"Comment le Maroc infiltre la France", l'enquête de l'hebdomadaire Marianne qui froisse

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PRESSE - Paru ce vendredi dans les kiosques français, l'hebdomadaire Marianne propose une plongée dans les eaux troubles des relations diplomatiques franco-marocaines, à travers une enquête sur les réseaux d'influences marocains dans l'Hexagone. Une analyse plus qu'une enquête, sans grande révélation mais avec des jeux de mots dont on vous laissera apprécier la pertinence ("la monarchie semble se tailler la part du lion de l'Atlas"). La publication de l'hebdomadaire intervient une semaine après la première visite au Maroc du Premier ministre français Edouard Philippe, venu les 15 et 16 novembre dernier accompagné d'une importante délégation.

marianne

D'après l'hebdomadaire, le Maroc n'aurait cessé d'étendre son réseau en France sur fond d'intérêts économiques et stratégiques, de droits de l'homme et de guerre contre le terrorisme. Perpétuant une amitié franco-marocaine initiée dans les années 90, le royaume aurait su "étendre ses réseaux d'influence, créer des relais, s'appuyer sur de bons leviers qu'il entretient soigneusement", écrit le magazine.

"Hassan II, monarque élégant, aussi autoritaire que brutal, avait été l'initiateur de cette diplomatie reposant sur des liens de confiance, souvent personnels qu'il entretenait avec Jacques Chirac", peut-on lire ainsi. Les présidents français qui ont suivi n'ont pas changé la donne. Sarkozy, Hollande et dernièrement Macron... Tous auraient des intérêts dans "ce jeu d'influence" avec la monarchie marocaine.

Marianne épingle notamment le rôle des binationaux franco-marocains et "amis du Maroc" dans le domaines des affaires, des arts et de la culture et de la politique, comme Dominique de Villepin, Jacques Lang, Elisabeth Guigou, Dominique Strauss-Khan, Gad Elmaleh, Rachid Benzine, Najat Vallaud-Belkacem... qui peuvent être "actionnés comme relais des messages et parfois des intérêts du royaume". "Une exception dans le paysage diplomatique. En retour, les intérêts français au Maroc sont préservés", relève le magazine.

Emmanuel Macron tenterait toutefois d'imposer de nouveaux acteurs clés pour solidifier les relations diplomatique entre les deux pays. La dernière recrue en date de la "Macronie" n'est autre que l'écrivain franco-marocaine et prix Goncourt 2016, Leila Slimani. Récemment nommée "représentante personnelle du président pour la francophonie", elle aurait un rôle stratégique à jouer dans l'axe Paris-Rabat, bien que le président français "préfère s'en remettre à un lien direct avec le roi Mohammed VI", peut-on encore lire.

"Chantages et exigences"

Février 2014, l'affaire entre Abdellatif Hammouchi, chef du contre-espionnage marocain et Zakaria Moumni, le boxeur thaï pour "actes de torture" ulcère le palais et sonne le début d'"une des séquences les plus compliquées de l'histoire des relations franco-marocaines", rapporte l'hebdomadaire. Marianne soutient que les Marocains auraient exercé "une forme de chantage" afin d'obtenir "réparation de l'humiliation" qu'aurait causé ce scandale diplomatique.

Entre l'hiver 2014 et l'été 2015, le Maroc aurait eu des exigences "démesurées, puisqu'ils voulaient la fin de la compétence universelle du juge, de manière à ce que certaines affaires survenues au Maroc mais où la plainte était déposée en France, le juge français soit dessaisi au profit de son homologue marocain", détaille le journal. Une affaire qui aurait soufflé un vent glacial dans les relations dont la France ne pouvait se priver, compte tenu de l'importance du royaume dans la lutte contre le terrorisme et qui profite à l'Hexagone.

Dans une autre enquête publiée dans le même numéro et présentée comme exclusive, Marianne revient sur une autre affaire: le duel entre M'jid El Guerrab vs Leila Aïchi dans la course aux législatives française. L'hebdomadaire français revient longuement dans un article de quatre pages sur les réseaux qu'aurait mobilisés le Maroc pour "faire échec à la candidature" de Aïchi. Cette dernière, investie par la République en marche, a été écartée pour ses propos sur "l'occupation marocaine au Sahara occidental", après des supposées "pressions" pour éviter tout incident diplomatique. M'jid El Guerrab lui aurait été préféré et aurait gagné sa place de député grâce au soutien de figures politiques françaises et marocaines (les noms de Jack Lang et Aziz Akhannouch sont mentionnés, bien que M'jid El Guerrab s'en défendent auprès de ses proches. Il sera élu grâce à 76% des voix des Français du Maroc.

"Pour la première fois, sans doute, dans l'histoire politique française, un pays étranger a donc officiellement pesé sur le choix d'un candidat par un grand parti politique", écrit Marianne, ajoutant qu'un "tel tour de force témoigne de la capacité du Maroc à mobiliser ses réseaux d'influence dans l'Hexagone, alors même que la France n'est pas censée épouser la position marocaine sur le Sahara occidental".

Tollé sur les réseaux sociaux

La couverture et l'enquête de Marianne ont provoqué de nombreuses réactions indignées sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter. Il est en effet reproché au journal, qui connait quelques difficultés financières, de faire des sujets polémiques liés aux pays arabes et à l'islam "pour vendre". Certains osent même la comparaison du journal avec Valeurs actuelles, quotidien français de droite, voire extrême droite sur l'échiquier politique et réputé pour consacrer régulièrement ses couvertures et ses sujets controversés à à l'islam et aux immigrés. Reste à savoir si la sortie en kiosques de l'hebdomadaire, toujours décalée de quelques jours par rapport à sa sortie en France, se fera sans encombre au Maroc.

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