90% des parents d'élèves ont participé à la grève "école morte" dans les établissements français au Maroc

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MANIFESTATION LYAUTEY
Twitter / SNES maroc
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ENSEIGNEMENT - Les écoles françaises au Maroc ont pris part aujourd'hui à une journée "école morte" pour manifester contre les coupes budgétaires et suppressions de postes annoncées au sein de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE). Les associations avaient appelé à faire des sit-in devant les établissement et les parents d'élèves étaient invités à ne pas envoyer leurs enfants à l'école.

Cette journée de mobilisation des enseignants et parents d'élèves coïncide avec la tenue du conseil d’administration de l’AEFE à Paris. "Cette journée sera la première journée de mobilisation par solidarité avec le corps enseignant et ce dans l’intérêt de nos enfants. D’autres actions et journées de mobilisation suivront", avaient prévenu les associations de parents d'élèves.

"L'AEFE, outil majeur de la diplomatie d'influence de la France, est aujourd'hui financée en majeure partie par les familles. Il est alors censé et attendu que ces mêmes familles soient écoutées et entendues", indique ce 27 novembre un communiqué conjoint envoyé par quatre associations de parents d'élèves (l'APEK, l'API, la PEEP et l'UCPE). Dans ce même communiqué, les associations promettent déjà "d'autres actions et journées de mobilisation."

Cette première journée de mobilisation semble en tout cas avoir été entendue. D'après une source de l'API (Association des Parents Indépendants des établissements français au Maroc), trois écoles ont été fermées sur Rabat (Camus, Cézanne et Ronsard). À l'école Chénier, une cinquantaine d'enfants seulement se sont rendus en classe au lieu des 700 inscrits dans l'école. Même scénario au collège St Exupéry, qui malgré ses plus de 700 élèves n'en a accueilli que 26 aujourd'hui, selon la même source.

Au groupe scolaire Descartes, 120 élèves à peine sur près de 2.600 ont rejoint aujourd'hui les cours. Devant le lycée Lyautey de Casablanca, une centaine de parents d'élèves ont exprimé leur colère.

90% des parents d'élèves ont répondu présents à l'appel à la mobilisation des associations dans les villes de Casablanca, Fès, Meknes, Tanger et Rabat, toujours selon la source de l'API. Cette information a également été confirmée sur le compte Twitter du SNES Maroc, l'antenne marocaine du Syndicat National des Enseignements de Second degré, représentant les intérêts des enseignants.

Les enseignants des lycées français avaient déjà initié le mouvement de colère cette semaine. Depuis mardi 21 novembre, au lycée Descartes à Rabat, les professeurs organisent, à chaque récréation à 10h du matin, une opération "carton rouge", avec sifflets et pancartes. "On communique notre mécontentement de cette manière auprès de la direction et des élèves", expliquait la semaine dernière au HuffPost Maroc une enseignante au lycée. "On se filme et on met les vidéos sur les réseaux sociaux, pour avoir un maximum d'impact".

Baisse budgétaire et suppressions de postes

Le budget alloué à l'AEFE sera en effet réduit de 33 millions d'euros en 2018, soit le plan économique le plus drastique connu par l’établissement public en 27 ans d’existence selon le SNES. Les frais de scolarité, eux, devraient augmenter de 9% au lieu de 6%, et des postes d'enseignants détachés seront fermés, entraînant le recrutement d'enseignants locaux "sans formation préalable", déplorent les associations de parents d'élèves, qui craignent des hausse de frais de scolarité et une "baisse de la qualité de l’enseignement".

Au lycée Descartes, cinq postes (un poste d'expatrié en SVT et quatre postes de résidents en SES, mathématiques, lettres et arabe) seront supprimés. Au lycée Lyautey de Casablanca, quatre postes seront fermés: deux en histoire-géographie (résident et expatrié), un en économie-gestion (expatrié) et un en technologie (expatrié).

Selon une source autorisée au sein de l'ambassade de France au Maroc contactée par le HuffPost Maroc, ces suppressions de postes "seront compensées par des contrats locaux". "Il n'y aura pas de diminution du nombre de classes ni des heures réglementaires dues aux élèves", précise notre source, soulignant que le taux d'encadrement de professeurs détachés sera "peu affecté" au Maroc, puisqu'il restera supérieur à 50%, soit "bien au-dessus de la moyenne mondiale".

"Les (contrats locaux) ont un statut précaire, puisqu'ils ne sont ni titulaires (de la fonction publique française, ndlr), ni détachés, et ne bénéficient donc pas de certains avantages sociaux", nuance pour sa part une enseignante en au lycée Descartes. "Le problème des contrats locaux, c'est aussi que ce sont souvent des gens de passage ou des femmes d'expatriés, qui ne sont pas forcément bien formés", s'inquiète-t-elle encore. La mobilisation n'est pas près de s'essouffler.

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