La Culture, le parent pauvre du budget l'État? Les accusations de corruption et de paupérisation du secteur enflent

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HAMMAMET FESTIVAL
Facebook/ Festival international de Hammamet
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Alors qu'une pétition circule pour contester la réduction de 65% du Festival international de Hammamet, le ministre des Affaires culturelles Mohammed Zinelabidine est revenu, mardi, lors de son intervention devant l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) sur les dessous de cette baisse drastique.

"On ne peut pas réduire la culture en Tunisie aux festivals de Hammamet et de Carthage, ils n'en sont pas les seuls références", a lancé le ministre.

Il justifie la baisse du budget du Festival de Hammamet par le souci d'activer les mécanismes de discrimination positive qui consiste à essayer de redistribuer de manière plus ou moins équitable les ressources de l'État sur plusieurs évènements culturels. Le ministre trouve inadmissible que le festival international de Hammamet accapare 2 milliards de dinars alors les autres festivals dans la même région comme ceux de Nabeul, Kélibia, Korba et autres n'ont que 20 millions de dinars comme ressources. "Nous tendons à être au moins moins inégalitaires et moins injustes en la matière", dit-il.

Mohammed Zinelabidine évoque également des soupçons de corruption dans la gestion du Festival international de Hammamet: "Le budget alloué à ce festival était de 200 millions de dinars en 2014 et grâce on ne sait par quel miracle le budget a atteint depuis deux milliards de dinars", a-t-il lancé, sans livrer plus de détails sur ses soupçons de corruption, ni sur les personnes suspectées. Le ministre s'est contenté d'annoncer que des enquêtes d'inspection se portent dessus. Ces inspecteurs sont également envoyés à tous les festivals, comme pour les acteurs culturels. Il a ainsi évoqué les soupçons de corruption qui pèsent aussi sur la direction générale du livre.

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La Culture, le parent pauvre du budget de l'État?

Le budget alloué au ministère des Affaires culturelles pour l'année 2018, connaitra une légère hausse avec une somme de 264.505 millions de dinars par rapport à l'année 2017 (257.650 millions de dinars), soit 0,73% du budget de l'État 2018. Devant l'ARP, le ministre des Affaires culturelles s'est félicité de cette légère augmentation, en insistant sur "les réalisations déjà effectuées en 2017 et qui ont dépassé les objectifs fixés".

Mohammed Zinelabidine cite à titre d'exemple les subventions qui ont ciblé 800 associations culturelles alors que l'objectif fixé au départ était de 200 associations ou encore le soutien financier à 1816 évènements culturels à travers le pays. Le ministre promet d'étendre encore plus ses objectifs vers plus de décentralisation et d'équité dans la distribution des ressources pour l'année 2018, et ce, en misant aussi sur des partenariats avec des entreprises concernant la recherche de financement.

Des promesses qui ne satisfont pas certains acteurs culturels à l'instar de l'animateur et producteur culturel Habib Bel Hedi qui a réalisé une analyse détaillée du budget de la Culture en 2018 pointant de doigt "une misère et une stagnation" du secteur.

"D’une Troïka à l’autre, nous avons observé la détérioration faite au travail sur le secteur culturel et artistique. Même si le document de Carthage ne contient aucune référence à la Culture et à l’Art, nous avions espéré que, parmi ses signataires, certains défendraient les couleurs de la Culture. Force est de constater que la nouvelle Troïka a balayé ces espoirs d’un revers de la main et a mis fin aux illusions suscitées par les moults déclarations officielles sur le credo en la culture", dénonce-t-il.

Et d'ajouter: "Malgré l’augmentation de 4,3% du budget global de l’État pour 2018, nous nous attendions à une augmentation correspondante du budget de la Culture, si ce n’est à davantage. Au vu de la pauvreté historique des structures et des ressources, et ayant entendu tant de fois dans les discours officiels le rôle que les dirigeants et les politiciens entendent donner à la culture en cette période très sensible (Terrorisme, transition démocratique…), nous nous étonnons du budget alloué. Il aurait été équitable que le budget de la Culture atteigne au minimum 288.000.000 DT", déplore le directeur de la salle Le Rio à Tunis.

Autre intervention fracassante à ce propos, celle de la députée Sabrine Ghoubantini à l'ARP, lors de la discussion du budget du ministère des Affaires culturelles. Celle-ci a demandé notamment une reconnaissance de la musique alternative de la scène underground et la reconnaissance d'un statut social clair pour les musiciens de rue, sujets à des oppressions policières selon elle. Elle a également appelé à cesser la marginalisation par l'État de la musique populaire.

La députée a appelé par ailleurs à enquêter sur les soupçons de corruption du groupe Goubantini, un célèbre distributeur cinématographique, qui n'a aucune existence légale selon elle. "Je ne veux pas que mon nom de famille soit associé à la corruption", a-t-elle affirmé. (vidéo ci-dessous)

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