Le bitcoin, une "monnaie ubérisée" mais pas sans danger

Publication: Mis à jour:
BITCOIN
Gold plated souvenir Bitcoin coins are arranged for a photograph in London on November 20, 2017. Bitcoin, a type of cryptocurrency, uses peer-to-peer technology to operate with no central authority or banks. Bitcoin's recent rise and booming investor interest is forcing the regulatory and stock market authorities to formulate an official position on bitcoin and other virtual currencies, which are controversial not only because of their speculative nature, but are also seen as vehicles for illega | JUSTIN TALLIS via Getty Images
Imprimer

Le bitcoin, devise virtuelle qui n'en finit plus de flamber, répond à une volonté "d'ubériser" la monnaie en échappant aux banques centrales, et pourrait se répandre dans les pays aux finances fragiles, mais "aux risques et périls" des utilisateurs, avertissent les économistes.

"Le bitcoin? C'est une volonté d'ubériser la monnaie, de ne pas avoir de banquier central qui décide de son prix", explique Ludovic Subran, chef économiste de l'assureur-crédit Euler Hermes, comparant la cryptomonnaie à ce qui se passe entre les taxis et Uber, société de location de voitures avec chauffeur (VTC) qui a bouleversé le marché.

"Oui, c'est tout à fait ça: on se passe de l'autorité centrale. C'est le génie de cette invention", s'enflamme Yves Choueifaty, fondateur du gestionnaire d'actifs Tobam, qui vient de lancer le premier fonds européen de placement investi en bitcoins.

Le bitcoin est présent sur des plateformes d'échange spécifiques et non sur des marchés régulés. Sans cours légal, sans banque centrale, il est régi par une vaste communauté d'internautes.

Des investisseurs parlent déjà "d'or numérique", alors que le bitcoin a atteint cette semaine un nouveau record à plus de 8.000 dollars. Il émargeait à un peu moins de 1.000 dollars en début d'année.

"Nous n'avons pas besoin des banques centrales", assure Yves Choueifaty, convaincu que les dernières bulles ont été justement alimentées par ces institutions, et persuadé par ailleurs qu'il n'y a "pas de bulle pour le bitcoin", créé par un ou plusieurs informaticiens se cachant sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto.

L'intérêt croissant pour le bitcoin touche désormais des institutions reconnues comme l'un des plus gros opérateurs boursiers du monde, le CME Groupe de Chicago, ou de prestigieuses universités américaines qui forment à la technologie informatique servant de base aux monnaies virtuelles, la "blockchain" ou "chaîne de blocs".

"Dollarisation 2.0"

Mais cette monnaie séduit aussi les acteurs économiques de pays ruinés tels que le Zimbabwe ou le Venezuela, dont les devises ne valent plus rien à force d'hyper-inflation - Caracas a dû émettre récemment un nouveau billet de 100.000 bolivars, là où il y a un an la plus grosse coupure en circulation était de 100 bolivars.

"Prenons des pays avec des institutions faibles et des devises nationales instables. Au lieu d'adopter la monnaie d'un autre pays, par exemple le dollar américain, ces économies pourraient connaître un usage croissant des monnaies virtuelles", estimait récemment la directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde, qui parle de "dollarisation 2.0".

Les économistes signalent aussi l'intérêt pour le bitcoin dans des pays en développement, dont les habitants ont plus facilement accès à internet qu'à des comptes bancaires traditionnels.

Les banques centrales et certains grands noms de la finance tirent pourtant la sonnette d'alarme face à une devise utilisée pour nombre de transactions illicites, et souvent dénoncée comme "spéculative".

"C'est la définition même d'une bulle", a prévenu récemment le patron de Crédit suisse Tidjane Thiam, devenant aussitôt la cible sur les réseaux sociaux des partisans, souvent virulents, du bitcoin.

Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, avait lancé un avertissement dès l'été: "Ceux qui utilisent aujourd'hui le bitcoin, très clairement, c'est à leurs risques et périls".

Une "bulle" pour le Nobel d'économie

Le prix Nobel d'économie, Jean Tirole, partage cette opinion: "C'est une bulle!", a-t-il assuré à l'AFP en marge d'un colloque cette semaine à Paris.

"C'est quelque chose qui n'a pas de valeur intrinsèque, qui peut s'effondrer du jour au lendemain. Donc, je ne voudrais absolument pas que les banques françaises, par exemple, investissent dans le bitcoin".

Pour sa part, M. Subran attend des autorités qu'elles sensibilisent davantage les investisseurs potentiels aux risques: "Il y a beaucoup d'argent à faire et beaucoup d'argent à perdre aussi. On voit de plus en plus de gens qui veulent y aller, mais qui ne se rendent pas compte du risque".

Régulièrement, la devise accuse des baisses abruptes, par exemple en cas de frictions entre les membres de la communauté qui la gèrent et qui la produisent, face à des avertissements venus des autorités de régulation, ou en cas de piratages informatiques.

Mais le plus souvent, le bitcoin efface rapidement ses pertes: certains investisseurs le voient déjà à 10.000 dollars. En 2011, il dépassait à peine 1 dollar.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.
Loading...