Corruption, disparités régionales, mauvais traitements...les maux du secteur public de la santé analysés par le FTDES

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Fethi Belaid/AFP/getty images | FETHI BELAID via Getty Images
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Sept ans après la révolution, la situation du secteur public de la santé ne cesse de se dégrader, a alerté docteur Moncef Bel Haj Yahia, président de l'Association Tunisienne de Défense du Droit à la Santé dans un rapport qui fait un état des lieux sur le secteur, et qui s'intègre dans un rapport général du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux sur l'avancement des droits en Tunisie après la révolution.

Le spécialiste pointe de doigt la politique de désengagement de l’État au profit du secteur privé, entamée depuis des années et qui se poursuit toujours. Cette politique a engendré "une détérioration des services de soins offerts par les hôpitaux publics et les centres de santé de base et une aggravation des inégalités sociales et régionales de santé, ce qui a abouti à des services de santé à
deux vitesses", déplore-t-il.

Pour illustrer les inégalités entre les régions du littoral et les régions de l’intérieur et entre le milieu urbain et le milieu rural, le spécialiste cite l'enquête de l'Institut National de la Statistique-UNICEF de 2012 qui montre que le taux de mortalité infantile est le double de celui du milieu urbain (24,6/1000 naissances vivantes en milieu rural contre 12,2/1000 en milieu urbain.

Le taux de mortalité maternelle dans la région du Nord-Ouest est largement supérieur à celui du Nord-Est (67/100000 naissances vivantes au Nord-Ouest contre 27,9/100 naissances vivantes au Nord-Est.

Les structures sanitaires de base, malgré les promesses de l'État, demeurent limitées, affirme le spécialiste. "Les dépenses de soins ambulatoires et hospitaliers du secteur public est faible et n’a pas dépassé 26% en 2013 et les programmes nationaux de santé, malgré leur importance stratégique n’ont bénéficié que de 1% des dépenses courantes de santé", révèle-t-il.

Quant à l’accès aux structures de soins, sans difficultés financières pour les usagers, il "n’est pas garanti", met-il en garde, en renvoyant à l'enquête de 2015 sur la consommation des ménages de l’Institut national de la Statistique (INS), qui a dévoilé que 16,7% de la population ne dispose d’aucune couverture santé, soit près de 2 millions de personnes qui sont souvent contraintes de renoncer aux soins.

Moncef Bel Haj Yahia estime que le fléau de la corruption ronge le secteur de la santé et entraine des catastrophes. Parmi lesquelles, l'indisponibilité de certains médicaments -censés être gratuits- dans les hôpitaux publics, ce qui pousse les citoyens à les acheter dans les pharmacies: "L’accès aux médicaments essentiels est gravement affecté par l’insuffisance du financement des structures publiques et par la corruption", fustige-t-il.

Le résultat: des citoyens mécontents des services offerts par les structures publiques comme le montre l'enquête de l’INS en 2014.

Ainsi 54% des citoyens ne sont pas satisfaits par les soins prodigués dans les structures de la santé publique, et ce, pour plusieurs raisons comme le manque de médicaments, la longueur d’attente, les délais pour obtenir un rendez-vous d’intervention chirurgicale, la non-disponibilité du cadre médical, le manque d’attention aux malades, et le nombre élevé de malades dans les chambres a souligné le représentant de l'Association Tunisienne de Défense du Droit à la Santé.

Pire encore, les citoyens déplorent le non respect de la dignité de la personne dans les structures publiques, relève le spécialiste, qui s'appuie sur le rapport du Dialogue sociétal sur la santé. Beaucoup évoquent ainsi le mauvais accueil, le non-respect de la confidentialité et de l'intimité, la difficulté de faire valoir ses droits, etc.

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