, nous avons échangé pendant 2 ans avec les départements ministériels, l’autorité locale, les ONG, et des experts nationaux et internationaux pour trouver un référentiel innovant qui sera un vecteur de suivi du projet.

Est-ce qu’il y aura une intégration avec la zone logistique de Zenata?

Il n’y aura pas de connexion routière entre l’éco-cité de Zenata et la zone logistique. L’accès au port sec de la zone se fera toutefois par une voie poids lourds qui est intégrée dans notre plan d’aménagement. C’est un corridor de 100 mètres plantés de part et d’autre pour atténuer la nuisance qui pourrait venir de ces camions. Il ne faut pas oublier que quand on parle de zone logistique, il y a des métiers qui gravitent autour de l’écosystème et sur lesquels nous nous sommes déjà positionnés. Cela se fera à travers une zone industrielle dont toute la façade est construite sur forme de parcelle de services que ce soit la restauration, le stockage, le montage ou encore la partie distribution.

La question des villes intelligentes est d’actualité pour les villes nouvelles. Jusqu’à quel point Zenata sera intelligente ?

Pour nous, le smart ou le numérique n’est qu’un moyen de mise en œuvre de notre vision de la ville. Cela passera tout d’abord par les infrastructures notamment la fibre optique. Pas un seul fil de cuivre ne passera sous le territoire de Zenata, tout sera connecté en fibre. De son côté, l’éclairage public sera entièrement à base de LED et la partie mobilité a été pensée pour réduire au maximum les déplacements superflus. Aujourd’hui, le plan d’aménagement de Zenata est homologué avec des corridors de mobilité urbaine propre, notamment le tramway, le RER et des pistes piétonnes et cyclables. Je tiens toutefois à préciser que le smart n’est pas l’objectif principal sur lequel nous insistons pour Zenata.

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