Face à l'emprise saoudienne sur la ligue arabe, Alger fait dans le "profil bas"

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ARAB LEAGUE
(L to R) Egyptian Foreign Minister Sameh Shoukry, Saudi Foreign Minister Adel al-Jubeir, Bahrain Foreign Minister Shaikh Khalid Bin Ahmed Al-Khalifa and UAE Minister of State for Foreign Affairs Anwar Gargash (R) attend a meeting with Secretary-General of the Arab League Ahmed Aboul Gheit (2nd-R) at the Arab League headquarters in the Egyptian capital Cairo on November 19, 2017.Arab foreign ministers gathered in Cairo at Saudi Arabia's request for an extraordinary meeting to discuss alleged 'vio | KHALED DESOUKI via Getty Images
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La dernière déclaration de la réunion des ministres arabes des affaires Etrangères de la ligue arabe accusant l'Iran et le Hezbollah d’ingérence dans certains pays arabes a été approuvée par l'ensemble des présents mis à part le Liban et l'Irak.

Le Liban, représenté non par son ministre des affaires étrangères mais par son délégué permanent auprès de la Ligue arabe, n’a pas endossé les points du communiqué concernant le Hezbollah. L’Irak, s’est également dissocié de ce texte.

L’Algérie qui n’était représentée que par Nadir Larbaoui, son délégué permanent à la Ligue arabe (et ambassadeur au Caire) semble formellement endosser cette déclaration qui épouse totalement le discours vindicatif de l’Arabie Saoudite à l’égard de l’Iran et du Liban. C’est une attitude en rupture avec les positions récentes de la diplomatie algérienne à l’égard des tensions dans le Golfe.

Même si la ligue arabe est depuis des années sous l’emprise des monarchies du Golfe, l’Algérie veillait à ne pas se laisser embarquer dans des positionnements sectaires en marquant régulièrement ses «réserves » à l’égard de déclarations au sujet de la Syrie, de l’Iran ou du Liban.

A défaut d’être "active", la diplomatie algérienne maintenait ses distances à l’égard des politiques saoudiennes visant à opposer un bloc "sunnite" face à l’Iran chiite auquel elles associent désormais l’Irak, le Hezbollah et le régime syrien.

Message codé?

La diplomatie algérienne est en mode de profil bas dans le Moyen-Orient. En l’absence des "réserves" traditionnelles, l’Algérie semble avoir choisi de "s’exprimer" sur la question via le niveau de représentation. Le ministre des affaires étrangères algérien s’est abstenu de faire le voyage au Caire pour cette réunion de "guerre" convoquée par l’Arabie saoudite.

Un message diplomatique codé? Même si c’est le cas, cela montre à quel point la diplomatie algérienne est dans l’embarras dans une ligue sous orbite des monarchies du Golfe et notamment de l’Arabie saoudite. En tous cas, la nature de ce "message" marque un recul.

Dans un épisode semblable en mars 2016, Le chef de la diplomatie algérienne de l'époque, Ramtane Lamamra, a été amené à marquer la différence de vue de l’Algérie avec les monarchies du Golfe qui étaient alors en rangs unis. L’Algérie, sans l’exprimer avec autant de force, se retrouvait de facto dans une position "neutraliste" ou "non alignées" alors que le Liban et l’Irak affichaient leur opposition.

Cela n’a pas été le cas cette fois-ci et même si l’Algérie n’est plus active au Moyen-Orient, cela se remarque. Il faut relever que l’Agence de presse algérienne (APS) s’est abstenue de faire état de la déclaration de la ligue arabe. Certains analystes y voient l’expression d’une gêne et d’un embarras de la diplomatie algérienne. Le porte-parole du ministère des Affaires Etrangère, M Benali Cherif, est resté injoignable.

EN 2016, L'Algérie ne s'était pas contentée d'exprimer des réserves. Le chef de la diplomatie algérienne à l’époque, Ramtane Lamamra, avait souligné que l'Algérie considérait "le Hezbollah comme un mouvement politique et militaire du Liban qui est régi par les lois de ce pays" et un "acteur important dans ce pays frère".

Une deuxième précision des Affaires étrangères avait suivi pour atténuer la répartie sèche de Lamamra sur le sujet. L’Algérie, précisait ce communiqué, refuse de "s'exprimer en lieu et place des Libanais dans une affaire qui les concerne". Mais le Hezbollah était également interpellé : "il est clair que ce mouvement, membre de la coalition gouvernementale et acteur au niveau du Parlement libanais dans lesquels il compte de nombreux représentants, a lui également le devoir de ne pas s'ingérer dans les affaires des autres et d'éviter toute implication dans la déstabilisation de son environnement".

L'été dernier, la diplomatie algérienne qui a gardé une bonne distance avec les conflits au Yemen, a dû exprimer "sa solidarité avec l'Arabie Saoudite" à la suite de l’affaire du missile intercepté non loin de la Mecque.

Le porte-parole du ministère avait souligné la "nécessité de préserver les lieux saints de l'Islam et leur sacralité" et la nécessité pour tous de "lutter contre le terrorisme". Mais la déclaration s’abstenait d’apporter (ou de valider) les accusations contre l’Iran et le Hezbollah.

Pour certains analystes, la diplomatie algérienne a choisi de rester silencieuse, de laisser passer les attaques saoudiennes contre l’Iran et le Hezbollah. C’est par le niveau de représentation qu’elle a choisi de marquer sa "distance" à l’égard des tensions sectaires qui s’aiguisent dans la région. Une manière de prendre acte silencieusement du changement du rapport de force au sein d’une Ligue arabe devenue de facto un CGG élargi, estime un observateur. "Le lointain "front de la fermeté » n’existe plus au sein de la ligue arabe. Le Front des monarchies, même s’il a banni le Qatar, est maitre du jeu au sein de la ligue. Un jeu devenu encore plus dangereux avec les politiques impulsives du prince héritier saoudien", souligne-t-il.

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L’Iran juge « sans valeur » la déclaration de la ligue arabe

Au lendemain de ce texte parrainé par l'Arabie Saoudite te le Bahreïn, l'Iran a jugé lundi "sans valeur" la déclaration finale adoptée la veille par la Ligue arabe au terme d'une réunion extraordinaire, qui accuse Téhéran d'"agression flagrante" contre les pays arabes.

Le porte-parole de la diplomatie iranienne a à son tour accusé lundi Ryad d'"agression" contre des pays arabes.Il a ainsi exhorté l'Arabie saoudite à "cesser immédiatement son agression sauvage contre le peuple arabe yéménite" et à "arrêter ses pressions contre le Liban, le Qatar et toute la région".
Il a aussi accusé le royaume saoudien de "suivre la politique du régime sioniste (...) qui veut détourner l'attention des peuples et gouvernements musulmans de la question principale, à savoir l'occupation de la Palestine".
La Ligue arabe a adopté dimanche une déclaration condamnant le "tir de missile balistique de fabrication iranienne depuis le Yémen" le 4 novembre, en dénonçant une "agression flagrante".
Téhéran rejette toute implication dans ce tir de missile revendiqué par les rebelles yéménites Houthis et intercepté par la défense antimissile saoudienne.
La déclaration de la Ligue arabe affirme aussi le droit de l'Arabie saoudite et de Bahreïn, à la "légitime défense" de leurs territoires.

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