L'avocat Isaac Charia dépose plainte contre Ilyas El Omari

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AL HOCEIMA
Moroccans take part in a demonstration against official abuses and corruption in the town of Al-Hoceima, Morocco early June 3, 2017. REUTERS/Youssef Boudlal | Youssef Boudlal / Reuters
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PROCÈS DU HIRAK - Isaac Charia, l’avocat de Nasser Zefzafi, ne compte pas déposer les armes. "J’ai déposé, ce mardi, une plainte contre Ilyas El Omari, auprès du procureur général de Rabat. Je dispose de preuves que j’ai soumis à la justice pour ouvrir une enquête", déclare-t-il au HuffPost Maroc. Il parle de sa décision en la qualifiant de "devoir citoyen de dénoncer un crime contre l’Etat".

Mardi dernier, alors que se tenait une nouvelle audience du procès des détenus du Hirak à la Cour d’appel de Casablanca, l’avocat a porté des accusations contre le président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Ilyas El Omari. En pleine plaidoirie, il lance que ce dernier serait impliqué dans "un complot contre la monarchie". Une accusation qualifiée de "grave" par la défense de Ilyas El Omari qui, par la voie de son avocat, Ahmed Arahmouch, s’est dit "stupéfait quant à ces graves déclarations" et demandé l’ouverture d’une enquête "de toute urgence".

Au HuffPost Maroc, l’avocat d’Ilyas El Omari n’a pas souhaité révélé si son client compte porter plainte comme le laisse entendre le communiqué. "Je suis tenu par le secret professionnel de ne rien révéler de ce que mon client envisage de faire", se contente-t-il d’affirmer. Nous avons essayé de joindre M. El Omari à plusieurs reprises à ce sujet, mais son téléphone est resté éteint.

Pour le moment, Isaac Charia n’a pas été convoqué, d’après ce qu’il affirme, précisant ignorer ce que son adversaire a décidé de faire. Pour lui, sa plainte représente un "recours nécessaire". "Je n’ai jamais ménagé mes efforts pour connaitre et faire connaître la vérité, convaincu que l’intérêt du pays passe avant tout", estime-t-il.

Une plainte qui coïncide avec la tenue d’une nouvelle audience du procès du Hirak, ce mardi, à la Cour d’appel de Casablanca. Dans celle-ci, Nasser Zefzafi a adressé au tribunal une lettre signée par 37 des détenus dans laquelle ces derniers déclarent destituer les avocats Mohamed Ziane et Isaac Charia. Une lettre que Hamid El Mahdaoui n’a pas signée, selon nos sources, et a contesté en criant, en pleine audience, qu’elle représente "un complot du silence".

"J’avais compris qu’il y avait de fortes pressions contre les détenus et j’ai décidé de me retirer bien avant cette lettre. Il y a trois jours, j’ai acté mon retrait officiellement", affirme-t-il. Ému, il ne cache pas que ce procès a marqué son parcours professionnel. "Je remercie les détenus et leurs familles pour les six mois que nous avons partagé ensemble avec pour seule devise: la vérité. Et j’estime que cette volonté relève de notre devoir à nous tous, avocats, tribunal, justice et de tous ceux qui militent pour cette cause", confie l’avocat.

Isaac Charia précise, par ailleurs, n’avoir "subi aucune pression" l’ayant poussé à se retirer. Et de souligner que personne, ni son client ni les familles des détenus, ne lui ont demandé de se destituer.

Les accusations de Isaac Charia à l’encontre d’Ilyas El Omari ont eu l’effet d’une secousse. Du côté des détenus, Houda Sekkaki, la femme du détenu El Habib Hannoudi, avait affirmé, la semaine dernière, sur sa page Facebook, que Nasser Zefzafi dément les propos de l’avocat. Elle avait affirmé que son mari lui a déclaré que "Nasser Zefzafi est innocent de ces allégations (…) Après son interrogatoire par la brigade nationale, il a rédigé une réponse". Sur celle-ci, Houda Sekkaki avait précisé qu’elle "sera une réponse claire pour l’ensemble, afin que notre Hirak et nos détenus ne soient pas exploités dans des règlements de comptes politiques".

Du côté de la défense, les propos de Isaac Charia n'ont pas fait non plus l’unanimité auprès de ses confrères. "Ce que Isaac Charia a déclaré n’est pas plausible. On ne peut lui accorder de crédit au sein de la défense", nous avait déclaré l’avocat Abdessadak Elbouchattaoui, au lendemain de l’audience du mardi 21 novembre.

"Nous souhaitons qu'Ilyas El Omari soit convoqué, mais uniquement pour témoigner, parce qu’il est concerné par ce qui se passe dans la région", avait précisé par ailleurs Me Elbouchattaoui.

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