ONU Femmes lance une campagne de 16 jours d'activisme pour lutter contre les violences faites aux femmes

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Cinu Rabat
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DROIT DES FEMMES - "Ne laisser personne de côté: mettre fin à la violence à l'égard des femmes". Tel est le slogan de la campagne de 16 jours d'activisme de l'ONU Femmes qui a été présentée hier à Rabat, en annonce de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, ce samedi 25 novembre.

Le coup d’envoi de cette campagne a été marqué par un grand lâcher de ballons oranges sur le site de la nécropole du Chellah ce vendredi, et tous les bâtiments et monuments de la capitale seront illuminés de la même couleur afin de sensibiliser et intensifier la mobilisation à cette cause jusqu'au 10 décembre.

Une situation toujours critique au Maghreb

La violence perpétrée à l'égard des femmes et des filles est une pandémie mondiale qui continue de sévir dans l'espace public et dans la sphère privée, a tenu à rappeler l'ONU Femmes lors d'une conférence de presse. La représentante ONU Femme Maghreb, Leila Rhiwi est revenue sur la situation des violences faites aux femmes au Maghreb et les avancées en matière de législation. Les derniers chiffres et statistiques de 2009 du Haut-Commissariat au Plan (HCP) sont graves et soulignent l'urgence d'agir. "Malgré les avancées notables accomplies, le taux de prévalence reste préoccupant et la violence à l’encontre des femmes persiste", avance Leila Rhiwi.

On compte en effet au Maroc près de 6 millions de femmes ayant subi un acte de violence. 55% de ces femmes ont été confrontées à la violence dans le cadre conjugal. 22,6% ont subi un acte de violence sexuelle à un moment ou un autre de leur vie. 3% osent déposer une plainte. L'auteur de l'acte est inculpé dans seulement 1,8% des cas.

En Algérie, 8841 plaintes pour des cas de violences faites aux femmes ont été enregistrées par la police durant les neufs premiers mois de l’année 2016, dont 6080 cas de violence physique et 2026 de maltraitance.

Du côté de la Tunisie, 54% des femmes déclarent avoir été victimes de violence dans l’espace public entre 2011 et 2015. 92% déclarent que les femmes devraient rester discrètes et ne pas se faire remarquer dans les espaces publics.

Leila Rhiwi souligne que ces chiffres ne constituent pas une base comparable de statistiques mais sont dans l'ensemble quasi-similaires pour ces trois pays. Elle fait cependant remarquer que la Tunisie est bien plus avancée en matière de législation et de protection des femmes victimes de violences, tandis que l'Algérie finalise un plan national de lutte contre les violences faites aux femmes, et que le Maroc discute à un projet de loi et une réforme du Code Pénal.

"Le premier pas est d’adopter des lois, mais les lois ne sont pas suffisantes et les femmes sont toujours davantage victimes partout dans le monde entier", ajoute-t-elle. Car si la protection des femmes et la garantie de leurs droits ont été renforcés depuis l'adoption de la Moudawana en 2004, de la nouvelle Constitution en 2011 et des lois relatives à la traite des personnes et au travail domestique cette année, "la situation reste alarmante et les taux de prévalence restent trop élevés à travers le monde", note ONU Femmes Maghreb.

Mobiliser les hommes et les garçons

Parmi les causes profondes des violences faites aux femmes, la non-sensibilisation des hommes et des garçons est un facteur majeur. "Malgré quelques progrès, nous constatons qu’il y a quelque chose qui n’a pas été assez travaillé et qui est le travail sur les hommes et garçons, il faut changer les comportements et les attitudes. L'ONU oriente son travail de prévention sur eux afin de les mobiliser dans la lutte de ce phénomène. C'est une préoccupation qui est maintenant la notre et concentre tous nos efforts dans le cadre de nos stratégies des quatre prochaines années", souligne Leila Rhiwi.

"Nous avons fait une enquête sur l’échantillon de la région Rabat-Salé-Kénitra: on a posé des questions à des hommes et femmes et nous avons été préoccupés par les réponses sur la justification et légitimation de la violence. Certains hommes ont dit que si la femme devait être battue, il devait alors en être ainsi. Et 50% des femmes dans la région de Rabat nous ont aussi dit qu’il était légitime qu’elles soient battues si elles le méritaient", déplore-t-elle. Il faut donc travailler aujourd’hui sur les garçons, inculquer une culture de l’égalité et de respect des femmes, une acceptation de la présence des femmes dans l’espace public. Et surtout, expliquer le concept de masculinité et ce que c’est qu’être un homme".

Soutenir les femmes les plus marginalisées

Cette campagne vise à renforcer la lutte contre la violence et la discrimination basées sur le genre, tout en soutenant les femmes et filles les plus défavorisées et marginalisées: celles de milieux ruraux et reculés, les réfugiées, les migrantes et celles affectées par les conflits et les catastrophes naturelles.

Abdelilah Yaacoub, représentant du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) au Maroc, a indiqué que dans le cadre de ces "16 jours d'activisme", le Fonds œuvrera, conjointement avec le ministère de la Famille, de la Solidarité, de l’Égalité et du Développement social et le ministère de la Santé, à l'organisation de campagnes de sensibilisation pour lutter contre ce phénomène et sensibiliser particulièrement le corps des assistantes sociales et le rôle central qu’elles ont à jouer.

Le FNUAP va également collaborer avec l’association Anarouz qui regroupe plusieurs centres d'écoute de femmes victimes de violence, ainsi que la Rabita Mohammadia des Oulémas, qui animera des conférences sur cette thématique autour d’analyse des concepts de non-violence dans le Coran et les hadith.

Abdelilah Yaacoub a par ailleurs soulevé que les réformes engagées par le royaume témoignent des progrès réalisés en matière de la lutte contre les violences faites aux femmes. Il regrette par contre l'absence de nouvelles statistiques qui permettraient de mesurer l'impact des actions engagées sur ce phénomène.

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