Alger: A Oued Koriche on vote pour la propreté

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CLIMAT DE FRANCE
Cite Climat de France, dans la commune de Oued Koriche, Alger. Photo: Daikha Dridi | Daikha Dridi
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Oued Koriche s’est levée de bonne heure en ce matin ensoleillé et électoral avec l’ambition de choisir le maire qui fera d’elle une commune plus propre, une commune plus “embellie”, plus éclairée et plus sportive. La commune de Oued Koriche qui occupe, en cascade, l’un des sites les plus spectaculaires d’Alger est probablement aussi l’un des plus grands réservoirs de pauvreté de la ville.

La commune compte plus de 46 000 habitants et les voix de ses électeurs semblaient aller principalement à deux candidats ce matin: le candidat FFS et le candidat FLN. Le maire sortant était FLN mais il ne se représente pas à la mairie, alors que le candidat FFS n’a encore jamais été élu et c’est là sa troisième tentative. “La dernière fois, il a raté la mairie de très peu, c’est un oulid familia et il a du bagage”, explique assis tranquillement sous un arbre Ahmed, 67 ans, qui pourtant n’a pas voté pour ce “candidat respecté de tous”.

Des salles de sports, s’il vous plait monsieur le maire

Ahmed est un menuisier à la retraite et il avait voté la dernière fois pour le maire sortant, “qui n’a pas fait grand-chose pour les gens, même s’il était toujours disponible et c’est un gars du quartier qui connait bien tous nos problèmes”.

Il est dix heures du matin et l’index d’Ahmed porte déjà la couleur de l’encre du bureau de vote, le “devoir accompli”, il est venu s’asseoir sous un arbre pour papoter avec son voisin et regarder le va et vient électoral. Il est père d’une jeune fille et d’un jeune homme et ce qui le préoccupe le plus c’est son fils qui n’a pas encore trouvé de travail, alors en sortant du centre de vote ce matin, son souhait le plus cher était que “le nouveau maire construise des salles de sports ou réhabilite des sous-sols vacants et les transforme en salle de sports pour que les jeunes se détournent de la délinquance”.

De la propreté et même “un concours de propreté”, s’il vous plait monsieur le maire

Nadia a 48 ans, elle sort de chez elle, quitte la cité Fontaine Fraiche d’un pas énergique pour aller voter pour le candidat qui va “mettre le paquet sur la propreté”. Nadia est mariée et n’a pas d’enfants, elle est couturière et a une petite boutique qu’elle loue dans le centre commercial qui se trouve plus bas, pas loin du grand rond-point de Triolet.

Elle a voté pour le candidat RND parce qu’elle pense que c’est lui qui va “faire des travaux d’embellissement dans le quartier”.

Sous son beau hidjab aux couleurs éclatantes, elle déclare qu’elle serait heureuse d’aider avec ses idées et son enthousiasme “à rendre mon quartier plus beau: regardez autour de vous, où sont les fleurs? où sont les lampadaires? où sont les arbres? S’ils m’écoutait, le nouveau maire devrait instituer un concours de propreté chaque année pour les enfants et les adolescents du quartier, c’est comme ça qu’ils peuvent apprendre à rendre leur quartier meilleur”.

Après avoir voté dans l’école qui surplombe la cité Fontaine Fraiche, elle dévale le flanc de montagne sur lequel est construite l’immense cité Climat de France, qu’elle traverse en montrant “les vues magnifiques” qu’offrent les murs lépreux de cette cité en ruines. Nadia sait que beaucoup de gens aimeraient quitter Oued Koriche pour aller habiter dans les nouveaux logements, mais “pas moi, je veux rester ici, c’est petit chez moi mais c’est ici que j’aime être, je ne veux pas partir, ce que je veux c’est qu’on améliore ma houma”.

C’est la première fois que je vote depuis décembre 1991

Ourida a 49 ans et dit qu’elle n’avait plus voté depuis la fameuse élection “des années 90”. Elle est sortie voter aujourd’hui “parce qu’on nous a dit: si vous ne votez pas, vous n’aurez pas de logement”. Ourida est femme de ménage, veuve et mère de trois jeunes hommes qui vivent avec elle dans la même pièce qui fait office de tout: cuisine, salle de bain et chambre à coucher, dans le quartier Drouj Hamitouche.

ourida k

Un logement pour que son fils aîné puisse se marier, c’est tout ce qu’elle veut de cette élection mais elle ne semble pas être sure qu’elle fera partie des heureux élus, ceux que “le wali Zoukh a promis de reloger après l’élection”. Et comme “on nous a dit qu’on pouvait choisir qui on voulait, j’ai voté pour le FFS, c’est un wlid familia que tout le monde aime dans le quartier”.

Ce candidat dont tout le monde dit du bien se trouve être aussi le seul que l’on ait rencontré dans le quartier, debout, en pleine discussion juste en contrebas des escaliers qui mènent à Drouj Hamitouche. Moussi Mohamed n’est pas habillé en costume cravate, il sourit presque timidement et alors qu’il s’apprête à répondre à la première question posée, c’est une rafale de réponses qui l’interrompent, les jeunes et moins jeunes gens qui l’entourent:

oued koriche vote

“Il est le candidat des zawaliyas, des plus démunis, il a toujours été avec nous”, dit le premier. “Il est le seul candidat qui a fait des études universitaires”, reprend le deuxième. “Nous l’aimons avec ou sans élection”, dit un troisième. Un concert d’éloges qui continue d’interrompre toute tentative du candidat de répondre lui-même à la moindre question et qui finit par s’esclaffer dans un fou rire général. Et qu’attendent donc tous ces électeurs et amis de leur candidat?

“Vous n’avez qu’à regarder autour de vous: toute cette saleté, pourquoi on ne mérite pas, nous habitants de Oued Koriche, de vivre dans la propreté?” répond le premier. “Regardez là sous sous vos pieds” dit le deuxième, en montrant l’eau infecte qui suinte de sous les carreaux du trottoirs, “on n’en peut plus de vivre dans les égouts”. “On en a marre des [candidats] illettrés et de la saleté”, résume le troisième.

Le message de Oued Koriche à son futur maire a le mérite de la clarté. Toute l’énergie citoyenne qu’ils sont privés d’investir dans la politique de leur pays par un système autocratique qui n’en finit pas de mourir, les Algériens semblent avoir décidé de la rediriger vers leur entourage immédiat: le développement et l’amélioration des conditions de vie dans leur quartier.

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