Mohamed Hamadi, pont entre les cultures à Milan

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MOHAMED HAMADI
Syrian born Mohamed Hamadi poses in the church of San Maurizio al Monastero Maggiore, on November 15, 2017 in central Milan. Mohamed Hamadi who is retired is part of volunteers that guide visitors in this catholic church. / AFP PHOTO / Miguel MEDINA (Photo credit should read MIGUEL MEDINA/AFP/Getty Images) | MIGUEL MEDINA via Getty Images
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Les fresques de l'église San Maurizio de Milan attirent des touristes du monde entier. Parmi les bénévoles aux cheveux gris qui leur proposent une visite guidée, Mohamed Hamadi détonne souvent: il est musulman et Syrien. Et prêche le lien entre les cultures.

Cet homme au regard caché derrière de fines lunettes est né il y a 69 ans à Homs, une ville du centre-ouest de la Syrie, proche de la frontière avec le Liban et ravagée par la guerre.

Il garde un souvenir ému de l'harmonie qui régnait dans l'école orthodoxe de sa jeunesse. "Les élèves étaient musulmans, chrétiens... Nous ne faisions pas attention à cela (...). Les élèves musulmans étaient d'ailleurs beaucoup plus nombreux que les chrétiens."

"Une fois par semaine, au lycée, il y avait une leçon sur la foi chrétienne et une autre sur la foi musulmane. Les musulmans y allaient pour écouter, et réciproquement", se souvient-il. "La diversité était une richesse pour ce pays."

La Syrie, Mohamed l'a quittée alors qu'il avait une vingtaine d'années. Membre du parti socialiste arabe, opposé au régime, il avait déjà été emprisonné deux fois et torturé.

Il est d'abord allé à Beyrouth, où il a étudié le droit, puis au Koweït, en Espagne et enfin en Italie, travaillant à chaque fois dans l'import-export. Il s'est marié à une Milanaise et dit se sentir avant tout "citoyen du monde".

Désormais veuf et retraité, il a commencé par aller aider les Syriens fuyant le conflit ces dernières années et débarquant à la gare de Milan dans l'espoir de gagner la Grande-Bretagne ou l'Allemagne.

'Une même chaîne'

Et il y a deux ans, Mohamed Hamadi a rejoint le Touring Club en Italie: ces quelque 2.000 bénévoles, dont 800 pour la seule ville de Milan, assurent l'accueil dans de nombreux sites (musées, églises, palais...) qui resteraient sinon fermés au public.

Devant les magnifiques fresques qui valent à l'église San Maurizio le surnom de "chapelle Sixtine de Milan", Mohamed, badge de bénévole au cou, raconte l'histoire du Couvent des Bénédictines et explique les scènes représentées, de l'arche de Noé à la Cène.

Les visiteurs sont parfois surpris d'avoir affaire à un musulman. Mais pour lui, c'est de "culture" et non de religion qu'il s'agit.

"Le Coran, la Bible, la Torah... nous sommes une même chaîne", dit-il, en rappelant qu'Adam et Eve, Noé, Moïse ou Abraham figurent dans les trois Livres saints, même si ce n'est pas toujours de la même façon.

"J'aime l'art, j'ai lu beaucoup de livres d'histoire. Et la Syrie a aussi été une terre ayant accueilli de nombreuses cultures au gré des occupations: les Phéniciens, les Perses, les Grecs, les Romains, les Ottomans et même les Français", note Mohamed.

Lui qui parle quatre langues - arabe, italien, français et anglais - voit dans ses échanges avec les visiteurs un moyen d'"ouvrir l'esprit des gens".

L'ancien militant politique a aussi été conseiller municipal de Sesto San Giovanni, dans la banlieue de Milan. Mais il ne veut plus parler de politique et encore moins d'"intégration".

Pour lui, les gens doivent "vivre, parler, manger ensemble. Mais cela ne signifie pas pour autant que l'on doit oublier ses racines."

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