Yoriyas raconte l'histoire derrière les photos de sa série "Casablanca not the movie"

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PHOTOGRAPHIE - Des scènes casablancaises se sont glissées dans le paysage automnal du sud-est de la France. En déambulant sur les berges du Rhône, les passants pourront admirer les images prises par Yassine Alaoui Ismaili, plus connu sous le nom de Yoriyas, qui a su traduire en photographies l’esprit de la ville blanche. Dans le cadre du festival “Présence(s) Photographie”, le jeune casablancais exposera au bord du fleuve dans les villes de Meysse, Rochemaure et au Teil, mais aussi au Studio l’œil écoute, jusqu’au 31 décembre, 35 photos d’1 mètre sur 1m50 de sa série “Casablanca, not the movie” ("Casablanca, pas le film").

présences photographie

“D’où viens-tu?”, une question que Yoriyas entendait fréquemment lorsqu’il voyageait avec sa troupe de danse hip hop “Lhiba Kingzoo" pour des compétitions et des performances internationales de breakdance.

“À chaque fois que je leur disais 'I’m from Casablanca', on me répondait: 'Oh Casablanca, like in the movie!'”, raconte Yoriyas au HuffPost Maroc. Cette réponse irritait le photographe qui a créé cette série pour faire découvrir aux autres sa ville d’origine, ses habitants, sa plage, son désordre et ses embouteillages, loin des clichés du film de Michael Curtiz.

Le photographe s’était d’abord lancé dans une carrière de danseur professionnel de hip hop à laquelle il a dû mettre fin après une grave blessure au genou. Aujourd'hui, il accompagne chacune de ses expositions d’une performance de danse hip-hop contemporaine. "Je ne vais pas laisser tomber 15 ans de danse professionnelle", déclare-t-il.

Yoriyas s’était naturellement épris de la photographie lors de ses nombreux voyages. Cette forme d’art lui a paru comme une continuation de la danse en devenant un autre moyen d’expression. “Je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de temps libre sans mes heures d’entraînement de danse. J’ai donc commencé à me balader dans les rues de Casablanca, un appareil photo à la main”, continue-t-il. 

“Je voulais montrer au monde le vrai Casablanca fait de contrastes et en même temps de fusions entre les couleurs, les paysages et les classes sociales. Casablanca, c’est désorganisé, et beaucoup de choses s’y passent en même temps”, explique-t-il.

Yoriyas a su capturer ces brefs moments qui arrivent sans que personne n’y prête attention. Dans ce diaporama, le photographe nous révèle l’histoire derrière chaque photo.

"Chaque personnage dans une photo détient une petite histoire à lui, mais en prenant du recul et en regardant la photo en entier, on peut arriver à imaginer une plus grande histoire qui lie tous les éléments de la photo."

  • Yoriyas
    "J’étais à la plage et je m’ennuyais un peu parce qu’il n’y avait pas beaucoup de monde alors que j’aime bien avoir des gens pour les prendre en photo. Mais j’ai vu le parasol, le cheval, la fille et je me suis dit pourquoi ne pas en faire quelque chose. Je n’étais pas sûr que c’était une bonne photo au début, mais une fois, je l’ai montrée à un ami qui l’a trouvée assez surréaliste, d’autres m’ont dit qu’elle les faisait penser à un carrousel. Je l’ai finalement publiée et elle a été choisie par la New York Times comme photo d’illustration d’un article sur ma série."
  • Yoriyas
    "C’était le Eid, et j’allais à la mosquée pour prier, toujours avec mon appareil photo. On était tellement nombreux qu’on a dû sortir à l’extérieur pour prier. J’ai commencé à prendre des photos à partir de mon tapis de prière, mais l’angle ne montrait pas le nombre de gens qu’il y avait. J’ai vu qu’il y avait une porte entrouverte d’un immeuble à côté, je suis donc monté au toit mais une femme m’a surprise et a commencé à crier "Au voleur!" J’ai essayé de la calmer et je lui ai dit "Non, je suis l’ami de Saïd". Elle m’a demandé si c'était Saïd du 2ème étage et je lui ai "Oui". Je ne connaissais aucun Saïd. J’ai pris des centaines de photos lorsque les gens se préparaient à la prière. Mais lorsqu'a retenti le "Allahou akbar", tous les gens se sont levés et alignés laissant paraître les différentes couleurs des tapis de prières. J’ai pu vite prendre deux photos avant de commencer à prier et c’est finalement celles-là que j’ai gardées."
  • Yoriyas
    "Je voulais prendre en photo juste la tête dégarnie du vieillard en essayant d’éviter à tous prix les enfants qui jouaient à côté de lui. Et c’est en revenant à la maison que j’ai découvert cette photo. Ce n’était pas fait exprès, et c’est bien ça, la beauté de la photographie."
  • Yoriyas
    "Je passais par une ruelle, et j’ai remarqué qu’une fille regardait furtivement à travers la porte de sa maison. J’ai vite pris une photo sans même remarquer sa drôle de mèche qui dépassait." La photo a été sélectionnée parmi les 29 nominés pour la compétition "Le minimalisme dans la rue" du magazine APF.
  • Yoriyas
    "J’étais dans un marché à Casablanca. Un vendeur de miroir était là. Je suis resté près de 20 minutes à attendre qu’il y ait quelqu’un ou quelque chose sur chacun des miroirs pour refléter (littéralement) la rue bondée de personnes."
  • Yoriyas
    "En tant que danseur-chorégraphe de breakdance, j’ai toujours été en contact avec le sol. Je travaille donc beaucoup sur l’espace, je joue beaucoup sur la perspective et j’aime prendre les photos en étant très proche du sol."
  • Yoriyas
    "Je me suis assis près d’un homme qui tenait un bout de carton devant son visage pour se cacher du soleil. J’ai senti qu’il y avait matière à photographier. J’ai pris pleins de photos, de lui de ses mains, des enfants qui jouaient près de lui, mais je n’étais pas tout à fait satisfait de mes prises et je me suis levé. C’est là que j’ai vu mon ombre se dresser sur son bout de carton. Le résultat est un peu abstrait."
  • Yoriyas
    "J'étais dans un quartier assez dangereux à Casablanca. Ces deux gars s'approchaient de moi, et je pensais vraiment que j’allais me faire agresser! Casa, c’est aussi ça, mais je ne juge personne. Alors je les ai vite pris en photo et leur ai montré le résultat. Ça leur a plu et ils en voulaient encore. Je suis directement allé tirer la photo et je la leur ai donnée. Maintenant je suis devenu connu dans ce quartier. Ces deux gars m’ont dit de ne pas m’inquiéter et que je pourrai compter sur eux, personne ne viendra me déranger."
  • Yoriyas
    "J’avoue que c’est une de mes préférées. C’est le chantier de construction du Grand Théâtre de Casablanca. Les travaux étaient cachés par de grands panneaux représentant des instruments de musique. Un jour, un des panneaux s’était brisé en deux ce qui laissait voir ce qu’il y avait derrière. Je prenais des photos des gens qui passaient par là et soudain une machine est sortie. J’ai pris deux photos au parfait moment, même le coin de la pelle de la machine correspond à l’arrondi du doigt du saxophoniste. J’ai essayé d’aligner la noirceur du piano avec celle de la machine. Ça a donné ce nouvel objet, ce piano-machine que beaucoup ont vu comme le mouvement culturel au Maroc, la culture en construction…"

"J’essaie toujours de rester invisible aux yeux des gens lorsque je les prends en photo", explique Yassine. "L’important c’est de garder un esprit positif. Je n’essaie pas de prendre les gens dans des situations délicates ou de me moquer d’eux à travers mes photos. Je veux juste les présenter dans leur espace et montrer Casa telle qu’elle est, loin des guides de tourisme ou des documentaires sur le taux de crime ou d’agression dans la ville."

Yoriyas a déjà présenté ses photos à Paris, San Fransisco, Dubaï, Hamburg, Dublin, et bien d’autres villes encore en Europe. Si sa ville natale reste sa première source d’inspiration, le jeune photographe admet être beaucoup influencé par les œuvres de Hassan Hajjaj, non seulement dans son travail mais aussi dans "sa façon de voir la vie", explique-t-il. Le photographe maroco-britannique l’a d'ailleurs invité dans son riad à Marrakech, à partir du 25 février 2018, pour qu'il puisse exposer en solo pour la première fois au Maroc.

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