Après le drame, Essaouira manifeste sa colère dans le calme

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MANIFESTATION
AMDH/Chichaoua
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SOCIÉTÉ - Le drame du dimanche 19 novembre marquera à jamais Essaouira. Arrachées à la vie, les 15 femmes de 32 à 80 ans venues bénéficier d’un panier de denrées alimentaires offert par l’association locale "Aghissi" à Sidi Boulaalam, elles ont laissé 40 orphelins, un deuil collectif et plusieurs questions.

Depuis, les sit-in se multiplient pour dénoncer une mort "insensée" et remettre la gestion de l’action caritative au centre d’un débat national. À Casablanca, Rabat et Sidi Boulaalam, des sit-in ont été observés. "En ce moment, un collectif d’associations locales et régionales se préparent pour un sit-in dimanche prochain à Essaouira", annonce au HuffPost Maroc le représentant local de la Ligue marocaine pour la citoyenneté et les droits de l’Homme (LMCDH), Aziz Zaatar. Ce dernier a rendu visite aux femmes blessées et assisté aux funérailles. Pour lui, Essaouira traverse une dure épreuve. "Une initiative de collecte sera lancée par l’association de protection des enfants au profit des orphelins. Pour l’instant, ces enfants sont pris en charge suite aux instructions royales. Ils bénéficient, dans ce cadre, d’un accompagnement psychologique assurée par la délégation du ministère de la Santé", indique Aziz Zaatar. Et de s’interroger sur les mesures qui seront mises en place après cette période.

La pauvreté, un fléau qui s'intensifie

Dans un rapport établi par la LMCDH, cette dernière tire la sonnette d’alarme sur le fléau de la pauvreté. "Le taux d’habitants qui vivent sous le seuil de la pauvreté au Maroc est passé de 6,6% à 11,7% dans les zones rurales, tandis que celui des familles nécessiteuses est passé de 56,8% à 60,5%", souligne la Ligue. Et de constater que "les recettes importantes qu’enregistrent les complexes du phosphate à Safi n’ont pas suscité d’impact positif sur les pauvres de la région d’où proviennent les victimes".

Pour la LMCDH, le drame de Sidi Boulaalam est à mettre sur le dos du "régime économique prédominant". D’ailleurs, plusieurs associations sont unanimes pour dénoncer les déséquilibres du développement entre régions et l’inefficacité des projets économiques et sociaux au plan local. A Sidi Mokhtar, dans la province de Chichaoua, qui compte deux victimes décédées au cours de la bousculade à Sidi Boulaalam, des jeunes ont envahi, ce mercredi 22 novembre les ruelles, selon le représentant de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), Mohamed Anaflous. "Si nous ne sommes pas en colère, aujourd’hui, inutile de l’être demain", proclament les banderoles.

"Des manifestations ont déjà eu lieu bien avant le drame pour dénoncer la hausse des factures d’eau et d’électricité. Ce mouvement a repris cette semaine, à l’initiative des jeunes de la localité, pour dénoncer aussi le décès de femmes de Sidi Mokhtar lors du drame de Sidi Boulaalam", explique Mohamed Anaflous.

Manifestations pacifiques

Un Hirak à Essaouira serait-il en train de se mettre en place? Pas du tout, estime le président de la LMCDH, Driss Sedraoui. "Pour nous, la thèse du Hirak est bien loin de la réalité des choses. L’héritage culturel et les caractéristiques des habitants des deux régions sont très différents (…) À Al Hoceïma, il y a toujours eu une dynamique presque continue et déjà au Printemps arabe, cette ville connaissait un bouillonnement. Mais Essaouira reste une région calme", ajoute Driss Sedraoui. Et de rappeler que "les funérailles se sont déroulées d’une manière normale, sans tension".

De la même manière, l'Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH), on n'envisage pas, pour l'instant, de mouvement de protestation de l'ampleur du Hirak . "À Al Hoceima, la réaction s’est fait attendre. Du mois d’octobre 2016, on a laissé la situation empirer jusqu’au mois de mai. On n’a pas réagi à temps et l’OMDH avait mis en garde contre cela, lors d’une conférence que nous avions tenue au mois de décembre", explique le président de l’OMDH Boubker Largo. Pour ce dernier, si le gouvernement a tardé à réagir à Al Hoceima, il a, dans le cas d'Essaouira, rapidement pris les choses en main. "Des mesures concrètes ont été prises. Une enquête est en cours et le gouvernement reconnait sa responsabilité ce qui, pour nous, est une première", insiste le président de l'OMDH, estimant que le temps est venu de débattre de l'action caritative publique à tous les niveaux, à commencer par la gestion de cette question. Le président de l'OMDH précise, par ailleurs, que la culture de la manifestation pacifique s’est tissée au Maroc. "La manifestation, tant qu’elle est pacifique, ne peut être que bénéfique", affirme-t-il.

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