Syrie: Poutine rallie Erdogan et Rohani à l'idée d'une réunion politique en Russie

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POUTINE ROHANI ET ERDOGAN
AFP
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Vladimir Poutine s'est assuré du soutien des présidents turc et iranien à l'idée de réunir en Russie des représentants du régime syrien et de l'opposition, voyant une "vraie chance" de régler ce conflit, malgré les doutes qui continuent d'entourer cette initiative.

Les principales factions de l'opposition syrienne, qui ont elles entamé mercredi à Ryad des négociations à l'invitation de l'Arabie saoudite, n'ont pas réagi à cette initiative. Mais l'émissaire des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui était présent les a jugées "cruciales" et annoncé qu'il irait jeudi en Russie. L'objectif est de mettre sur pied une délégation unifiée pour représenter l'opposition aux pourparlers qui doivent s'ouvrir le 28 novembre à Genève sous l'égide de l'ONU.

Vladimir Poutine, principal soutien de Bachar al-Assad, a réuni Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani dans la station balnéaire russe de Sotchi (sud-ouest) pour relancer le processus de paix alors que le gouvernement syrien, soutenu par l'armée russe, a repris une grande partie du territoire aux rebelles et jihadistes.

Il avait multiplié les contacts diplomatiques en amont, accueillant lundi Bachar al-Assad à Sotchi pour son premier voyage à l'étranger depuis 2015 et tenant une série d'entretiens téléphoniques mardi, y compris avec Donald Trump.

"Une nouvelle étape s'ouvre dans le règlement de la crise", a insisté Vladimir Poutine après avoir réuni pendant environ deux heures ses deux homologues. "Il est évident que le processus (...) ne sera pas simple et exigera des compromis et des concessions de tous les participants, y compris du gouvernement syrien", a-t-il prévenu.

Côte à côte, les trois présidents se sont dits favorables à la tenue d'un "Congrès" à Sotchi, une initiative russe lancée dès la fin octobre mais restée lettre morte depuis.

L'idée d'un "Congrès" avait été rejetée par l'opposition et critiquée par les Occidentaux au motif que toute discussion politique doit se tenir dans le cadre du processus de Genève, organisé par l'ONU depuis 2014 et devant reprendre le 28 novembre. Mais pour le président russe, une réunion avec des représentants des forces politiques doit servir de "stimulant" au processus de Genève.

'Sang sur les mains'

La Russie et l'Iran, alliés du régime de Damas, et la Turquie, soutien des rebelles syriens, parrainent le processus parallèle d'Astana, la capitale kazakhe, qui a permis la mise en place de quatre "zones de désescalade" sur le territoire syrien.

Ces mesures ont permis d'abaisser la tension sur le terrain et de réunir autour d'une table des représentants du régime et de l'opposition pour parler de questions militaires, alors que les pourparlers de Genève étaient au point mort. Moscou veut désormais trouver un relais politique à ce processus.

Mais de nombreux doutes continuent d'entourer l'idée de Congrès syrien. Aucune date n'a été fixée et M. Erdogan est resté ferme sur son refus de voir les milices kurdes, qui contrôlent une partie du nord de la Syrie, participer à tout règlement.

De son côté, l'opposition est sous pression pour faire des concessions, notamment sur le départ immédiat de M. Assad. Ses principales factions ont entamé des négociations mercredi à Ryad pour tenter d'avoir une délégation unifiée pour les négociations de Genève.

Signe de possibles tensions, plusieurs figures représentant jusqu'alors l'opposition à Genève, dont Riad Hijab, ont rendu publique leur démission, deux jours seulement avant la conférence.

"Plusieurs personnalités qui refusent catégoriquement de voir Assad dans le futur de la Syrie ont été écartées", assure, sous le couvert de l'anonymat, un haut responsable du HCN. Et de parler de "pressions exercées sur l'Arabie saoudite par la Russie", pays qui a accueilli favorablement ces démissions.

L'opposition syrienne n'avait pas réagi mercredi soir à la proposition russe d'un tel "Congrès" avec le régime.

Interrogé par des journalistes, M. de Mistura a jugé que cette conférence à Ryad était "cruciale" pour relancer les pourparlers de Genève et annoncé qu'il irait jeudi en Russie.

'Concessions'

Le lancement de la campagne de frappes aériennes russes en septembre 2015 a constitué un tournant dans cette guerre qui a fait plus de 330.000 morts et des millions de réfugiés en six ans.

Il a permis à l'armée syrienne de reprendre au groupe jihadiste Etat islamique (EI) la cité antique de Palmyre, une victoire symbolique, puis de chasser les rebelles de leur bastion d'Alep, dans le nord. Dimanche soir, les forces du régime ont repris Boukamal aux jihadistes, leur dernier fief urbain en Syrie.

Consacrant la position de force de Bachar al-Assad, Vladimir Poutine l'a reçu lundi dans sa résidence à Sotchi.

"Une vraie chance de mettre fin à cette guerre civile datant de plusieurs années est apparue", a insisté le président russe au début du sommet à trois.

Il a assuré que le président syrien était prêt à une réforme constitutionnelle et à des élections sous contrôle de l'ONU.

"Nous voyons une perspective nouvelle de fin de crise en Syrie", a estimé M. Rohani. "Il n'y a plus de prétexte au maintien d'une présence militaire étrangère sur le territoire de la Syrie sans l'accord du gouvernement légitime de ce pays".

Il visait ainsi la coalition menée par les Etats-Unis qui mène des frappes aériennes contre l'EI sans l'accord du régime syrien, contrairement aux armées russe et iranienne.

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