La contrebande à la frontière tuniso-libyenne: Les chiffres, les barons et les conséquences dans une étude de l'ITES

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SMUGGLING LIBYA TUNISIA
A view shows containers filled with fuel at the southern Libya-Tunisia border crossing in Dehiba, April 17, 2012. In the absence of proper border controls after uprisings which ousted autocratic leaders in both Tunisia and Libya, smugglers plying unmarked desert routes on the Tunisian-Libyan border are becoming ever bolder, and disputes over smuggling routes are becoming ever more violent. Picture taken April 17, 2012. To match Feature TUNISIA-SMUGGLING/ REUTERS/Zoubeir Souissi (TUNISIA - Ta | Zoubeir Souissi / Reuters
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ÉCONOMIE- 77,6% des Tunisiens achètent des produits issus de l'économie parallèle. Celle-ci représente 15 à 20% du produit intérieur brut (PIB), emploie 30% de la main d'oeuvre non-agricole. 76,8% des importations de la Libye se font via l'importation parallèle, le flux des personnes traversant la frontière Tuniso-libyenne a été multiplié par six en 2011, et reste important depuis.

Ce sont les quelques données dévoilées par l'étude de l'Institut Tunisien des Études Stratégiques (ITES) qui rendent compte de l'ampleur du phénomène de l'économie parallèle et de la contrebande entre la Tunisie et le voisin libyen. Ce trafic est évidemment très juteux, les gains générés à travers le monde atteignent ainsi les 250 milliards d'euros.

L'étude souligne que cet échange économique frontalier est ancré dans l'histoire et remonte à la période précédent l'époque romaine. L'apparition des frontières entre les deux États et la mondialisation ont conféré une autre tournure à cet échange, périlleuse pour la sécurité et l'économie nationale.

Les statistiques du ministère tunisien de la Défense sur les saisies effectuées dans la zone militaire tampon illustrent l'intensité du phénomène: La saisie a englobé 721 véhicules, 23 armes, 1.894.320 litre de carburant, 888.420 paquets de cigarettes, plus 13 mille bouteilles d'alcool, plus de 4 mille bêtes ainsi que des jouets et autres produits. Les personnes arrêtées qui circulent illégalement sont plus de mille.

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Le ministère de l'Intérieur a indiqué de son côté que les opérations de contrebande déjouées entre le 1 er janvier 2017 et le 31 juillet 2017 ont augmenté de 21.30% par rapport à la même période de l'année 2016. 80 contrebandiers ont été arrêtés contre 52 à la même période.

L'étude souligne que ces échanges s'opèrent via la ville de Ben Guerdane, le transit de Dhhiba et d'autres villes intérieures comme Bir Ali Ben Khélifa, Bouhajla ou encore Sidi Bouzid. Ils sont chapeautés par réseaux de barons locaux aussi bien du côté libyen que tunisien.

Les méthodes quant à elles sont nombreuses. Le trafic peut être organisé entre le propriétaire de la marchandise et le contrebandier avec la complicité d'agents bien désignés de la sécurité et de la douane des deux pays et passe par le poste frontalier de Ras Jedir.

Le contrebandier tunisien opère aussi en se procurant la marchandise importée de Turquie, Chine et autres pays directement du port de Tripoli en Libye pour éviter la taxation de la douane dans les ports tunisiens. Un médiateur se charge de la livrer à Tunis.

L'étude montre que le trafic clandestin a des conséquences négatives sur le marché tunisien car il englobe les produits subventionnés par l'État tunisien et déséquilibre la balance commercial entre l'offre et de la demande. Toutefois, la Tunisie en profite, notamment en ce qui concerne l'importation du carburant et de la marchandise achetée en devises par l'État tunisien.

L'issue?

Loin de préconiser la fermeture des frontières avec la Libye, l'Institut d'Études Stratégiques appelle à la création d'une zone de libre échange ainsi que d'une zone militaire fermée entre la Tunisie et la Libye.

Afin d'enrayer la corruption des agents de sécurité et des douaniers, l'ITES suggère une série de mesures comme des encouragements financiers les ciblant tout en étant ferme dans la lutte contre la corruption ou encore des allègements de la taxation douanière pour endiguer le marché parallèle.

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