La décentralisation au menu de la 32ème édition des Journées de l'Entreprise: "Un choix qui découle du contexte actuel du pays" selon Ahmed Bouzguenda, président de l'IACE

Publication: Mis à jour:
EFR
Facebook/IACE
Imprimer

Fidèle à ses traditions, l'Institut arabe des chefs d'entreprises (IACE) organise comme chaque année les Journées de l’Entreprise. Un événement phare qui contribue à faire avancer la réflexion autour des défis et des enjeux de l'entreprise à travers des débats et des panels animés par des experts et des spécialistes de renommée nationale et internationale.

Ainsi, pour sa 32ème édition qui se tiendra les 8 et 9 décembre à Sousse, l'IACE a décidé d'aborder le thème de "la décentralisation". "Un choix qui découle du contexte actuel du pays" précise Ahmed Bouzguenda, le président de l'IACE, dans une interview accordée au HuffPost Tunisie à l'issue d'une conférence de presse tenue ce mercredi 29 novembre au siège de l'Institut.

En effet, la Tunisie s'apprête à organiser ses premières élections locales de la deuxième République, une nouvelle page de l'histoire du pays qui sera certainement marquée par des réformes institutionnelles favorisant la décentralisation et le pouvoir local. Ces dernières pourront avoir des répercussions sur le tissu économique du pays et moduler la manière dont le secteur privé et public conçoivent et réalisent leurs activités. "Nous sommes conscients que le pays va vers une transformation radicale" souligne Bouzguenda en ajoutant que la Tunisie sera mise à l'épreuve notamment après plus de 60 ans dans un régime centralisé.

Un bouleversement majeur qui soulève sans aucun doute des questions portant sur son efficacité. "En tant que think tank, notre rôle est d'amener les bonnes pratiques et tirer profit des expériences internationales en évaluant les meilleurs stratégies employées pour faire de la décentralisation un levier de développement économique" réplique-t-il.

Pourquoi la décentralisation?

Fondamentalement, la décentralisation peut engendrer le développement économique en permettant à chaque ville et à chaque région de mobiliser ses ressources et d’optimiser leur exploitation en fonction des réalités présentes et des projets futurs.

Cette proximité permettra de détecter les besoins les plus urgents et engager des forces locales dans la recherche et l’implémentation de solutions durables, explique Bouzguenda.

Parallèlement, la décentralisation instaure un climat de concurrence entre les régions tout en leur donnant les moyens d’améliorer leur attractivité. Ceci se fera à travers l’adoption d’une vision économique locale et la mise en place des prérequis pour réussir, ce qui va de pair avec une cohérence entre les politiques adoptées à l’échelle nationale et les actions à entreprendre au niveau local.

Pour quel coût?

Certes, la décentralisation est un facteur clé qui favorisera le développement économique des régions, mais elle a un coût. Elle pourrait, en effet, réduire les économies d’échelle des investissements publics et risque d’augmenter la pression fiscale et les demandes locales en ressources financières.

Selon Bouzguenda, la décentralisation en Tunisie devrait être partielle et progressive. "Il est impératif d'avancer doucement afin d'éviter les dérives et avoir une vision claire" note-t-il. En effet, la transition d'une Tunisie où la totalité du pouvoir a toujours été détenu par un gouvernement central à une Tunisie avec une nouvelle administration locale, nécessite une organisation méticuleuse.

Parmi les conséquences défavorables figurent également la corruption et la gestion de la relation devenue très étroite avec les politiciens.

iace

Pour une décentralisation réussie

D'après les études de cas des pays émergents qui ont opté pour la décentralisation, certains ingrédients devraient être adoptés pour un meilleur résultat. Des efforts doivent être menés au niveau de l'administration locale et des ressources accordées à chaque région afin que cet écosystème décentralisé soit favorable à la création d'emploi et l'accroissement de la valeur ajoutée des entreprises, estime le président de l'IACE.

De plus, définir d'une manière transparente et rationnelle les clés de la répartition des fonds, des recettes fiscales et des revenus représente un mécanisme nécessaire pour limiter la corruption.

"Donner des statuts particuliers à certaines régions dont notamment les métropoles et les régions frontalières pourrait faire éclore de nouvelles opportunités de développement" renchérit-il.

Il a indiqué que les régions frontalières, dont l’économie locale repose naturellement sur le commerce transfrontalier formel et informel, trouvent ainsi dans leurs localisations géographiques une opportunité pour le dynamisme commercial. Il a argué que le développement de ces régions pourra être boosté au-delà des frontières. Il sera plus judicieux de miser sur le déploiement des chaînes de valeurs locales, propres à chacune des régions, leur permettant de disposer d’un avantage comparatif.

"La décentralisation est un long processus dont la mise en place est graduelle et surtout objet d’évaluations et de réajustements continus" souligne Bouzguenda.

Quelles sont les nouveautés de la 32ème édition des Journées de l’entreprise?

Au programme, deux journées de débats et d’échanges en présence d’imminentes personnalités de la sphère économique et politique, venues débattre et partager leur expérience autour d’un sujet qui suscite autant d’intérêt que de controverses. "1000 participants dont 700 hommes d’affaires représentants 14 pays sont attendus", a affirmé Majdi Hassan, directeur exécutif de l’IACE au HuffPost Tunisie.

Plusieurs personnalités feront part de cet événement. Parmi eux figurent Youssef Chahed, chef du gouvernement Tunisien, Ahmed Maiteeg, vice-premier ministre libyen, Bertrand Delanoë, ancien maire de Paris, Muriel Targnion, Maire de Verviers (Belgique) et Roberto Gallardo, ancien ministre de la planification et des politiques économiques du Costa Rica.

Les journées de l'entreprise seront aussi l’occasion de dévoiler des études réalisées par l'IACE et présenter les résultats de la deuxième édition de l’indice de l’attractivité régional et l’indice de la digitalisation.

Six panels au programme

En tout, ll y aura six panels. Le premier portera sur "L’impact économique de la décentralisation : préalables et vision". Le deuxième mettra l’accent sur "La décentralisation et l'environnement des affaires". Le 3ème débattra de "La décentralisation, intégrité et relations avec les politiques" alors que le 4ème aura pour thème "l’impact de la décentralisation sur la pression fiscale".

Quant au 5ème panel, il se focalisera sur les régions dont les spécificités poussent leurs autorités respectives à adopter des approches spécifiques, à savoir, les métropoles et les régions frontières. Enfin, le sixième panel aura pour thème "La décentralisation et le dialogue social".

Programme détaillé de la 32ème édition des Journées de l'Entreprise qui se déroulera les 08 et 09 Décembre 2017

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.