Procès des détenus du Hirak: Le verdict attendu à la fin de l'année

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TRIBUNAL CASABLANCA
Youssef Boudlal / Reuters
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PROCÈS DU HIRAK - Prochaine audience: mardi 5 décembre. Le procès du Hirak, qui se poursuit à la Cour d’appel de Casablanca, semble s’approcher de sa fin. En tout cas, pour l’un des avocats des détenus, Abdessadek Elbouchattaoui, c’est une quasi-certitude. "Je pense qu’il ne nous reste, en tout et pour tout, que trois ou quatre audiences à partir de la prochaine au cours de laquelle nous terminerons de présenter le dossier. Et, après la réponse du parquet les plaidoiries, le tribunal devra rendre son verdict très probablement à la fin de l’année", déclare-t-il au HuffPost Maroc.

En attendant, demain jeudi 30 novembre, le tribunal devra statuer sur les demandes de liberté provisoire que les avocats déposent automatiquement chaque semaine. Si, tout au long du procès (8 audiences), le refus de cette liberté provisoire a été sans surprise pour les avocats, cette fois-ci, un espoir renaît. "Personnellement, j’espère que le tribunal y sera favorable, car cela apportera un apaisement au climat de tension qui s’exprime encore par des manifestations, notamment à Imzouren", confie Abdessadek Elbouchattaoui.

Pour lui, accorder la liberté provisoire représenterait "un signal positif" et ne semble poser aucun problème vis-à-vis de quelques détenus du Hirak dont les chefs d’accusation "ne sont pas graves". "Certains sont poursuivis pour un seul délit comme Mohamed Fadel", précise l’avocat. Mohamed Fadel a justement bénéficié, le jeudi 23 novembre, d’une autorisation spéciale pour assister aux funérailles de son père dans la province de Driouch. Des funérailles auxquelles a assisté l’avocat, natif de la région, et dont il souligne "le déroulement serein".

Un climat moins tendu

Sérénité, l’audience d’hier y a apparemment trouvé la voie. "Les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’audience, hier, montrent que nous avons dépassé les tensions qui envenimaient le procès au tout début. A présent, les interactions entre les parties se passent le plus normalement possible", assure l’avocat.

Du côté des familles des détenus, cet apaisement du climat a été également ressenti. "Hier, on pouvait approcher du box en verre des accusés, leur parler sans aucune obstruction. Avant, les agents nous l’interdisaient avec force", confie Asmae El Mahdaoui, sœur de Hamid El Mahdoui dont l’affaire a été fusionnée à celles des détenus du Hirak. "L’audience d’hier s’est passée beaucoup mieux que les autres et mon frère se porte bien", affirme-elle, presque agréablement surprise.

La révocation officielle de deux avocats par les détenus du Hirak, Isaac Charia et Mohamed Ziane, y est pour beaucoup dans ce sentiment d'apaisement, estiment les familles des détenus. "La décision des détenus de révoquer les deux avocats est une bonne démarche", précise Mohamed Ahamjik, frère du détenu Nabil Ahamjik, sur sa page Facebook. Représentant les familles des détenus, Mohamed Ahamjik a qualifié la décision de "sage, mûre et réaliste".

Les détenus ont adressé officiellement leur décision au juge, présidant l’audience d'hier. "Il s’agit d’une lettre contenant une pétition signée par l’ensemble des détenus et dans laquelle ils rejettent à l’unanimité les déclarations faites par Isaac Charia, mardi dernier", indique Abdessadak Elbouchattaoui soulignant partager cette décision. "C’est une réaction attendue. Nous aussi, avocats, étions surpris des déclarations de notre confrère. Elles n’ont aucun lien avec la réalité", tient-il à réitérer.

Les accusations portées par Isaac Charia contre Ilyas El Omari, président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, qualifiées de "graves", implique ce responsable dans "un complot contre la monarchie" qu’aurait dénoncé Nasser Zefzafi au cours de l’instruction de l’affaire, en juillet dernier. "Faux, Nasser Zefzafi a clamé son innocence au cours de cette audience", précise Abdessadak Elbouchattaoui, affirmant avoir été contacté par plusieurs familles des détenus qui ont toutes exprimé leur rejet de ces accusations.

Au HuffPost Maroc, Isaac Charia avait annoncé s’être retiré du procès, depuis quelques jours déjà, et qu'il venait de porter plainte contre Ilyas El Omari. "J’avais compris qu’il y avait de fortes pressions contre les détenus et j’ai décidé de me retirer bien avant cette lettre. Il y a trois jours, j’ai acté mon retrait officiellement", nous avait-il affirmé, hier, dans une déclaration.

"Le respect pour la monarchie est immuable"

Mohamed Ziane, lui, a été révoqué pour avoir suscité des polémiques au tout début du procès. "Les détenus du Hirak ont toujours milité pour des revendications sociales et économiques. Aucun aspect politique n’y figure et le respect pour la monarchie est immuable", insiste Me Elbouchattaoui.

Me Ziane reste, toutefois, l’avocat de Hamid El Mahdaoui qui ne l’a pas révoqué. "Me Ziane s’est proposé de défendre mon frère qui ne s’y oppose pas", affirme Asmae El Mahdaoui.

Dans un communiqué du parquet général, publié hier à l’issue de l’audience, ce dernier a précisé que les détenus ont adressé une lettre dans laquelle ils demandent le retrait des deux avocats pour "des déclarations qu’aucun d’entre eux n’a donné".

Il a indiqué, par ailleurs, que la défense a soulevé des vices de forme appelant à annuler les procès-verbaux et l’enquête préliminaire, ainsi que les procédures d'investigation arguant "une violation des dispositions du code de la procédure pénale".
Dans le même sens, la défense, ajoute le parquet général, a demandé l’annulation des poursuites jugées "non constitutionnelles".

Elle a également demandé la convocation de certains responsables de l’Administration publique, des secrétaires généraux de certains partis politiques, d’intellectuels et d’officiers de la police judiciaire ainsi que de responsables de certains médias.

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