Vent de colère chez les enseignants et parents d'élèves des écoles françaises au Maroc

Publication: Mis à jour:
LYCEE DESCARTES RABAT MAROC
Vent de colère chez les enseignants et parents d'élèves des écoles françaises au Maroc | AEFE
Imprimer

ENSEIGNEMENT - La pilule ne passe pas. Une journée "école morte" est prévue lundi 27 novembre dans les écoles françaises au Maroc suite aux coupes budgétaires et suppressions de postes au sein de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE). Des sit-in seront organisés par les professeurs, et les parents d'élèves sont invités à ne pas envoyer leurs enfants à l'école.

Dans un communiqué conjoint envoyé par quatre associations de parents d'élèves (l'APEK, l'API, la PEEP et l'UCPE), celles-ci appellent à une journée de mobilisation ce lundi. "Les parents sont très préoccupés par les dernières annonces de réduction drastique du budget de l’AEFE", écrivent-elles.

Une baisse budgétaire de 33 millions d'euros

Le budget alloué à l'AEFE sera en effet réduit de 33 millions d'euros en 2018. Les frais de scolarité, eux, devraient augmenter de 9% au lieu de 6%, et des postes d'enseignants détachés seront fermés, entraînant le recrutement d'enseignants locaux "sans formation préalable", déplorent les associations de parents d'élèves.

"Toutes ces décisions entraîneront des hausses de frais d’écolage et une baisse de la qualité de l’enseignement", poursuivent-elles, témoignant leur "soutien aux enseignants" et manifestant leur volonté de "défendre, préserver et développer ce patrimoine partagé dont bénéficient nos enfants depuis des décennies".

Les enseignants des lycées français ont déjà initié le mouvement de colère cette semaine. Depuis mardi 21 novembre, au lycée Descartes à Rabat, les professeurs organisent, à chaque récréation à 10h du matin, une opération "carton rouge", avec sifflets et pancartes. "On communique notre mécontentement de cette manière auprès de la direction et des élèves", explique au HuffPost Maroc une enseignante au lycée. "On se filme et on met les vidéos sur les réseaux sociaux, pour avoir un maximum d'impact".

Au lycée Descartes, cinq postes (un poste d'expatrié en SVT et quatre postes de résidents en SES, mathématiques, lettres et arabe) seront supprimés. Au lycée Lyautey de Casablanca, quatre postes seront fermés: deux en histoire-géographie (résident et expatrié), un en économie-gestion (expatrié) et un en technologie (expatrié).

Réduire de moitié le nombre d'enseignants résidents

"La politique de l'AEFE est d'abaisser de 50% la part des enseignants résidents dans les lycées, pour privilégier les contrats locaux", précise l'enseignante. "Mais ces derniers ont un statut précaire, puisqu'ils ne sont ni titulaires (de la fonction publique française, ndlr), ni détachés, et ne bénéficient donc pas de certains avantages sociaux. Le problème des contrats locaux, c'est aussi que ce sont souvent des gens de passage ou des femmes d'expatriés, qui ne sont pas forcément bien formés", explique-t-elle.

Autre problème: si l'enseignant en contrat local souhaite passer les concours de l’Éducation nationale française pour pérenniser sa situation, il devra passer au moins deux ans en France s'il est admis avant de pouvoir revenir dans l’établissement où il exerçait à l'étranger. "Vous imaginez à quel point cela peut devenir problématique pour les enseignants qui sont en couple mixte au Maroc", déplore-t-elle. "Aussi, parfois, la pénurie de professeurs en France est telle que l'Éducation nationale ne les laisse plus partir à l'étranger, ou rappelle même des enseignants travaillant ici au Maroc pour revenir en France".

Selon une source autorisée au sein de l'ambassade de France au Maroc contactée par le HuffPost Maroc, ces suppressions de postes "seront compensées par des contrats locaux". "Il n'y aura pas de diminution du nombre de classes ni des heures réglementaires dues aux élèves", précise notre source, soulignant que le taux d'encadrement de professeurs détachés sera "peu affecté" au Maroc, puisqu'il restera supérieur à 50%, soit "bien au-dessus de la moyenne mondiale".

Lundi 27 novembre, la journée de mobilisation des enseignants et parents d'élèves coïncidera avec la tenue du conseil d’administration de l’AEFE à Paris. "Cette journée sera la première journée de mobilisation par solidarité avec le corps enseignant et ce dans l’intérêt de nos enfants. D’autres actions et journées de mobilisation suivront", préviennent les associations de parents d'élèves.

LIRE AUSSI: