"Ta ana bnadem (Wellah)", trois vidéos grinçantes sur la condition de la femme marocaine

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CULTURE - Le 25 novembre, le monde célèbrera la journée internationale contre les violences faites aux femmes. À cette occasion, le réalisateur Hicham Lasri s'apprête à publier trois courtes vidéos sur la condition de la femme marocaine. Intitulé "Ta ana bnadem (Wellah)" - "Moi aussi je suis un être humain (je vous jure)" - son projet traite d'un sujet grave sur un ton à la fois incisif et comique. Dans les trois spots, dont la première a été dévoilée aujourd'hui (et que vous pouvez découvrir en début d'article) l'actrice principale se retrouve suspendue comme de la viande à un étal de boucher, allongée au milieu d'une charrette de fruits, et plantée dans un pot de fleurs. Des sortes d'images d'Epinal grinçantes pour montrer la condition de la femme au Maroc. En attendant de découvrir le deuxième et troisième spot, Hicham Lasri répond à nos questions.

HuffPost Maroc: Pourquoi avoir lancé cette série de trois mini-films sur la condition de la femme marocaine?

Hicham Lasri: Nous lancerons ces trois vidéos le 24, 25 et 26 novembre, pour coïncider avec la journée mondiale contre les violences faites aux femmes. Beaucoup de choses se font depuis les différentes affaires de harcèlement et de viol, notamment au niveau institutionnel, mais c'est toujours un peu timide et politiquement correct. On essaie de réconcilier tout le monde sur ces sujets-là mais du coup, ça n'a pas forcément d'impact. Je trouvais ça amusant de venir avec des gros sabots et de balancer ce qu'il faut balancer. Ça coïncide aussi avec le fait que tous les films que je suis en train de développer ont des femmes comme personnage principal, alors que dans mon travail d'avant, je mettais surtout en avant des personnages masculins. Maintenant, j'ai envie de montrer le monde à travers les yeux d'une femme.

Comment avez-vous monté ce projet?

J'ai fait fonctionner mon réseau pour pouvoir monter ces films. C'est un projet assez lourd financièrement, entre le graphisme, la musique, le mixage, les grosses caméras... Mais la baraka fait que les gens ont été généreux! On a tourné il y a deux semaines. Le graphisme est un peu dédramatisant, presque comique, notamment lorsqu'on souligne des détails comme les mouches autour de la viande, la banane que l'actrice crache, l'arc-en-ciel à la fin de la troisième vidéo... Même si certains détails sont amusants, je voulais faire de la sensibilisation en étant rentre-dedans, pas mignon. Le premier film parle du respect de la femme, le deuxième est un film pro-choice, sur l'avortement, et le troisième traite de l'image de la femme par les médias et la société, vue comme un pot de fleurs.

Pourquoi est-ce important, en tant qu'artiste, de traiter de ces sujets-là?

La politique a démontré ses limites. Elle ne peut pas aller plus loin que promettre demain en prenant en otage aujourd'hui. La société civile fait ce qu'elle peut mais elle est toujours un peu dans un rapport de sponsoring, soumise à l'Etat, au pouvoir. Ce qui fait que les meilleures idées restent dans le cerveau des gens mais ne se concrétisent pas! À chaque fois qu'il y a une idé, tranchante, pertinente, brillante, cela ne va jamais fédérer les gens, du coup on ira vers quelque chose de tiède, parce que c'est rassurant, et ça dédouane. On fait semblant de faire le job. Moi, j'ai la chance d'avoir une voix et les moyens d'exprimer mes idées personnelles, quel que soit le sujet. Il faut des actions plus pérennes, plus conscientes et plus constructives. Manifester, crier ou brandir des pancartes ne suffit pas. Il faut qu'on laisse des traces, qu'on fasse un travail de sociologie qui puisse rester et donner envie aux autres de militer.

Quel impact peuvent avoir ces petits films sur la société?

Je me rends compte, depuis un an et demi que je fais des choses sur YouTube et plus généralement sur le digital, de l'impact impressionnant qu'on peut avoir sur la société. Qu'on aime ou qu'on déteste, au moins, ça a le mérite de poser des questions. Parfois les mauvaises, mais on finit toujours par trouver les bonnes. De là à répondre à ces questions, il y a toujours un peu de latence, un peu de temps pour y arriver. Mais je pense qu'on ne peut plus laisser l'institution essayer de faire le travail, parce qu'elle est fatiguée, essorée. Elle a donné tout ce qu'elle avait à donner. À un moment, il faut que chacun de nous prenne le relais.

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