Les enseignants à nouveau la cible d'agressions perpétrées par leurs élèves

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Rachida Maklouf, l'enseignante agressée à Hay Mohammadi le mercredi 22 novembre. | DR
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AGRESSION - "Il faut assurer la sécurité des enseignants en généralisant et en multipliant des patrouilles de police autour de tous les établissements de l’enseignement public". Ahmed Mansouri est enseignant, mais surtout militant au sein du syndicat de l’Organisation démocratique du travail (ODT), où il est secrétaire général de l’Organisation démocratique de l’enseignement. Face aux agressions qui ciblent des enseignants à travers les écoles dans tout le Maroc, il s’indigne contre un "fléau incontrôlable". Si "incontrôlable" que les agressions contre les enseignants se font de plus en plus violentes.

Pas plus tard qu’hier, une enseignante d’histoire-géographie, Rachida Maklouf, au lycée qualifiant El Hassan Ibnou Ali, relevant de l’académie Aïn Sebaa-Hay El Mohammadi à Casablanca, a reçu un coup de couteau en plein visage, alors qu’elle quittait l’établissement vers 18h. C’est un ancien élève de l’établissement qui le lui aurait asséné. Il s’agirait d’un mineur âgé de 17 ans que la police a interpellé, le soir même, d’après un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), relayé par la MAP. Placé sous contrôle policier pour les besoins de l’enquête que mène la police judiciaire, sous la supervision du parquet compétent, le mobile de cet acte criminel n’a pas encore été déterminé.

Mais, selon les propos de la victime, recueillis par nos confrères de Kifache, il serait question d’une vengeance. "L’élève avait déjà agressé une enseignante de l’éducation islamique, avant les dernières vacances. Alors, le conseil de classe a décidé de le transférer vers un autre établissement. Par cette décision, nous voulions être fermes et sanctionner la violence contre les enseignants", a-t-elle indiqué. Une décision qui a suscité la colère de l’élève, mais aussi de sa mère qui, d’après les dires de la victime, est venue "l’insulter".

De retour aux classes, après les vacances, l’enseignante est prévenue par un élève qu’elle risque une agression. "Je n’ai pas fait attention à cela. Et mercredi, à la sortie de l’établissement, alors que mon mari m’attendait dans la voiture, je m’apprêtais à monter quand j’ai ressenti une tape sur mon dos et dès que je me suis retournée, quelque chose a transpercé mon visage, je ne savais pas ce que c’était", raconte-t-elle, les larmes aux yeux.

Après avoir reçu les soins nécessaires, la victime a reçu la visite du directeur provincial de l’Éducation nationale accompagné d’une délégation administrative et éducative, venue la soutenir. L’académie régionale de Casablanca a exprimé son indignation quant à cette agression, dans un communiqué dans lequel elle affirme que "toutes les mesures pédagogiques et juridiques seront prises pour protéger la dignité du corps enseignant".

Même jour, au collège Sidi Rahal plage à Berrechid, c’est un enseignant qui s’est fait aussi agresser par une élève de 3ème année. Selon le secrétaire général de l’Organisation démocratique de l’enseignement/ODT, l’élève semble avoir prémédité son acte. "Elle a apporté une bouteille de verre cassée dans son cartable et a provoqué l’enseignant en mâchant d’une manière indécente un chewing-gum en classe", indique-t-il. Et de poursuivre que lorsque l’enseignant lui a demandé de quitter la classe, elle a refusé. "Alors qu’il s’apprêtait à appeler la direction de l’établissement, elle s’est jetée sur lui avec sa bouteille cassée et l’a blessé en plein visage. C’est affreux!", s’indigne Ahmed Mansouri.

Interpellée par la gendarmerie royale, l’élève devra répondre de ses actes devant la justice. Celle-ci a rendu, mardi soir, son verdict à l’encontre de cet autre élève qui avait agressé par coups de poing un enseignant en plein classe au collège Sidi Daoud à Ouarzazate. Il a été condamné par le tribunal de première instance à une peine de prison ferme équivalente à sa durée de détention (17 jours). Le juge a aussi décidé de le placer pendant deux mois dans un centre de détention pour mineurs à Marrakech. Et sur la requête civile, le tribunal a condamné le père de l’élève à verser un dirham symbolique à la victime et un autre à la direction provinciale de Ouarzazate du ministère de l'Éducation nationale.

Pour Ahmed Mansouri, la recrudescence des agressions impose le renforcement de la sécurité devant les écoles, mais aussi au sein de celles-ci. "Il est impératif que les conseils internes soient stricts afin de combattre les actes de violence. Il faut des notes ministérielles pour assurer l’efficacité de ces conseils", estime-t-il.

Dans cet état des lieux, les associations des parents d’élèves semblent être timides: "Dans leur majorité, ces associations portent des intitulés qu’elles n’assument pas. Malheureusement, les membres ne sont pas toujours des parents d’élèves et ne sont même pas tuteurs d’élèves!", s’exclame le secrétaire général de l’Organisation démocratique de l’enseignement/ODT. Et de tirer la sonnette d’alarme contre l’agressivité des élèves qui pourrait mener vers "des meurtres".

Le ministère de l’Éducation nationale assure, de son côté, qu’il a pleinement conscience du danger que ces actes d’agressions représentent. Il réitère, dans un communiqué, son refus de tout acte portant atteinte à l’intégrité physique du corps enseignant. Il rappelle aussi avoir publié une note le 7 novembre dans laquelle plusieurs mesures sont imposées pour la lutte contre la violence sous toutes ses formes.

Le ministère appelle aussi les académies régionales et directions provinciales à se porter partie civile conformément aux lois afin de soutenir les enseignants ayant été agressés à l’exercice de leur fonction. Il invite également toutes les parties liées de près et de loin à l’éducation pour fédérer les efforts de l’ensemble contre ce fléau.

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