Hirak: le procès des détenus a "enfin commencé" et les ministres limogés sont appelés à témoigner

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HOCEIMA
Youssef Boudlal / Reuters
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PROCÈS - La reprise du procès des détenus du Hirak, Nasser Zefzafi, groupe Ahamjik, et Hamid El Mahdaoui, hier, mardi 21 novembre, à la Cour d’appel de Casablanca a marqué une avancée. "Nous pouvons dire que le procès a réellement enfin commencé", indique ainsi au HuffPost Maroc l’avocat Mohamed Aghnaj.

Après six longues audiences à l’issue desquelles certains avocats nous avaient confié "être lassés", cette nouvelle audience a entamé la présentation formelle du dossier, conformément à la procédure. "Nous y avons exposé les éléments du dossier", indique cet avocat.

Une dizaine d’heures au cours desquels les avocats des détenus se sont relayés pour faire part de leurs remarques sur le dossier, mais aussi de leurs requêtes. "Nous avons présenté des demandes préliminaires sur lesquels devrait statuer la Cour. Nous demandons, entre autres, un traducteur. Car une bonne majorité des détenus parlent uniquement le rifain", explique Me Aghnaj.

Requêtes préliminaires

D’autres requêtes concernent des éléments du dossier. "La police a enregistré des vidéos des détenus et relevé leur ADN, mais rien de cela n’est dans le dossier. Étant donné qu’il s’agit d’une enquête menée sous l’égide du parquet, il ne peut y avoir de mesure discrétionnaire de la police sur un quelconque élément", souligne l’avocat. Et de citer en exemple des enregistrements d’appels téléphoniques reçus par Hamid El Mahdaoui. "Il a été mis sous écoute, mais seul 7 enregistrements ont été mis dans le dossier. Il faut transmettre la totalité", renchérit Mohamed Aghnaj.

Les requêtes ont aussi concerné la convocation de personnalités pour témoigner au procès. "Nous avons demandé que les ministres limogés soient cités à comparaître en tant que témoins. Leur implication dans le programme Al Hoceima, Manarat Al Moutawassit a été confirmée. Leur témoignage nous semble essentiel dans ce procès", estime l’avocat Abdessadak Elbouchattaoui dans une déclaration au HuffPost Maroc.

Les agents de l’autorité locale et régionale, le chef de la police judiciaire (PJ) de Casablanca, les leaders politiques ayant signé le premier communiqué accusant les membres du Hirak de "séparatisme" et la délégation ministérielle qui a effectué une visite à Al Hoceïma après le déclenchement des manifestations sont sur la liste des témoins que la défense demande de convoquer. "Nous avons demandé la convocation de tout témoin lié directement au Hirak et aux événements qui en ont découlé, notamment les interpellations et les procès", précise Me Elbouchattaoui. Et d’ajouter que "la défense a aussi sollicité, auprès de la Cour, la convocation du commissaire de police d’Al Hoceima, Issam El Bouzidi, accusé par les détenus de mauvais traitements".

La liste des témoins présentée par la défense comprend, par ailleurs, des historiens et spécialistes de la région. "Nous voudrions qu’ils nous éclairent sur l’histoire du drapeau de la république confédérée des tribus du Rif. Nous souhaitons comprendre sa réelle symbolique, car il figure parmi les éléments du dossier", souligne cet avocat. Ces experts seraient appelés, également, à analyser les slogans du Hirak extraits de citations de Abdelkrim El Khattabi et qui avaient été qualifiés de "séparatistes". "Nous estimons que le contexte historique est essentiel pour comprendre", tient à préciser Me Elbouchattaoui.

Au dossier, la défense souhaite aussi joindre les rapports établis par la Cour des comptes et le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) liés au Hirak.

Autre requête, soumise cette fois-ci par Nasser Zefzafi au président de l’audience: à la fin de cette dernière, le leader du mouvement né dans le Rif demande la convocation des agents de l’autorité à Nador, où "on aurait tenté de l'agresser mortellement, en avril dernier", d’après la défense.

Ilyas El Omari accusé?

Si l’ambiance au sein de l’audience d’hier était "tout à fait normale entre le tribunal, le parquet et la défense", à en croire cet avocat, elle n’a pas été immunisée contre les rebondissements. Cette fois-ci, c’est une accusation lancée par l’avocat Isaac Charia contre le président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Ilyas El Omari, qui a "fait boom", pour reprendre les propos de Mohamed Aghnaj.

L’accusation qualifiée de "grave" porte sur "un complot contre la monarchie" dont le président de la région serait à l'origine et que Nasser Zefzafi aurait confié à cet avocat. Nous avons tenté à plusieurs reprises de joindre Isaac Charia, mais il n'a pas donné suite à nos appels. Les accusations qu'il a porté sont "fallacieuses" déclare pour sa part l’avocat du président de la région et secrétaire général du PAM, le soir même. Dans un communiqué, l’avocat au barreau de Rabat Ahmed Arahmouch, qui représente Ilyas El Omari, exprime "la stupéfaction quant à ces graves déclarations" et précise que Ilyas El Omari "dénonce ces propos (…) et demande l’ouverture d’une enquête de toute urgence". Entendue, cette requête a été prise en considération par le procureur général qui a, en effet, donné ses instructions à la police judiciaire afin de mener des investigations auprès de l’émetteur de ces accusations.

Le comité de défense dit ne pas partager ces propos. "Ce que Isaac Charia a déclaré n’est pas plausible. On ne peut lui accorder de crédit au sein de la défense. Certes, nous souhaitons qu'Ilyas El Omari soit convoqué mais uniquement pour témoigner, parce qu’il est concerné par ce qui se passe dans la région", soutient Me Elbouchattaoui. Pour ce dernier, il s’agit de "propos infondés et irresponsables dont nous n’avons jamais entendu parler depuis ses six derniers mois".

Mardi prochain, 28 novembre, le procès reprendra et le fond du dossier devra faire l'objet de discussions, à moins qu'un nouveau rebondissement en décide autrement.

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