Brahim Soua: "Alstom a réalisé 2,35 milliards de dirhams d'exportations à partir du Maroc à fin 2016" (ENTRETIEN)

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SOUA
Karim Mdouari
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INDUSTRIE FERROVIAIRE - En marge de la deuxième édition du Rail Industry Summit organisé à Casablanca, l’industriel Alstom a organisé des ateliers en faveur des équipementiers et fournisseurs ferroviaires. Le but: les accompagner dans leur démarche de qualification pour pouvoir intégrer l’écosystème qui sera bientôt lancé. Brahim Soua, directeur général d’Alstom Maroc, répond à nos questions.

HuffPost Maroc: L’écosystème pour l’industrie ferroviaire a été annoncé et sera très bientôt signé, qu’est-ce que cela change concrètement pour Alstom?

Brahim Soua: La mise en place de cet écosystème ne constitue pas une rupture pour Alstom, mais nous inscrit plutôt dans la continuité. Il faut dire que nous sommes présents depuis longtemps et qu’on a déjà développé un écosystème autour de la filiale électrique avec nos 22 fournisseurs et nos 2,35 milliards de dirhams d’exportations à partir du Maroc à fin 2016. C’est déjà une réalité pour nous.

Comment se sont passées les négociations avec le ministère de tutelle?

Les négociations se sont très bien déroulées. Les échanges que nous avons eus avec les représentants du ministère ont porté essentiellement sur le partage de notre vision basée sur notre retour d’expérience. En ce sens, la question qui nous paraît être la plus intéressante est de penser la meilleure stratégie pour arriver à rendre l’écosystème durable. Car il ne suffit pas de lancer le chantier, encore faut-il s’assurer qu’il dure et qu’il dure très longtemps. Et la meilleure manière de le rendre pérenne passe par le développement des compétences et l’identification des sous-systèmes majeurs à forte valeur ajoutée.

Vous insistez beaucoup sur la question de la formation. Avez-vous rencontré des problèmes particuliers lors de votre implantation au Maroc par rapport aux ressources humaines?

Au début oui, mais il faut avouer que ce n’est pas propre au Maroc. Si on aborde le sujet d’un point de vue purement théorique, la qualité des écoles au Maroc, que ce soit pour les ingénieurs ou pour les techniciens n’a rien à envier à celle de leurs homologues en France par exemple. Il existe toutefois une particularité du métier ferroviaire qui rend les choses plus complexes. Contrairement à l’aéronautique ou à l’automobile, le ferroviaire est délaissé dans les formations classiques et n’est pas assez présent dans les modules d’enseignement. Or, pour travailler dans ce secteur, il faut un minimum de formation spécialisée. Mais nous arrivons à combler ce manque facilement par des formations en interne. Encore une fois, je précise que nous rencontrons cette particularité dans beaucoup de pays où nous sommes implantés. Il n’y a donc pas de difficultés spécifiques au Maroc sur cette question. Au contraire, l’un des points forts du royaume est la qualité de ses ressources humaines.

Le ferroviaire est délaissé dans les modules de formation

Vous évoquez également les sous-systèmes à forte valeur ajoutée. Quelles sont ces filières sur lesquelles il faut capitaliser?

Pour construire un écosystème solide, il faut commencer progressivement avec des sous-systèmes majeurs qui représentent le meilleur compromis entre importance de mise de départ et potentiel de retour sur investissement. Il s’agit essentiellement des filières de traction électrique, de signalisation, d’organes de roulement ainsi que de toute la partie contrôle et commandes au niveau du train. Ce sont ces domaines d’activités qui ont, à mon sens, le plus de valeur ajoutée et qui représentent le cœur du métier ferroviaire. Ce qui est intéressant c’est que certains acteurs marocains de ces sous-systèmes sont déjà présents. Je pense notamment à A2i pour la partie signalisation et à la Société chérifienne de matériel industriel et ferroviaire (SCIF) pour la partie organe de roulement. Ce sont des acteurs sur lesquels on peut capitaliser, mais il faudra impérativement compléter par d’autres intervenants, car il y a beaucoup de choses à faire et pas uniquement en termes de production. Il faut aller plus loin avec des gens qui ont la capacité d’avoir un œil critique sur la conception. Ce sont ceux-là qui vont pouvoir faire après l’amélioration continue.

Tous ces fournisseurs, il va falloir les intéresser pour qu’ils puissent venir. Est-ce que les conditions d’investissement sont réunies pour les attirer ?

Il y en a beaucoup. En plus de la stabilité du pays et de la qualité des ressources humaines, le Maroc offre des opportunités inégalées pour le développement. Vous savez, un investisseur est attiré principalement par deux choses: la pérennité de son investissement et la visibilité pour un développement futur. Pour le cas du ferroviaire, la possibilité d’assurer le service maintenance garantit une relation sur une moyenne de 15 ans avec le client. La possibilité de fournir également le marché européen, en plus du Maroc, offre de son côté une visibilité pour l’avenir. Cela permettra aussi de préparer le prochain marché africain. On sent en effet qu’il va arriver. On ne sait pas quand exactement, mais il sera là.

Il doit bien y avoir des choses à améliorer ?

Bien sûr. Il y a par exemple des mesures d’accompagnement, notamment la récupération de la TVA, qui traînent encore un peu. Nous avons en ce sens transmis les doléances des fournisseurs à nos partenaires institutionnels puisqu’ils disposent des leviers politiques, ne serait-ce que pour faire entendre le message. On s’est par ailleurs rendu compte que nos fournisseurs, tout en souhaitant se qualifier aux standards ferroviaires pour être capables de produire pour le secteur, ont toujours une crainte quant à l’investissement à mobiliser. Ils trouvent ce dernier trop important et ont peur de ne pas rentrer dans leurs frais. Nous avons donc profité de Rail Industry Summit pour leur faire parvenir le message que ceci est possible et qu’ils ne sont pas seuls puisque nous sommes prêts à les accompagner.

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