Le mouvement M.A.L.I. répond aux accusations de la wilaya de Rabat (et promet d'autres actions)

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RABAT - La wilaya de Rabat n'a visiblement pas apprécié l'action choc menée ce week-end dans la capitale, pour dénoncer les violences faites aux femmes. Les autorités locales de Rabat ont dénoncé dans un communiqué "les dégâts infligés samedi à des fontaines" par le mouvement féministe M.A.L.I. (Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles).

"Plusieurs individus membres d’un mouvement illégal, qui prétend défendre les intérêts d’une certaine catégorie de la société, ont endommagé des équipements publics d’embellissement, en polluant les eaux de quatre fontaines sur l’avenue Mohammed V et la place Bab El Had et en les maculant de peinture rouge", indique en substance un communiqué de la wilaya de la région de Rabat-Salé-Kénitra, relayé par la MAP.

Les autorités locales, qui affirment dans ce texte leur "attachement constant aux dispositions légales garantissant l’exercice des libertés dont la liberté d’expression", dénoncent cette action qu'ils qualifient de "contraire aux formes d’expression reconnues", rapporte l'agence de presse.

"Je pense que les autorités ont en effet été complètement dépassées par ce genre de performance", lâche Ibtissam Betty Lachgar , porte-parole du mouvement MALI. "Et ils s'enfoncent quand ils disent que c'est contraire aux formes d'action reconnue", ajoute-t-elle au HuffPost Maroc

"Une performance artistique et militante"

Si la wilaya affirme que l'action du mouvement MALI a "endommagé des équipements publics d’embellissement", la porte-parole nie tout dommage infligé aux fontaines. "C'est une performance artistique et militante, ça se prépare! Nous avons parlé à des personnes qui ont fait ce genre de performances dans d'autres pays, comme en France le mois dernier", confie Betty Lachgar. Cette dernière insiste sur le fait que tout a été minutieusement préparé, y compris le choix du colorant utilisé. "On ne peut pas utiliser de peinture, c'est pourquoi nous avons choisi un produit qui n'est pas nocif, un colorant alimentaire", précise-t-elle.

Le mouvement, qui a également fait appel à des juristes au cours de la préparation de cette action, insiste sur le fait qu'aucune poursuite n'a jamais été engagée contre ceux qui ont organisé des actions similaires dans d'autres pays. La wilaya de Rabat a de son côté annoncé l'ouverture d'une enquête.

"Mouvement illégal"

La porte-parole du mouvement considère par ailleurs comme inapproprié le fait que la wilaya qualifie le mouvement d"illégal". "Nous sommes un mouvement comme il en existe plusieurs. Certes, ce n'est pas une association enregistrée, mais le terme illégal n'est pas très adapté", dit Betty Lachgar.

Le mouvement M.A.L.I., "qui prétend défendre les intérêts d’une certaine catégorie de la société", selon le communiqué de la wilaya, s'insurge par ailleurs contre l'utilisation de l'expression "une certaine catégorie de la société". "Cela montre la médiocrité de ce communiqué. Cette phrase est tellement maladroite au vue de l'action qui a eu lieu. Est-ce que les autorités considèrent que les femmes sont une 'certaine catégorie'?", s'interroge Betty Lachgar. "Est-ce que cela veut dire que les autorités minimisent ces violences? Ou est-ce parce que le mouvement défend aussi les minorités sexuelles, religieuses et areligieuses, ce qui voudrait dire qu'elles les considèrent comme des citoyens de seconde zone? Ce qui serait également très grave", tranche la porte-parole du mouvement MALI.

Dénoncer les violences faites aux femmes

Dans la nuit du 24 au 25 novembre 2017, à l’occasion de la Journée internationale de l’élimination des violences contre les femmes, le mouvement M.A.L.I. a pris d'assaut quelques fontaines de la capitale, armé de colorant rouge. "Par son action, M.A.L.I. dénonce la situation alarmante de la condition des femmes et des filles au Maroc. Il est impératif de se questionner, de se positionner quant à la responsabilité de l’Etat, du gouvernement et de la justice, en matière d’éducation, de législation et de lutte contre l’impunité", relèvait un communiqué du mouvement.

Le MALI prévoie "plusieurs autres actions de ce genre dans les mois à venir", précise Betty Lachgar au HuffPost Maroc.

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