Drame d'Essaouira: Interpellé par les députés, Laftit annonce avoir appris "la leçon"

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BOULAALAM
Youssef Boudlal / Reuters
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PARLEMENT- "Pourquoi aucun membre du gouvernement n’a fait le déplacement à Sidi Boulaalam?". C'est ainsi que la question a été posée par les députés de la chambre des conseillers au ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, au cours de la séance hebdomadaire des questions orales, ce mardi 21 novembre. Le ministre n’y a pas répondu, préférant souligner que son département fait le nécessaire afin que ce drame ne se répète plus.

Dimanche dernier, 15 femmes ont payé de leur vie un panier de denrées alimentaires d’à peine 200 dirhams, s’insurgent les députés, rappelant l’ampleur du drame qui a secoué toute la région d’Essaouira. "Une leçon !", ont-ils lancé au représentant du gouvernement. Certains députés ont appelé à une mission parlementaire pour mener leur propre enquête sur ce drame, alors que d’autres ont pointé du doigt le gouvernement, le tenant pour pour "premier responsable". D’autres députés ont aussi accusé le ministère de l’Intérieur de se substituer à la justice en "monopolisant la communication sur cette affaire". "Le parquet qui mène l’enquête n’a pas émis de communiqué. C’est de vous que nous avons appris l’information", ont-ils lancé.

Face aux critiques, Abdelouafi Laftif a gardé son sang-froid. "Dans des mouvements de foules, il est toujours très difficile d’intervenir", a-t-il prévenu, précisant que dans le drame d’Essaouira, "l’intervention a été immédiate".

Sidi Boulaalam qui compte 8.000 habitant, devait accueillir une opération de distribution de denrées alimentaires de trois jours. Le ministre a indiqué que 10.000 paniers devaient être distribués. "Malheureusement, l'annonce faite de cette opération a attiré un nombre important de femmes de toutes les régions avoisinantes", a-t-il rappelé, précisant que leur nombre n'a pas atteint 5.000, contrairement à ce qu'ont avancé les députés.

Exprimant son regret pour les victimes, le ministre de l’Intérieur a affirmé qu’une enquête judiciaire et une autre administrative, menée par l’inspection générale du ministère de l’Intérieur, sont en cours. "Les investigations se poursuivent en ce moment et les résultats seront rendus publics", a-t-il promis. Les responsabilités vis-à-vis de ce drame, que ce soit de près ou de loin, seront donc déterminées et des sanctions prises à leur encontre.

En attendant, le cadre législatif des opérations de dons, d’appel à la générosité publique et de distribution d’aides aux populations démunies doit être élaboré dans les meilleurs délais. Abdelouafi Laftit a précisé que son département a tenu, dans la matinée de ce mardi, une réunion dont l’ordre du jour a été la mise en place d’un cadre législatif au diapason de la demande et de l’évolution qu’a connu notamment l’appel à générosité via les réseaux sociaux.

Réagissant aux instructions royales, le ministre de l’Intérieur a indiqué qu’il était question de réformer les textes existants et de combler le vide juridique en matière de distribution des aides. "Les actions de bienfaisance au Maroc sont régies par une loi qui remonte à 1971 et le décret de son application à 2005. La distribution des aides, elle, n’est soumise à aucune loi. Elle est organisée par une circulaire du ministère de l’Intérieur", a-t-il expliqué. Et de préciser qu’il n’est pas question non plus de créer des barrières à la solidarité. "Nous n’allons pas ouvrir une agence pour s’occuper de cela. Nous devons uniquement garantir la sécurité en veillant au maintien de la culture de solidarité", a-t-il affirmé.

Le ministre a aussi annoncé que le projet d’aide aux familles nécessiteuses n’a pas été jeté aux oubliettes. Celui-ci devra, selon lui, être opérationnel une fois que "le registre national de la population" sera établi, au même titre qu’un identifiant national unifié. "Nous nous sommes inspirés de l’expérience de l'Inde pour cibler ceux qui doivent bénéficier de l’aide. Le registre sera bientôt prêt", a-t-il assuré.

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