Assumant ses propos contestés, l'avocat Isaac Charia persiste et signe

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HIRAK
Youssef Boudlal / Reuters
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PROCÈS - Il se montre de bonne humeur. Les foudres que l’avocat Isaac Charia s’est attiré, mardi, lors du procès des détenus du Hirak qu’il représente, à la Cour d’appel de Casablanca, n’ont apparemment rien changé à sa conviction. Il avait lancé, au cours de sa plaidoirie, une accusation à l’encontre du président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Ilyas El Omari, l’impliquant dans "un complot contre la monarchie". Et ce dernier n’a pas tardé à réagir, le soir même, par la voie de son avocat, Ahmed Arahmouch, pour exprimer "sa stupéfaction quant à ces graves déclarations" et demander l’ouverture d’une enquête "de toute urgence".

Au HuffPost Maroc, l’avocat Isaac Charia déclare vouloir s'acquitter de son devoir en mettant en évidence le contenu du procès-verbal de son client, Nasser Zefzafi, rédigé au cours de l’instruction de l’affaire, en juillet dernier. "Le greffier avait consigné par écrit tout ce que Zefzafi avait révélé. Et parmi ses révélations, il avait affirmé qu’il y avait un complot contre l’Etat et qu’un parti avait tenté d’amplifier la situation dans laquelle se trouvait Al Hoceima", explique Me Charia. Et d'ajouter que "le juge d’instruction devait approfondir ses investigations sur ces points dans une nouvelle audience d’instruction détaillée prévue, après l’Aïd El Fitr, mais il a été décidé qu’on passerait directement au procès", nous dit-il.

Quant à ces révélations jugées tardives, l'avocat précise qu'"à ce moment-là, le secret de l’instruction ne nous permettait pas de révéler quoi que ce soit. Ceci dit, le procureur général et le juge d’instruction devaient enquêter profondément sur ces révélations parce qu’elles touchent à l’Etat", estime l’avocat Isaac Charia, assumant, dit-il, "sa responsabilité de les dévoiler".

Le parquet a ouvert une enquête sur les déclarations faites par cet avocat, le soir même. "Je suis ravi que le procureur général décide d'ouvrir une enquête sur la relation entre Ilyas El Omari et les manifestations d'Al Hoceima, même si j'aurais voulu que le juge accorde la parole à Nasser Zefzafi au cours de l'audience", avait écrit l'avocat sur sa page Facebook, au lendemain de l'audience.

Ses propos ne font, cependant, pas l’unanimité auprès des autres avocats et des détenus du Hirak. "Ce que Isaac Charia a déclaré n’est pas plausible. On ne peut lui accorder de crédit au sein de la défense", nous avait déclaré l’avocat Abdessadak Elbouchattaoui, au lendemain de l’audience du mardi 21 novembre.

"Nous souhaitons qu'Ilyas El Omari soit convoqué, mais uniquement pour témoigner, parce qu’il est concerné par ce qui se passe dans la région", avait-il poursuivi. Me Elbouchattaoui n'avait pas hésité à qualifier les propos de son confrère d’"infondés et irresponsables, nous n’avons jamais entendu parler depuis ses six derniers mois".

Auprès des détenus, le frère de Nabil Ahamjik, Mohamed Ahamjik, l’un des représentants des familles, a précisé, sur sa page Facebook, que demander "le retrait de l’avocat Isaac Charia semble une évidence" pour ne pas cautionner ses propos. Il précise que les propos de l’avocat se font "au dépend des détenus".

Houda Sekkaki, la femme du détenu El Habib Hannoudi, affirme, pour sa part, sur sa page Facebook, que Nasser Zefzafi dément les propos de l’avocat. Elle rapporte une déclaration qu’il aurait faite à son mari. "Nasser Zefzafi est innocent de ces allégations (…) Après son interrogatoire par la brigade nationale, il a rédigé une réponse". Houda Sekkaki précise que cette réponse "sera envoyée par fax et en accord avec la direction des prisons. Ce sera une réponse claire pour l’ensemble, afin que notre Hirak et nos détenus ne soient pas exploités dans des règlements de comptes politiques".

Isaac Charia, lui, persiste et signe, estimant défendre le droit à "la vérité". "Nasser Zefzafi ne m’a pas encore demandé de ne plus le représenter et je serais au rendez-vous à l’audience, mardi prochain", annonce-t-il au HuffPost Maroc. "Je ne pourrais pas m’imposer si les détenus ne veulent plus de moi", reconnait-il toutefois. Et de préciser: "Je ne regrette à aucun moment mes propos, parce que l’union et la stabilité de l’État et de l’institution monarchique sont au-dessus de Isaac Charia, d’Ilyas El Omari, Nasser Zefzafi et de toute autre personne".

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