Trois questions pour comprendre l'enjeu de la restitution au Maroc d'archives sur la mémoire judéo-marocaine (ENTRETIEN)

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MOROCCAN JEWS
Moroccan Jewish pray at a synagogue in Tetouan, March 16, 2008. More than 100 Moroccan Jewish have celebrated the Hailoula ceremony in honour of saint rabbi Itshak Benoualid. REUTERS/Rafael Marchante(MOROCCO) | Rafael Marchante / Reuters
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JUDAISME - À l'occasion de la visite au Maroc du Premier ministre français Edouard Philippe, le 16 novembre dernier, une délégation française a remis aux Archives du Maroc des copies de fonds de la mémoire judéo-marocaine. "Ces archives, plus de 32.000 pages, représentent une masse de documents exceptionnelle pour la connaissance de l'Histoire du Maroc et de l'Histoire entre les deux pays", a déclaré la ministre française chargée des Affaires européennes Nathalie Loiseau, à l'agence de presse marocaine MAP.

Des archives qui concernent donc la communauté juive au Maroc, qui relèvent d'une importance particulière pour le directeur des Archives du Maroc, Jamaâ Baida, qui relève que les "collections souffrent de grosses lacunes en ce qui concerne la mémoire du judaïsme marocain".

Pour le HuffPost Maroc, Jamaâ Baida revient sur le partenariat franco-marocain dans le domaine des archives historiques, sur la nature de ces documents et sur ce qu'ils peuvent nous apprendre sur la communauté juive au Maroc:

HuffPost Maroc: Que représente pour le Maroc le retour de ces documents?

Jamaâ Baida: Pour apprécier à sa juste valeur ce que représente la domiciliation de ces documents aux Archives du Maroc, il faut rappeler que de très nombreux chercheurs universitaires marocains se saignent aux quatre veines pour les localiser à l’étranger et se déplacer à leurs frais pour les consulter dans des centres d’archives à Paris ou à Nantes. C’est donc leur rendre un grand service que de leur épargner des voyages onéreux dont ils n’ont pas toujours les moyens. Par ailleurs, cette opération de réappropriation de certaines archives intéressant l’histoire du Maroc, qui est simplement l’application de la loi relative aux archives (loi du 30 novembre 2007) qui stipule que l’établissement Archives du Maroc "est chargé de collecter, traiter, conserver et communiquer les sources archivistique se rapportant au Maroc et qui se trouvent à l’étranger".

Y a-t-il encore des archives en France qui devraient être remises au Maroc?

La partie française a montré récemment une bonne disposition pour la remise de copies numériques d’archives se rapportant au Maroc. Celles-ci sont très importantes quantitativement et qualitativement; elles sont conservées à La Courneuve, à Vincennes, à Nantes, à Aix-en-Provence et ailleurs. Ces archives étant dans leur grande majorité une mémoire en partage avec la France, nous souhaitons établir avec nos partenaires un planning annuel permettant d’enrichir nos collections et répondre aux attentes de nos chercheurs. Mais ce n’est là, bien entendu, qu’un volet de notre coopération avec les centres d’archives français qui nous accompagnent dans les domaines de la formation, de l’expertise et autres. Nous comptons d’ailleurs dupliquer cette expérience et l’étendre dans un futur proche à l’Espagne.

Qu’est-ce que ces documents peuvent nous apprendre?

Les documents remis aux Archives du Maroc le 16 novembre 2017 ne concernent que le judaïsme marocain, dans une fourchette chronologique s’étendant de la deuxième moitié du XIXe siècle jusqu’au recouvrement par le Maroc de son indépendance en 1956. Nous avons sciemment ciblé ces fonds parce que nos collections, aux Archives du Maroc à Rabat, souffrent de grosses lacunes en ce qui concerne la mémoire du judaïsme marocain. Les archives se rapportant à cette mémoire ont malheureusement subi le même sort que nos compatriotes juifs qui se sont dispersés à travers les quatre coins du monde. La Constitution marocaine de juillet 2011 a consacré le patrimoine hébraïque comme une partie intégrante de la culture et de l’identité du Maroc; il est donc du devoir des Archives du Maroc de collecter les archives relatives au judaïsme du Maroc et de les mettre à la disposition des usagers à qui incombe le rôle de les interroger et de les interpréter dans leur contexte.

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