Alger: "Un bon maire est plus important qu'un président"

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9 heures 30, Birkhadem, quartier de la banlieue sud d'Alger. En ce jour d'élections, une dizaine de policiers sécurisent l'école primaire "El Bourtouqal" devenue bureau de vote pour les élections locales du 23 novembre 2017.

Alors que les premiers votants se font timides, une femme d'une soixante d'années anime la cour de ses cris. Fatiha est en colère car elle n'a pas trouvé son nom sur les listes électorales:

"Je vote depuis 10 ans à Birkhadem et on ose me dire que je ne suis pas inscrite. C'est inadmissible !" proteste-t-elle. Privée de son droit de vote, elle s'insurge de ne pas pouvoir participer au scrutin et repart bredouille.

Parmi les votants matinaux, Mohamed s'est aussi déplacé mais n'a pas eu de mauvaise surprise. Ce quinquagénaire avoue ne pas participer à toutes les élections, mais seulement celles pour lesquelles il se sent concerné. En effet, il s'est déplacé à l'ouverture des bureaux ce matin pour voter mais ne l'a pas fait pour les élections législatives du mois de mai.

"Pour moi, il est plus important de voter pour le maire que pour le président. Un président est inaccessible, alors que le maire touche à des choses importantes pour le peuple. Il s'occupe des établissements scolaires, de la propreté et du bon fonctionnement de la ville. Si on a besoin de quelque chose, on peut s'adresser directement à la mairie."

Nassim, quant à lui est plus sceptique en ce qui concerne la proximité des maires avec les citoyens: « On sait qu'en Algérie, nous avons des "maires de bureau.". J'aurais voulu que ça se passe comme dans d'autres pays, où on voit des images d'élus qui visitent les marchés et les écoles fréquemment".

Un manque d'implication qui ne l'empêche cependant pas de voter, car il garde espoir en l'avenir politique. "Il s'agit d'un devoir citoyen et si on ne le remplit pas nous-mêmes, on ne peut pas demander aux élus de remplir le leur”.

Il précise que même si le FFS, parti qu'il soutient, n'est pas candidat à Birkhadem cette année, il choisit de voter quand même. "Je refuse de laisser ma voix à quelqu'un d'autre, c'est notre responsabilité de voter."

Mas cette implication dans la vie politique ne semble pas être générale. Pour Karima, venue voter avec sa fille dans les bras, sa participation au scrutin n'est qu'une simple formalité. Le doigt marqué d'encre, elle quitte le centre à vive allure, brandissant sa carte qui porte la preuve de son vote.

Sans aucune hésitation, elle avoue que le "tampon témoin" est le seul aspect qui la pousse à voter :

"On sait tous qu'on doit voter si on veut avoir un logement, ou faciliter les démarches administratives", soutient la jeune femme.

Les “militants en herbe”

Du côté de Ruisseau, le quartier est “remué” par l'activité fébrile des militants en herbe» qui tentent d'attirer des votes de dernière minute. Munis de tracts qu'ils tendent à tout-va, Rayan et Anis interpellent les passants et même les automobilistes qui s'aventurent dans les rues étroites qui longent l'école primaire Salim Bouznad: "Votez 5, votez 5" crient-t-ils, tout en tentant de faire glisser un tract du FLN à l'intérieur des voitures qui passent.

Agés de 10 et 14 ans, ils expliquent avec ardeur pour quelle raison il "faut absolument' voter pour ce parti et pas un autre. De ses mains d'enfants, Anis montre du doigt "Mohamed Amamra", candidat au poste de maire, sur le tract distribué :

"Si vous votez 5, il deviendra maire et l'homme à côté de lui travaillera avec lui. Je le connais, c'est mon voisin, c'est quelqu'un de bien", dit-il en tentant de convaincre ceux qui veulent bien l'écouter.

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Malgré leur jeune âge qui ne leur permettent pas de voter, les deux jeunes garçons connaissent avec précision les conditions du scrutin et ses enjeux. Les bras chargés de tracts, ces adolescents les distribuent pendant que leurs amis jouent au football sur la place de la mairie. Pour quelle raison Anis et Rayan ont choisi de sacrifier leur jeudi férié pour une activité politique? L'espoir de recevoir une récompense pour leur investissement, répondent-ils.

"On nous a promis une ‘tchipa’, une somme d'argent, peut-être 2000 ou 3000 dinars", espère le jeune garçon. Son ami, quant à lui est plus sceptique : "2000 dinars ? Tu rêves, on aura une bouteille de jus N'gaous ! " glousse Rayan.

Mais malgré sa méfiance, ce dernier reste investi dans son rôle de "soutien" du parti et précise que ce n'est pas seulement l'espoir hypothétique d'un gain qui l'intéresse. Fier d'avoir contribué à la campagne, il pointe du doigt les affiches sur le mur de la rue :

"C'est moi qui ai accroché ces affiches, je n'ai que 14 ans mais il me reste encore 4 ans pour pouvoir voter… et peut-être me présenter", conclut-il avec malice.

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