L'effet Weinstein: comment, de hashtags en témoignages, le monde entier s'est posé la question "moi aussi?"

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AFFAIRE WEINSTEIN - C'est une histoire de journaux puis de réseaux sociaux, de stars de cinéma puis d'inconnus. Grâce à Internet, il n'aura fallu que quelques semaines pour déclencher une prise de conscience mondiale, du jamais vu. Désormais, le harcèlement, les agressions sexuelles, les violences faites aux femmes dans leur ensemble sont sur la place publique, impossible à ignorer.

Ce samedi 25 novembre a lieu la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, une journée organisée par l'ONU depuis 1999. Après ces semaines riches en témoignages et prises de conscience, elle aura une dimension bien particulière.

Dans le sillage des premières enquêtes sur Harvey Weinstein, l'élan mondial a créé des répliques dans de nombreux pays, avec plus ou moins de succès.

  • Au Maghreb, le fléau dénoncé sur les réseaux sociaux

En Tunisie ou au Maroc de nombreuses femmes se sont emparées du hashtag #MeToo. Mais c'est moins le cas en Algérie. Nos confrères du HuffPost Tunisie ont ainsi compilé de nombreux tweets rapportant les cas d'agression et d'harcèlement sexuel. La Dépêche, au Maroc, a elle aussi laissé la parole aux femmes dans une vidéo très relayée sur les réseaux sociaux:

"C'est sans doute en Algérie que l'affaire Weinstein a été la moins reprise, remarque Le Monde qui cite également l'Égypte pour le peu d'écho qu'a eu cette affaire dans la presse. La question de la présence des femmes dans l'espace public y est pourtant prégnante et ressurgit régulièrement".

  • En Italie, malgré #QuellaVoltaChe "l'échec du féminisme italien"

Parmi les témoignages de la première heure, celui de l'actrice Asia Argento est glaçant. Mais, le débat va prendre une tournure bien différente chez nos voisins italiens. Pourquoi n'a-t-elle pas parlé plus tôt? Pourquoi a-t-elle continué à tourner avec Harvey Weinstein? Pourquoi ne s'est-elle pas plus protégée? Et si elle témoignait ainsi pour relancer sa carrière? Les questions fusent autour de l'actrice, venant d'hommes comme de femmes, parfois dans les médias, le plus souvent sur les réseaux sociaux.

C'est ce qu'une journaliste italienne, Guia Soncini, appelle dans une tribune pour le New York Times, "l'échec du féminisme italien". Il se résumerait ainsi: "Je me battrai pour tes droits - tant que nous serons amies." Ces multiples remises en question forceront Asia Argento à vouloir quitter son pays comme elle l'a annoncé le 22 novembre au Guardian.

L'auteure et blogueuse Giulia Blasi, en colère face à ces réactions, a rapidement décidé de lancer le hashtag #QuellaVoltaChe (la fois où) avec lequel de nombreuses femmes ont témoigné. Dans le sillon d'Asia Argento, d'autres faits d'agressions sexuelles ont été dénoncés. Début novembre, le réalisateur oscarisé, Giuseppe Tornatore, a été accusé d'harcèlement sexuel. Le 12 novembre, dix actrices ont accusé à leur tour le réalisateur Fausto Brizzi.

  • Au Royaume-Uni, tremblement de terre dans la classe politique

"L'effet Weinstein", comme l'ont baptisé nos confrères du HuffPost américain, a touché le Royaume-Uni par vagues successives. Tout a commencé quand le ministre du commerce, Mark Garnier a été suspendu après avoir demandé à son assistante parlementaire de lui acheter deux sex toys. Le ministre de la Défense, Sir Michael Fallon a été, lui, poussé à la démission après avoir reconnu avoir eu un comportement déplacé par le passé, en posant la main sur le genou d'une journaliste.

Un ministre du gouvernement gallois a quant à lui démissionné après avoir été mis en cause par plusieurs femmes. Le 7 novembre, son épouse le retrouve mort chez eux. La veille, la Première ministre, Theresa May avait réuni les représentants des partis politiques alors que les rumeurs étaient de plus en plus nombreuses au Parlement de Westminster. L'objectif? Mettre en place une nouvelle procédure destinée à faciliter le recueil des plaintes.

  • En Allemagne, le cinéma et le théâtre pointés du doigt, #aufschrei reprend du service

#ichauch (moi aussi) ont tweeté de nombreuses femmes allemandes. Comme ailleurs, la variante du hashtags #metoo a connu un beau succès. Un autre hashtag a été remis au goût du jour #aufschrei (cri). Comme le rappelle Le Monde, il avait émergé en 2013, quand une journaliste avait témoigné sur le harcèlement dont elle avait été la victime de la part d'un homme politique.

Outre-Rhin la couverture médiatique a permis de mettre en lumière les nombreux cas de harcèlements, en particulier le dossier spécial du Süddeutsche Zeitung. Cinq actrices y témoignent de leurs expériences. Le réalisateur qui demande à "s'amuser" avec Yazmeen Baker, 28 ans à l'époque, avant de savoir s'il allait la prendre dans son film d'horreur. Et Friederike Maria Nölting, 27 ans, comédienne de théâtre, qui a été victime d'attouchements.

  • L'Espagne se questionne pendant le procès d'un viol collectif

Comme en France, en Espagne, de nombreuses actrices et personnalités du cinéma ont pris la parole après les premières enquêtes. "Un producteur américain m'a violée. J'avais 24 ans", a expliqué Yvonne Blake, la présidente de l'Académie du cinéma espagnol à nos confrères du HuffPost. À la suite de cet aveu, la réalisatrice Leticia Dolera, l'actrice Belén Rueda comme Elsa Pataky, cinq autres actrices ont témoigné dans la presse des agressions et faits de harcèlements dont elles avaient été victimes.

Une libération de la parole qui s'est propagée en même temps dans tous les pays et régions hispanophones et lusophones à travers plusieurs hashtags #YoTambién #JoTambé #EuTamén. Mais dans les pays d'Amérique latine, la mobilisation contre les féminicides du Mexique à l'Argentine est plus ancienne que l'affaire Weinstein. Les femmes n'ont pas autant pris la parole qu'en Europe et en Amérique du Nord.

Dans le même temps, rappelle Le Monde, le procès d'un viol collectif d'une jeune femme de 18 ans pendant les fêtes de Pampelune a montré à l'Espagne que le chemin à parcourir était encore long malgré la libération de la parole après l'affaire Weinstein. "La parole de la victime n'a cessé d'être mise en doute", assure la correspondante du quotidien à Madrid.

Dans plusieurs villes d'Espagne, des manifestations rassemblant des milliers de femmes ont été organisées pour soutenir la victime. Leur cri de ralliement: "Moi, je te crois".

  • Dans les pays nordiques, l'élan n'en finit plus de libérer la parole

Il y eut d'abord les actrices, puis dans l'ordre les chanteuses d'opéra, les juristes, les chanteuses et musiciennes, les femmes politiques, les salariées de la tech, les journalistes, les sportives, les élèves, les employées de l'Église luthérienne. Par milliers, les femmes et filles suédoises ont pris la parole haut et fort.

Un élan impressionnant qui a poussé les Norvégiennes à en faire de même, de même que les femmes politiques islandaises. La chanteuse islandaise Björk a quant à elle publiquement accusé un "réalisateur danois" de l'avoir harcelée sexuellement.

  • La Corée du Sud n'a pas attendu l'affaire Weinstein

En Corée du Sud, "le mouvement de dénonciation des prédateurs a commencé avant même le début de l'affaire Weinstein", souligne Dohoon Kim, rédacteur en chef du HuffPost Korea. "Certains cas ont pris de l'ampleur avec Weinstein mais ils étaient plutôt inspirés par l'affaire Bertolucci à l'origine. Ce sont des affaires de consentement lors de tournages de films", explique-t-il.

Parmi ces affaires, celle du célèbre réalisateur Kim Ki-duk, accusé d'avoir frappé une actrice sur un tournage et de l'avoir forcée à tourner une scène nue. Une plainte a été déposée contre lui mais il dément les accusations. Ou encore l'actrice ayant porté plainte contre l'acteur Jo Duk-je pour harcèlement sexuel durant un tournage. Là encore, l'acteur a démenti.

Si au départ, aucune personnalité venant d'un autre domaine que le cinéma n'a été exposé, il semblerait que la situation soit en train d'évoluer. Comme le souligne Le Monde, une Sud-Coréenne de 25 ans travaillant chez Hanssem a dénoncé le 3 novembre avoir été violée par un responsable chargé de sa formation. Cette prise de parole a ensuite incité d'autres femmes à parler. Comme cette salariée de Hyundai Card qui a déclaré avoir été violée par l'un de ses collègues. Résultat: 2190 cas de harcèlement sexuel ont été déclarés au ministère du travail, contre 556 l'an dernier.

  • La Chine, persuadée d'être à l'abri
En Chine, l'affaire Weinstein n'a pas pris. Ou plutôt, elle n'a pas pu prendre. Le China Daily, journal d'Etat, a écrit qu'un tel comportement de prédateur ne pourrait pas avoir lieu dans le pays car "les hommes chinois ont appris à être protecteurs avec leurs femmes. Se comporter de manière inappropriée envers les femmes, y compris en les harcelant sexuellement, va à l'encontre de toutes les valeurs et traditions chinoises".

Ce texte a suscité beaucoup de colère. Leta Hong Fincher, auteure d'un livre sur la résistance féministe en Chine, explique au Guardian: "La misogynie est répandue en Chine, à laquelle s'ajoutent des mesures répressives du gouvernement sur tout ce qui est de l'ordre du féminisme, donc chaque femme qui veut aller de l'avant prend un énorme risque".

La réalité semble donc bien plus complexe que l'état de fait dicté par le China Daily. Par ailleurs, selon un sondage, plus d'un tiers des étudiants à l'université aurait expérimenté du harcèlement ou des violences sexuelles, et selon une étude de 2013, 70% des ouvrières d'une ville du canton du Guangzhou ont vécu le harcèlement sexuel sur leur lieu de travail.

  • À Bollywood, la parole peine à se libérer
Bollywood ne souffre pas encore autant de l'affaire Weinstein qu'Hollywood. Dans une tribune sur le HuffPost India, le porte-parole du Congrès national indien, l'un des principaux partis politiques du pays, met en cause les normes à deux vitesses qui protègent les prédateurs, "car les malheureuses victimes sont soumises à des intimidations astronomiques, ainsi qu'à des menaces".

Mais des milliers d'Indiennes ont néanmoins participé au mouvement #MeToo en ligne. Et le Time rapportait début novembre que des actrices de Bollywood commençaient à prendre la parole, preuve que cela peut prendre du temps, mais que la situation peut évoluer. L'actrice Divya Unny par exemple, a raconté avoir été appelée un soir dans la chambre d'hôtel d'un réalisateur qui lui aurait fait du chantage sexuel si elle voulait réussir dans l'industrie du cinéma.

Aucun média indien n'a, pour l'heure, enquêté sur des affaires de violences sexuelles dans le cinéma. Une mission compliquée dans ce pays où, rappelle Le Monde, réalisateurs et producteurs sont quasiment considérés comme des demi-dieux, et où Bollywood appartient à de très puissantes familles.

  • En Afrique du Sud, l'organisateur du Mondial accusé de viol

En Afrique du Sud, une grosse affaire a éclaté début novembre. L'organisateur du Mondial de foot 2010, Danny Jordaan, a été accusé de viol par Jennifer Ferguson, ex-députée du Congrès national africain (ANC). "Sans un mot, il m'a attrapée (...). Il m'a maîtrisée et m'a violée. Cela a duré une vingtaine de secondes, mais ça a semblé durer une vie", a-t-elle écrit. Danny Jordaan nie les propos de Jennifer Ferguson. Auprès du HuffPost américain, elle souligne qu'elle "sait qu'il y a beaucoup d'autres concernées" par des affaires de harcèlement ou violences sexuelles dans le pays.

Cette liste de pays entraînés par le mouvement post-Weinstein, déjà impressionnante, est pourtant bien loin d'être exhaustive. Pour s'en rendre compte, il suffit de jeter un œil aux compilations des multiples hashtags lancés dans le sillage de #MeToo.

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