Drame d'Essaouira: La grogne des associations entamée par un sit-in ce soir à Casablanca

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SIDI BOULAALAM
Youssef Boudlal / Reuters
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DRAME D'ESSAOUIRA - "Celui qui n’est pas en colère aujourd’hui, pas la peine qu’il le soit demain". C’est le slogan qu’un groupe d’activistes appelé "Les femmes casablancaises contre la violence" a choisi pour crier "une colère collective". Ce lundi, à 18h30, ces Casablancaises se donnent rendez-vous à la place des Nations unies (Maréchal) au centre de Casablanca pour observer un sit-in. "Tout de suite après la tragédie d’Essaouira, nous avons lancé un appel à tous les militants pour les droits humains pour réagir à ce drame", déclare Amina Khalid, membre de ce groupe d’activistes. Cette réaction sera synonyme de dénonciation, car les militantes du groupe se disent indignées. "C’est indigne ce que Essaouira a vécu. C’est la hogra et la violence que nous voulons de nouveau dénoncer dans ce sit-in", précise Amina Khalid.

Avec le même mot d’ordre, d’autres sit-in sont attendus cette semaine. A Rabat, la coordination du réseau "Marche mondiale des femmes" n’est pas insensible au drame d’Essaouira. "Nous avons prévu de nous réunir ce soir à ce sujet. Nous allons décider de l’action à prendre, mais très certainement, nous observerons un sit-in demain à Rabat", indique Khadija Ryadi, militante des droits de l’Homme, membre du réseau.

Le drame, survenu à quelques jours de la journée mondiale de lutte contre la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre, donnera au collectif d’organisations des femmes opérant dans différentes branches l’occasion d’organiser une manifestation de grande envergure. Réunissant plusieurs associations militant pour les droits des femmes, ce collectif, coordonné par l’Association marocaine des droits humains (AMDH), organise habituellement chaque année des mobilisations le 8 mars, journée internationale de la femme, et le 25 novembre. "Il se peut que cette année, avec ce Collectif, nous organisions une marche le 25 novembre. Nous allons trancher sur cette éventualité, ce soir", précise Khadija Ryadi.

A Essaouira, le moment est au deuil collectif. "Dans les heures et les jours qui viennent, il est fort probable que nous organisions des manifestations populaires au niveau local, régional et national", prévient pour sa part le représentant de l’AMDH à Chichaoua, Mohamed Anaflous. Ce dernier assure qu’une démarche pareille ne sera prise qu’après la collecte de données sur l’incident en question. "Nous essayons en ce moment de réunir des données plus en détails sur la tragédie, en prenant contact avec toutes les sources qui lui sont liées de près et de loin. C’est une étape décisive, pour nous, elle relève de notre crédibilité", indique-t-il.

Une fois les données collectées, l’association pourra en révéler les résultats dans le cadre d’un communiqué. "Nous ne disposons que de peu de données, souvent générales. Nous continuons à recueillir des témoignages de responsables, des familles de victimes et de témoins. Malheureusement, le droit d’accès à l’information pose un sérieux problème", regrette Mohamed Anaflous.

La solidarité, si elle représente un devoir, ne doit certainement pas aboutir à de pareilles tragédies. "Que des femmes perdent la vie pour un don, c’est indigne !", s’exclame le président de l’AMDH, Ahmed El Haij.

Un meilleur encadrement de l’action de bienfaisance.

Le roi Mohammed VI a donné ses instructions au chef du gouvernement, au ministre de l’Intérieur et aux autres départements concernés afin que toutes les mesures juridiques nécessaires soient prises pour encadrer strictement les opérations d’appel à la générosité publique et de distribution d’aides aux populations démunies, selon un communiqué du ministère de l’Intérieur.

"La culture du partage est ancrée dans les traditions marocaines ancestrales et a toujours été très présente dans la société marocaine, tant au niveau de l’Etat, des ONG ou des particuliers. Les campagnes médicales, la distribution de dons, les actes de partage et de solidarité en font régulièrement foi. Le pays s’enorgueillit du dynamisme de ce tissu associatif foisonnant et son action bénéfique est reconnue, estimée et efficace", indique la même source. Et de prévenir : "Cependant, ces actions, bénéfiques en soi, ne doivent pas être menées sans un encadrement solide qui garantit la sécurité et la sauvegarde tant des citoyens bénéficiaires que des bienfaiteurs".

L’enquête sur le décès de 15 femmes à Sidi Bouaalam se poursuit toujours. Menée par le parquet compétent ainsi que par l’inspection générale de l’administration territoriale, elle devra définir les responsabilités et sanctionner les responsables dans les prochains jours.

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